Les souvenirs d’anciens maoïstes sont toujours passionnants. Au plan historique, on y redécouvre l’atmosphère des années 1970, les luttes picrocholines entre chapelles d’extrême gauche, les micro-partis marxistes-léninistes aux noms baroques. Au plan sociologique, on y voit les réseaux, la diffusion des idées, les lieux de pouvoir où elles circulaient (grandes écoles, universités, Quartier latin), le type de public concerné. Au plan psychologique, elles montrent combien le militantisme mao engageait la vie entière, y compris personnelle, et comment fonctionnait l’auto-intoxication d’intellectuels brillants, réduits à ânonner les niaiseries du Petit livre rouge. Ces aspects se retrouvent dans l’intéressant témoignage que publie aujourd’hui l’historienne Annette Wieviorka, spécialiste bien connue de la Shoah.
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Maoïste dans les années 1970, membre des « Amitiés franco-chinoises », elle voyage en Chine dès 1970 puis s’installe durant deux ans à Canton, avec mari et enfant, comme professeur de français. Atmosphère étouffante, surveillance, querelles entre expatriés, conformisme intellectuel des Chinois robotisés par la peur et la propagande, excursions – Potemkine organisées par les autorités, manipulation du langage (les dictionnaires chinois de l’époque expurgent les mots touchant au sexe, ainsi que ceux évoquant la pauvreté, comme « tickets de coton » ou « tickets de céréales », pourtant utilisés tous les jours) : son tableau de l’atmosphère de l’époque est saisissant, ainsi que son analyse de son aveuglement. « J’avais un flic dans la tête qui traquait impitoyablement chaque idée qui n’était pas “politiquement juste”. Je n’avais plus de mots à moi. J’avais désappris le “je” ». Ce livre est aussi, sur un plan intime, un commencement d’autobiographie, un autoportrait, et une réflexion sur la jeunesse et les âges de la vie.

Stock, 258 p., 20 €





