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Les derniers défenseurs de la démocratie

Avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002, le pouvoir a joué l’habituelle comédie de la démocratie en danger pour préserver ses privilèges.

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© Manifestation du 1 mai 2002 / DR

Avril 2002. La démocratie est en colère. Elle gronde, tempête, s’emporte. Tout doit être fait pour éliminer la menace fasciste représentée par Jean Marie Le Pen, qualifié à la surprise générale pour le second tour de l’élection présidentielle, devant le charismatique Lionel Jospin. En cours d’histoire-géographie, un professeur rouge donne le ton, solennel : « Vous êtes en terminale. C’est votre moment, vous ne pouvez pas vous défiler. Je vous autorise donc à quitter cette salle pour rejoindre vos camarades. Mieux, je vous y encourage. Vous avez le devoir de barrer la route à l’extrême droite, un autre monde est possible. La démocratie est en danger ». N’ayant pas pu voter pour six mois de vieillesse faisant défaut, je finissais tout de même par perdre mon pucelage démocratique en ce printemps pas si républicain de l’an de grâce 2002.

Des millions de gamins encouragés par des boomers, les vrais de vrais, sont donc descendus dans les rues la boule au ventre pour accorder à plus de 80 % leurs suffrages à l’excellent Jacques Chirac

Rassurez-vous, votre humble serviteur ne s’est pas ridiculisé en faisant acte de présence au cœur des monômes bien-pensants de lycéens mal dégrossis, se contentant de buller au café entre deux parties de baby-foot et quelques approches de drague de rue. Des millions de gamins encouragés par des boomers, les vrais de vrais, sont donc descendus dans les rues la boule au ventre pour accorder à plus de 80 % leurs suffrages à l’excellent Jacques Chirac. Pendant quinze jours, la France a eu peur, comme un enfant au train-fantôme. Mince, la démocratie pouvait y passer ! Et quand la démocratie est sérieusement menacée, elle utilise les moyens des régimes totalitaires pour survivre : propagande, foules déchaînées, voire article 16 et lois d’exception.

Parce que la démocratie, celle du général de Gaulle, la démocratie bien française, est un régime qui ne souffre point d’exception ni de contestation. C’est le siège des idéaux d’égalité, de liberté et de fraternité. L’égalité « au mérite », principalement pour les fils et filles de, qu’ils soient artistes, politiques, universitaires ou capitaines d’industrie. La liberté d’être dans la majorité, bien comme tout le monde et droit dans sa ligne. La fraternité du coup de pied au derrière pour le récalcitrant, ou de la délation par le voisin pour celui qui ne file pas droit. Voilà ces merveilleux principes qu’il faut défendre coûte que coûte. Au péril de son bac, s’il le faut.

Lire aussi : Le peuple contre la démocratie

La démocratie, c’est la dynastie républicaine. La démocratie représentative à la française c’est le Parlement le moins représentatif au monde. La démocratie, c’est le bien. Le bien de tous et les biens de tous, mis en commun – pour ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un bon avocat fiscaliste. En France, la démocratie n’évoque pas Périclès ou les Things germaniques ; elle se vit dans les salons où l’on cause, entre gens de bonne naissance et éduqués qui savent très bien comment la faire marcher : pile tu perds, face je gagne.

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