Par le passé, vous aviez déjà rencontré d’autres dirigeants, tels Michel Aoun au Liban et surtout Vladimir Poutine en Russie. Vous venez maintenant en Hongrie : pourquoi rencontrer Viktor Orbán est-il important pour une candidate à la présidence française ?
J’ai rencontré la semaine dernière les Premiers ministres polonais et slovène, ce dernier étant le président en exercice du Conseil de l’Union européenne. Je rencontre cette semaine Viktor Orbán, parce que les Hongrois sont des résistants, en pointe du combat contre le totalitarisme : ils jouent incontestablement un rôle de brise-glace face aux avancées de la Commission, qui cherche à empiéter sur la liberté des peuples, sur la souveraineté des nations, sur la primauté des constitutions nationales.
J’aimerais que la France soit en première ligne pour défendre la liberté des peuples, mais je trouve en l’occurrence que la Pologne et la Hongrie, compte tenu de leur histoire, ont tout à fait leur place à la tête de ce combat pour la liberté. Il est très important de les voir, de se rapprocher et d’opérer des actions communes. Nous avons signé un texte commun au mois de juillet avec seize partis, dont la Lega, Fratelli d’Italia, Vox, le Fidesz… Et on continue d’avancer, comme l’a dit Viktor Orbán lors de notre conférence de presse. Notre objectif est de former un grand groupe au sein du Parlement européen, qui serait un outil extrêmement puissant pour faire face à la Commission.
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Depuis plusieurs mois, on entend parler de cette possible alliance. Certes, il y a eu cette déclaration commune au début de l’été, mais toujours pas l’ombre d’un groupe. Quels sont les obstacles ?
Les obstacles sont de diverses natures. Parfois, il y a de petites délégations qui ont peur de rentrer dans un groupe aux côtés de grandes délégations, comme celle de la France de l’Italie et de la Pologne, craignant de ne pas être écoutées. Ce en quoi elles ont tort parce que nous avons un fonctionnement de groupe éminemment respectueux de tous : nous considérons que chaque groupe est le représentant d’une nation et non pas le représentant de quelques députés ou d’un pourcentage électoral.
Il faut donc vaincre ces réticences et avancer pas à pas. Il n’est pas facile de construire une vraie alliance – pas l’alliance de circonstances du PPE ou des socialistes, où siègent des gens qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Nous, nous avons vraiment une pensée commune. On doit avancer progressivement pour lui donner corps. Je crois franchement que la charte qu’on a signée cet été est un grand pas dans le sens de la constitution d’une force politique homogène au sein du Parlement européen. Nous avons vraiment besoin qu’elle soit homogène, parce qu’elle va être très combattue.
Il n’y a jamais eu autant de dirigeants européens critiques à l’égard des institutions européennes, et pourtant, malgré les effets d’annonce de la vague populiste, on voit que le Parlement européen est de plus en plus actif et de plus en plus hostile à l’égard de certains dirigeants européens ainsi qu’à l’endroit de certaines politiques. La Pologne et la Hongrie sont particulièrement ciblées.
C’est normal : quand vous mettez un animal sauvage dans une cage, il griffe et il mord. Je pense que les idéologues de la supranationalité et de l’Europe du fédéralisme sont aujourd’hui dans le coin de la cage. Et ils sont d’autant plus agressifs qu’ils sentent que le vent tourne, et que sont en train de monter en puissance des forces politiques qui vont les mettre en échec. C’est un peu leur baroud d’honneur. Les menaces contre la Hongrie et la Pologne sont un marqueur de l’importance de ce qui se passe en ce moment. La déclaration de la Commission à la suite de la décision de la cour constitutionnelle polonaise est extrêmement révélatrice : elle est d’une violence inouïe et va même très au-delà de ce qu’elle aurait, en réalité, pu dire. Elle s’accorde des pouvoirs qu’elle n’a pas dans les textes. C’est la preuve d’une fébrilité. En fait, j’y vois un très bon signe.
