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Georges Guiscard : « Le wokisme est un millénarisme révolutionnaire »

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Publié le

11 novembre 2021

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Georges Guiscard publie Le Privilège Blanc. Qui veut faire la peau aux Européens ? (La Nouvelle Librairie), ouvrage dense qui fait la lumière sur les implications de l’idéologie « woke ». Entretien.
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Vous vous attaquez à l’idéologie « woke » et à ses saints. Croyez-vous qu’il s’agisse d’une menace sérieuse pour la civilisation occidentale ?

La menace est existentielle. Toutes les facettes de notre civilisation sont ciblées : mœurs, histoire, arts, science, loisirs, etc. Même la gastronomie ! Fin juin, Mathilde Cohen, chercheuse au CNRS, expliquait très sérieusement lors d’un séminaire organisé par Sciences Po que la gastronomie française était une expression de la « blanchité alimentaire ».

Le wokisme, et tout particulièrement la théorie du privilège blanc qui est au cœur de cette mentalité, est une vision du monde totalisante. Tout s’explique par le racisme, tout en est pénétré : le privilège blanc est consubstantiel à la civilisation occidentale, définie comme le monde blanc dans son ensemble, sans distinguer le tourneur-fraiseur auvergnat du fermier boer d’Afrique du Sud ou du tradeur euro-américain. Tout est racisme, donc tout est à déconstruire, c’est-à-dire à détruire.

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De la même manière que la lutte contre la bourgeoisie devait permettre l’avènement d’une société égalitaire sans classes, la lutte contre l’hétéro-blantriarcat est supposée permettre le retour à une société pacifiée, idéale, sans racisme ni discrimination. Mais aussi sans misogynie ni pauvreté ; au jardin d’Éden en somme. En ce sens, le wokisme est un millénarisme révolutionnaire, comme le fut le communisme. C’est le nouvel avatar de la gauche radicale. Une vision politico-religieuse aussi fanatique ne souffrira aucun compromis.

Le wokisme est-il le nom de code de la haine de l’homme blanc, assimilé à un mal ontologique de l’humanité ?

Tout se cristallise autour de la haine de l’homme blanc. Au-delà du péril pour notre civilisation, c’est bien une menace directe pour les Européens eux-mêmes. Nous sommes jugés coupables d’avoir inventé le racisme, la hiérarchisation des races, via l’esclavage en Amérique et la colonisation en Europe, puis d’avoir érigé la civilisation occidentale sur cette base.

Le privilège blanc est l’expression de ce péché originel qu’est le racisme. Les Blancs sont structurellement privilégiés en Occident, les autres sont soit de facto – par rapport aux Blancs – soit activement – par le « racisme systémique » – défavorisés. En pratique, le privilège blanc s’exprime dans nos codes sociaux, nos critères esthétiques, nos repères moraux, nos valeurs même : rationalité, ponctualité, exactitude, etc. C’est l’être au monde typiquement européen qui est honni, le fait qu’il soit la norme dans les sociétés européennes.

C’est l’être au monde typiquement européen qui est honni, le fait qu’il soit la norme dans les sociétés européennes

Pis : notre seule existence perpétue le privilège blanc car nous le véhiculons sans même nous en rendre compte. Il n’y a qu’une solution, la déconstruction-destruction de la civilisation occidentale voire, comme le suggérait l’historien communiste Noel Ignatiev, pionnier des études sur la blanchité, « l’abolition de la race blanche ». Car tout est permis pour abaisser et punir les « privilégiés ». Ce mot résonne de façon particulière pour nous, Français. Nous savons jusqu’où il peut mener.

Comment répondre à cette tentative de subversion ? Est-ce possible ?

Il ne faut rien céder. Être lucide sur notre passé n’implique pas la repentance permanente. Celle-ci justifie le racket moral, politique et économique auquel se livrent les militants wokes, dont le but ultime est l’expropriation des Européens, le pillage de leur héritage civilisationnel.

