Les grands chefs militaires ont une caractéristique commune : ils ont la gueule de l’emploi. C’est à grands coups de marteau que l’on forge la tête d’un Patton, celle d’un Rommel ou d’un Bigeard. Le regard de Moshe Dayan se découpait de part et d’autre d’un bandeau. Une figure de flibustier qui fut le symbole du courage des juifs.
La vie du général se confond avec la genèse de l’État d’Israël où il nait en 1915 de parents sionistes. Sous la protection de David Ben Gourion, il gravit tous les échelons de l’armée. Dès les années 30, il montrera contre les Arabes un sens inné de l’improvisation dans l’offensive. Influence par Charles Wingate (le père des commandos britanniques), Moshe Dayan plébiscite les attaques nocturnes afin de semer la terreur chez l’ennemi. D’un tempérament anticonformiste et rebelle qu’il cultivera toute sa vie, il considère que l’art militaire consiste à rendre coup sur coup en cherchant toujours à innover.
Lire aussi : Le mystère Mussolini : entretien avec Maurizio Serra
Le 8 janvier 1941, alors qu’il cherche à repérer la position de l’ennemi, Moshe Dayan est atteint par une balle. Il perd son œil droit. Toute son existence, sa blessure lui occasionnera de violents maux de tête. Un tourment qui est aussi à l’origine de sa légende. Le visage barré du fameux bandeau noir devient célébrissime. Chef d’état-major de Tsahal en 1955, il est le héros de la campagne victorieuse de Suez. Devenu ministre de la Défense en 1967, il incarne la victoire écrasante d’Israël sur le monde arabe. Mais la légende qu’est devenue Moshe Dayan se fracasse lors de la désastreuse guerre du Kippour. Il est traîné dans la boue par l’opinion israélienne qui le juge responsable de l’impréparation de l’armée. Lors des funérailles de soldats tombés au champ d’honneur, les familles éplorées lui cracheront dessus.
Ancien diplomate, Georges Ayache dresse un portrait vivant mais sans concession de Moshe Dayan. Il décrit son incroyable courage mais aussi son appétit pour l’argent et ses frasques sexuelles. Adulé bien souvent par la rue, il est peu apprécié par ses collaborateurs qui le jugent individualiste et ambigu. Au renoncement, Moshe Dayan imposa la folle audace et incarna ce principe : « À la guerre, on peut tout faire sauf la perdre ».

Perrin, 428 p., 24 €