Je ne crois pas du tout au couple franco-allemand. Je l’ai dit à de multiples reprises : c’est un mirage, une légende, un fantasme français
L’Allemagne est l’acteur déterminant en Europe centrale. Est-ce que, si vous êtes présidente de la République française, la France s’investirait davantage dans des coopérations en Europe centrale ?
Bien sûr. Je l’ai dit en conférence de presse : si je suis élue, la France soutiendra le combat pour la souveraineté de ces pays. Je crois beaucoup à la coopération entre les nations. Je crois d’ailleurs que c’est l’essence même d’une organisation internationale européenne, que j’appelle l’alliance européenne des nations. L’objectif, c’est que les nations s’allient par le biais de coopérations volontaires, qui ne doivent pas être imposées à contre l’intérêt des pays.
Il y aura donc évidemment des alliances à nouer, des coopérations à monter, y compris avec l’Allemagne. Ce dont je ne veux pas, ce sont des coopérations où la France est perdante en toutes circonstances. J’ai souvent dit d’ailleurs que je ne reprochais pas à l’Allemagne de défendre ses intérêts, je reproche à la France et à nos dirigeants de ne pas défendre les siens.
Une coopération plus poussée avec les pays d’Europe centrale serait-elle une façon de mettre fin au couple franco-allemand, de prendre l’Allemagne en étau et d’avoir du poids pour changer l’Union européenne ?
Je ne crois pas du tout au couple franco-allemand. Je l’ai dit à de multiples reprises : c’est un mirage, une légende, un fantasme français. Ce terme n’existe même pas en allemand ! Oui, il faut changer l’Union européenne de l’intérieur, et pour cela aller trouver tous les pays qui ont intérêt à ce changement. Donc nous irons les chercher partout, sans considération de taille – parce qu’un dirigeant volontaire de ce qui peut être considéré, territorialement et démographiquement, comme un petit pays, peut faire beaucoup plus que le dirigeant d’un grand pays à genoux.
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Lors de votre conférence de presse, vous avez expliqué que la visite d’Éric Zemmour à Budapest le mois dernier et la vôtre, ne sont pas de la même nature. Cependant, il est difficile de ne pas s’interroger sur le fait que le vrai-faux candidat Zemmour, lui aussi, est venu chercher quelque chose en Hongrie.
Je crois que vous vous trompez. Éric Zemmour, comme un certain nombre d’autres d’ailleurs, est venu comme intervenant d’un colloque, et Viktor Orbán, comme il le fait tous les deux ans, reçoit quelques minutes l’intégralité des intervenants de ce colloque sur la natalité auquel il accorde une grande importance. La visite que j’ai effectuée aujourd’hui n’est pas du tout de la même nature. Vous voyez bien que la manière dont Viktor Orbán m’a reçue, sur le plan protocolaire, est presque au-delà de ce que peut espérer une candidate à la présidentielle, pour être tout à fait honnête. C’était quasiment une visite de chef d’État. J’en suis très honorée, j’y suis extrêmement sensible, mais je pense qu’on ne peut faire aucune comparaison entre les deux visites. Elles ne sont pas du tout de la même nature.
Quelle impression vous procure Budapest ? Est-ce que vous vous sentez en dictature ?
Ah, non pas du tout (rires). J’ai été très séduite parce que c’est une magnifique ville. Mais surtout, on y a un sentiment de sécurité : c’est ce qui nous fait mal au cœur à chaque fois qu’on part à l’étranger et que l’on revient en France. On a le sentiment de s’être habitué à l’insupportable. On se soumet à l’indicible. Si tous les Français pouvaient venir voyager un peu en Hongrie, ils prendraient conscience qu’il ne faut plus accepter cela. C’est propre, serein et tranquille. Il n’y a même pas de policiers et on sent qu’il n’y a pas de délinquance.
Cette situation en France est principalement due à l’immigration ?
L’immigration est évidemment l’une des raisons de la montée de l’insécurité en France.