Christiane Taubira l’a admis dans sa préface de l’ouvrage Le Procès de l’Amérique. Plaidoyer pour une réparation : « Nulle réparation matérielle n’effacera un crime si grand que l’esclavage ou la colonisation ». Les Blancs ne doivent pas croire qu’ils pourront parvenir à une forme d’équilibre en faisant des concessions. Il faut être fier de notre patrimoine, lutter pied à pied, refuser en bloc et en détail les délires et la mauvaise foi de ceux qui affirment que tout, de la randonnée à Napoléon, du taux d’étrangers dans les prisons à la couleur des pansements, est raciste.

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Vous expliquez dans votre chapitre « Le privilège afro-musulman » que le néo-progressisme dispense ces populations de se soumettre totalement, fortes de leur statut de victimes du grand méchant mâle blanc. Cette contradiction pourrait-elle à terme mener le « wokisme » à sa perte ?

Ce qui court à sa perte, c’est la gauche blanche, les « alliés » – féministes, LGBT, antifas ou hommes-soja progressistes – qui accompagnent ce mouvement soit par cynisme, soit par fanatisme. Il restera le wokisme racisé, encore plus violent. Tous les Blancs, si soumis soient-ils, finiront par en être victimes.

On en voit déjà la manifestation. Dès les années 80, l’afroféministe américaine Kimberlé Crenshaw théorisait le concept d’intersectionnalité pour expliquer aux Blanches, en pointe du mouvement féministe, qu’elles étaient moins oppressées que les Noires. Et donc qu’elles étaient moins légitimes, qu’elles devaient d’abord écouter les Noires plus en souffrance. Nous avons récemment vu Audrey Pulvar, élue du PS, qui dans la même idée concède de mauvaise grâce que les Blancs peuvent éventuellement participer aux « réunions non mixtes racisées » à condition qu’ils aient la décence de se taire.

Les tensions ne feront que s’exacerber. Le privilège afro-musulman empêche la gauche blanche d’ouvrir les yeux sur ce qui est en train d’arriver. Elle trouve systématiquement des excuses aux non-Blancs même lorsque le réel leur éclate au visage. Toutefois, l’implosion du wokisme « unitaire » n’en serait pas la fin. Elle ne serait qu’une clarification, une radicalisation, excluant les Blancs du camp révolutionnaire par un mécanisme de spirale de la pureté.

Ce qu’ils nous disent, en résumé, est que l’universalisme est une idée de Blanc pétri de culture chrétienne, que la civilisation occidentale, incluant ses valeurs, est une expression spécifiquement européenne avant d’être universelle

Pensez-vous que le culturicide et le mémoricide en cours, appuyés par la société de consommation qui n’aime rien tant que ce qui est nouveau et commercialisable, ne sont pas aussi une opportunité de retrouver ce que nous sommes ?

En déclarant la guerre aux Blancs et à la civilisation occidentale, la gauche woke sonne le glas de l’économisme libéral et le retour du politique. Carl Schmitt expliquait que le politique, c’est désigner l’ennemi. À sa suite, Julien Freund démontrait que c’est l’ennemi qui vous désigne. Et vous aurez beau refuser de le considérer comme un ennemi, il vous fera tout de même la guerre.

En nous désignant comme des Blancs, les adversaires de notre civilisation nous rappellent que celle-ci est bâtie sur un substrat ethnique premier. Ce qu’ils nous disent, en résumé, est que l’universalisme est une idée de Blanc pétri de culture chrétienne, que la civilisation occidentale, incluant ses valeurs, est une expression spécifiquement européenne avant d’être universelle.

Carl Schmitt, à nouveau, nous apprenait que nous savons ce que nous sommes car nous savons ce que nous ne sommes pas ; le wokisme nous renvoie effectivement à notre être profond, à ce que le libéralisme individualiste ne pourra jamais effacer. Peut-être est-il bien l’occasion pour les Européens de renouer avec eux-mêmes. Nous n’avons pas le choix, il faut relever le gant, nous retrouver et combattre ou mourir.

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