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Financiarisation, numérisation, biopolitique : la démocratie comme technostructure

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Publié le

11 octobre 2021

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La démocratie contemporaine se situe à l’intersection du politique et de la technique : la liberté n’y est plus qu’une variable d’ajustement « processée » par le technopouvoir.
techno

Pour commencer, il convient de rappeler à quel point la « liberté » n’a jamais été garantie par l’appareil démocratique : si elle figure bien au panthéon de nos valeurs et constitue une sorte d’horizon indépassable du fantasme républicain, rien ne la justifie légalement ou juridiquement dans l’exercice de nos démocraties modernes. Comme le rappelle Castoriadis, nous appartenons toujours à un ensemble plus grand qui en contient un autre, et cette hiérarchisation constitue la toile de fond même de l’entreprise démocratique, la liberté n’étant jamais que le contrepoint fantasmatique, presque névrotique, de cette imbrication sans fin du citoyen dans un système qui le dépasse.

Le pouvoir à l’état gazeux

Nous sommes précisément rendus à ce point où la technologie est devenue suffisamment politique, et le politique suffisamment technique, pour qu’au croisement des deux s’infléchisse ce que Foucault appelait notre « champ d’action éventuel ». Il devient difficile aujourd’hui de discerner ce qui relève du technique et ce qui relève du champ politique tant la démocratie contemporaine semble précisément se situer à l’intersection parfaite des deux. Le trône vide, source de tous les fantasmes complotistes, a ringardisé la question du « je » dans l’exercice du pouvoir : qui décide ? Qui exerce sa volonté réelle au cœur du processus décisionnel ? Y a-t-il encore des acteurs du pouvoir ?

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Le trône vacant est démultiplié par le technopouvoir, c’est un trône vacant au carré. Non seulement personne n’occupe le centre, mais ce centre est encore lui-même vidé pour se fondre presque tout à fait dans la périphérie. Le pouvoir n’est plus de l’ordre du corpuscule mais de l’onde, pour reprendre une vieille opposition physique : il se répand et se divise à l’infini. Le pouvoir est devenu un état gazeux, donc capable d’ubiquité et de reproductibilité instantanée. La surveillance globale, le fichage et l’encodage systématique de nos données personnelles ne sont ainsi que les conséquences logiques de cette circularité du pouvoir démocratique.

Monétarisme et ordolibéralisme

La démocratie laisse entendre qu’elle est fondée sur une liberté par défaut. C’est dans ce « par défaut » que réside son pouvoir occultant. Cette liberté par défaut n’est pas considérée comme une valeur morale ou comme un fait social, mais bien comme une variable d’ajustement, comme une donnée numérique : c’est pourquoi la démocratie est un « technopouvoir » puisque sa seule légitimité réside précisément dans la façon dont elle va agréger cette « liberté » pour la processer dans son algorithme. En faisant fi de toute valeur transcendante, la démocratie veut nous faire croire à sa « naturalité », elle veut faire passer la technique pour une force naturelle. Ici elle rejoint le grand projet capitaliste de l’école de Chicago et de Milton Friedman, qui tendent à bâtir une économie non-keynésienne qu’on voudrait nous faire passer pour totalement « naturelle », et dont tout empêchement serait considéré comme une faute grave vis-à-vis de l’ordre substantiel des choses. Ici, on rejoint la mystique jacobine et la croyance en une immanence pure de la démocratie. Nous y sommes : l’invention de la démocratie comme rationalité irréductible. L’homme, débarrassé de son bagage métaphysique, peut enfin se penser au seul profit d’un bénéfice risque. Ouvrant la porte à son devenir-technique, pour le meilleur ou pour le pire.

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