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Reportage : Michel Barnier en mode terroir

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Publié le

30 novembre 2021

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Candidat à l’investiture Les Républicains, Michel Barnier se rendait samedi à Sarlat en Dordogne pour participer à une réunion publique, et surtout sillonner la France profonde. Notre envoyé spécial y était.
Barnier

« Ce n’est pas Sarkozy qui aurait pris la peine de déjeuner avec nous », glisse l’adhérente septuagénaire des Républicains de Dordogne à son mari en sortant du banquet militant qui clôturait la réunion publique de 400 personnes de Michel Barnier ce samedi 27 novembre, sous le chapiteau du stade de rugby du CA Sarlat (Fédérale 2). L’affluence record, dans cette ville de 9000 habitants, a d’entrée donné le sourire à l’ancien ministre des Affaires étrangères qui doué d’un moral à toute épreuve et d’un culot chiraquien envisage sérieusement de créer la surprise face à des concurrents usés par neuf ans d’opposition stérile et de louvoiements.

Le dernier carré d’élus et de militants retrouve chez lui ce qu’ils appréciaient chez François Fillon : la simplicité, le sourire farceur à l’abri des caméras, le mot gentil pour chacun

La matinée a commencé par un café chez Bernard Planche, une figure du Sarladais et du Quercy, ancien président de la Fédération interprofessionnelle de la noix du Périgord. Avec Michel Barnier, il cultive une amitié commune, Bernard Carayon, l’ancien député du Tarn dont le fils Guilhem est l’étoile montante des jeunes LR après s’être imposé au forceps face à la liste officielle de la direction du parti. Ici, à Sarlat, c’est un l’esprit de la droite Tillinac, gouailleuse, gaulliste, hors du temps, que l’on cultive. Sur le marché, on tâte la pomme, on admire la girolle, on embrasse la mercière (avec le masque). Ses rivaux le caricaturaient en vieux cheval sur le retour. On le croyait égaré à Bruxelles. Hier soir il était à Agen, ce soir à Toulouse et demain à Aix-les-Bains. En quelques semaines, Michel Barnier a retrouvé les réflexes de l’adolescent colleur d’affiche de l’UJP, du jeune conseiller général pompidolien aux accents gaullistes sociaux qui sillonnait les fermes de Tarentaise. Dans ses meetings, il cite Benoît XVI : « Chaque personne est nécessaire ». Revenant de la Réunion, il se passionne pour l’Outre-Mer, flétrissant au passage l’amateurisme de Lecornu et réclamant la fin du droit du sol à Mayotte et en Guyane. Il s’enthousiasme pour le nucléaire, fustige la finance internationale. Il rêve publiquement d’un gouvernement réunissant Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Nadine Morano qui avec l’élue parisienne Brigitte Kuster, est sa plus grande fan.

« Les paysans sont les premiers écologistes de France », martèle-t-il devant un public acquis mêlant garagistes rad-socs et avocats protestants comme aux plus belles heures du RPR. Bien sûr, les sondages mettent les LR hors-jeu pour le second tour, mais le dernier carré d’élus et de militants, ce qui fait encore du monde, retrouve chez lui ce qu’ils appréciaient chez François Fillon : la simplicité, le sourire farceur à l’abri des caméras, le mot gentil pour chacun. Les producteurs des environs ont ramené quelques terrines de foie gras et de bonnes bouteilles de bergerac. Les militants ont cuisiné un bœuf carotte.

Chez Barnier, le discours se veut moins intellectuel que chez François Fillon. La rupture se limitera à deux points : donner des moyens à la justice et fournir un terreau favorable aux entreprises. Du gaullisme, il garde l’idée qu’il faut se libérer des carcans juridiques, remettre l’Union européenne et le Conseil constitutionnel à leur place. De l’Europe, il continue à défendre la capacité supposée à opposer des normes aux États-Unis et à la Chine et des frontières à l’islamisme. On a des doutes.

Lire aussi : Michel Barnier, un souverainiste repenti ?

Le président de la fédération LR de Dordogne, Basile Fanier, le titille justement à la tribune sur Maastricht et le référendum de 2005. Il répond en pédagogue et pas en doctrinaire. Il traite les Britanniques de « flibustiers », veut revenir à l’histoire chronologique, martèle sous les applaudissements : « Moi Président, il n’y aura aucune repentance ». C’est la droite formica qui cultive sa nostalgie des comices agricoles et relit chaque année Le Déjeuner de Sousceyrac de Pierre Benoit acheté à la papeterie de Saint-Céré.

Basile Fanier est très heureux de cette visite : « Les retours ce matin étaient très bon sur le marché. Notre fédération est en plein renouveau, depuis le début de l’année nous sommes passés de 300 à 1200 adhérents ». Il reste à savoir si cette bonne santé retrouvée et affichée par le parti à l’occasion de la désignation interne du candidat LR pour l’élection présidentielle saura s’inscrire dans la durée.

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