On peut admirer en ce moment une vue assez précise d’un morceau de Voie lactée dans le Marais, à l’exposition « Rien n’est vrai, tout est vivant ». Le titre est navrant mais les trois artistes réunies s’en moquent un peu : elles, savent que la nature a des lois, physiques, chimiques, organiques, et en jouent de façon scientifique et poétique pour produire comme un ensemble de visions cosmiques.
Caroline Le Méhauté négocie (ce sont ses termes) avec la terre pour inventer des objets, boite lumineuse, livres de tourbes ou portraits de sols, comme Chaque limite en dissimule une autre, « triptyque de portraits de sols, terre crue agricole de l’Essonne, de la Forêt de Meudon et du Jardin des Buttes Chaumont » (2021) : chaque galette, d’une couleur unie, fissurée selon sa composition propre, renvoie à ces sols que nous foulons sans les voir, dissimulés par les goudrons, l’heure et surtout notre manque de curiosité. Ces sols, qui évoquent les trottoirs de Dubuffet, surpassent les autres œuvres, d’un conceptualisme aimable, rigoureusement exécuté mais assez facile.

Charlotte Gautier Van Tour compose d’étranges membranes d’agar-agar qu’elle ensemence de spiruline, de poudre d’ortie, de café et de glycérine de moutarde. Les membranes sèchent, virent, se rétractent et finissent par ressembler à des parchemins amincis, à d’étranges cuirs (comme le titre La peau d’un faune nous invite à le comprendre), à de vieilles cartes célestes où la chimie a jeté une poussière d’étoiles et fixé ces étranges nuages de gaz stellaires. Serpentine, précieuse pellicule détachée d’on ne sait quel dragon, est nommée en hommage aux chorégraphies voilées de Loïe Fuller. Sur le sol de l’exposition, neuf planètes, aux diamètres, aux couleurs et aux levures différentes, attendent de finir leur mutation.

Chloé Jeanne, elle, ne jure que par le mycélium, ce réseau souterrain, substrat de tous les champignons et mystérieux véhicule d’échanges entre végétaux d’espèces différentes. Elle le cultive sur des morceaux de moquette. Ainsi décrit, cela peut paraître austère mais la manière dont les filaments blancs envahissent peu à peu l’espace aride pour y tracer des chemins très délicats est fascinante. Et plus encore quand les champignons d’un brun pâle poussent sur la moquette roulée en cylindre et y tracent, précisément, eux aussi, comme des galaxies, pâles trainées de lumières sur fond de nuit.
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Cette proximité formelle entre macroscosme et microcosme, entre ce qui est caché et ce qui est visible, entre des dynamismes de natures différentes mais témoignant tous d’une poussée initiale, vivante, celle de l’être, fait tout l’intérêt de ces œuvres où l’artiste joue avec le hasard, gouvernant de loin des expériences qui sont aussi éloignées de Duchamp et de ses épigones lassants que des Beaux-Arts classiques ou de la pure abstraction, réussissant à lever le voile de la réalité sans nier son existence, au contraire.
« Rien n’est vrai, tout est vivant.» Espace Cœur Marais, 3 rue Portefoin, 75003 Paris, jusqu’au 31 octobre. Ces trois artistes ont été sélectionnées par la Fondation LAccolade, qui leur a permis de travailler en résidence.





