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La France étroite d’Emmanuel Macron

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Publié le

15 novembre 2021

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Enfermé dans ses schèmes de pensée quoiqu’il se présente comme un homme de dialogue, le président Emmanuel Macron est incapable de comprendre les préoccupations sécuritaires et identitaires des Français, préférant se complaire dans la disqualification hautaine et diabolisante.
Macron

L’histoire d’une nation se trouve toujours commandée par des processus sociaux lourds et complexes, qui ne se limitent pas à la volonté d’un homme ni à ses actions, quand bien même il se rêve en individu providentiel. Mais les choix effectués par les dirigeants ne sont pas neutres pour autant. Ils pèsent sur le destin des peuples, ils portent une responsabilité, non pas tant par ce qu’ils croient décider que par ce qu’ils entravent, stimulent ou pervertissent dans les mouvements de la société.

Jules Michelet considère ainsi, à propos de la période de la Renaissance, que la France s’est retrouvée à l’étroit en la personne de François Ier, prisonnière de ses peurs, de ses langueurs d’âme et de ses arrogances, dépendante y compris de son corps, de ses furoncles et de ses abcès douloureux. Dans un régime comme le nôtre, toujours absolutiste, que ce soit par le passé sous une forme monarchique ou bien aujourd’hui sous une forme républicaine, le tempérament des chefs d’État pèse fortement. Leurs psychologies enferment le champ des possibles. Elles piègent l’avenir en le restreignant à ce que leurs intelligences admettent ou n’admettent pas, à ce que leurs émotions leur permettent d’éprouver ou de ne pas éprouver.

Lire aussi : Éditorial de Jacques de Guillebon : La France dans le noir

Emmanuel Macron n’échappe pas à cette règle. Ce qu’Emmanuel Macron ne parvient pas à comprendre de la France, ce que sa mentalité lui interdit de penser, voilà avant tout ce qu’il ne parviendra jamais à résoudre. Or l’angoisse existentielle qui traverse notre pays lui demeure psychologiquement étrangère, de même que la révolte face au laxisme ou à l’insécurité. Ces sujets, ces sentiments ne l’empoignent pas. Ils ne s’inscrivent pas dans son univers mental. Emmanuel Macron appartient à la catégorie de ceux qui ne peuvent pas admettre certaines de ces réalités, car elles contredisent son être et ses schèmes de pensée les plus profonds. Pour Emmanuel Macron, l’Europe constitue obligatoirement un destin appelé à succéder à celui des nations. Pour Emmanuel Macron, l’immigration ne constitue qu’un remède à la baisse de notre natalité, qu’une ouverture au monde, qu’un humanisme en acte – toute autre considération relevant de la xénophobie ou du racisme. Ainsi dénonce-t-il ceux qui s’opposent à lui en les déclarant malades d’une « lèpre populiste ».

Certes, Emmanuel Macron perçoit bien qu’une partie importante de la population ne s’accorde pas à sa vision des choses. Mais, il pense pouvoir répondre à leurs attentes par des mesures techniques, par des chèques publics ou des allocations. Il ne croit pas en la profondeur, en la réalité des questionnements identitaires. Il n’y voit que l’expression d’un mal être lié à des difficultés économiques ou sociales. Voilà pourquoi, face à la crise migratoire et sécuritaire, il n’agit pas et se contente, dans le meilleur des cas, de quelques ajustements à la marge. Voilà pourquoi, sur ces sujets, la France est gouvernée à l’étroit, engoncée dans la personnalité d’un homme et dans celle de ceux qui l’entourent, ceux-là même qu’il a choisis parce qu’ils lui ressemblent trop ou s’aplatissent.

Vers une France ingouvernable ?

Les sondages commencent à dessiner le scénario de ce qui pourrait advenir lors de la prochaine élection présidentielle. Au premier tour, Emmanuel Macron regrouperait entre 23% et 25% des suffrages. En face, Éric Zemmour et Marine Le Pen totaliseraient, à eux deux, entre 32% et 35% des voix. Au second tour, Emmanuel Macron l’emporterait contre l’un ou l’autre en obtenant de 52% à 55% des votes, bénéficiant du report des électeurs de gauche et de ceux d’une partie du centre droit, qui tous pourtant s’avèrent très hostile à sa politique, mais pour des raisons diamétralement opposées.

Une telle France serait par nature ingouvernable, démoralisée, frustrée et acariâtre. Voilà la perspective la plus probable qui se dresse devant nous.

Emmanuel Macron débuterait donc son nouveau mandat avec le soutien véritable d’à peine un quart des électeurs, avec le ralliement par défaut d’un autre quart des électeurs qui l’auront rejoint à reculons, par peur de ses adversaires et sans lui accorder aucun véritable crédit. Quasiment la moitié des votants lui serait farouchement hostiles dès le premier jour – auxquels il faudrait ajouter les abstentionnistes farouchement dégoûtés de la politique. Une telle France serait par nature ingouvernable, démoralisée, frustrée et acariâtre. Voilà la perspective la plus probable qui se dresse devant nous.

Pour tenter de l’éviter, il s’avère indispensable qu’Emmanuel Macron parle autrement qu’avec mépris à ceux qu’il considère comme des « lépreux » électoraux. Certes, dans tous les éléments de langage utilisés, il a pris soin de distinguer les électeurs, qui seraient des êtres respectables mais en souffrance, de leurs candidats hideux, démagogues et populistes. Mais qui peut honnêtement croire que l’on n’humilie pas un électeur quand on consacre son temps à insulter ses choix et les visages de ceux ou celles qui les incarnent.

Emmanuel Macron s’érige sans cesse en homme de tolérance, de dialogue, de compréhension. Une telle ouverture d’esprit lui semble cependant impossible à l’égard de tous les Français qui ne partagent pas sa conception du monde. Une grande partie de notre nation suffoque dans le carcan du macronisme. Mais au lieu de l’écouter, Emmanuel Macron ne cherche qu’à l’étouffer encore un peu plus à grand coup d’angélisme hautain et de diabolisation pontifiante. La perspective d’un second mandat n’y changera rien.

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