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Michel Barnier, un souverainiste repenti ?

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Publié le

8 octobre 2021

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Pour lutter contre l’immigration, Michel Barnier souhaiterait qu’une partie du droit national prime sur le droit européen. Conviction d’un souverainiste sincère ou volte-face clientéliste grossier ? Tout dans son parcours indique en tout cas qu’il est un européiste convaincu s’étant fort peu soucié de la souveraineté nationale.
Barnier

Michel Barnier a décidément bien changé ! Lors de la rentrée des députés Les Républicains, le candidat à la primaire a fait un surprenant coming-out souverainiste : « Il faut retrouver notre souveraineté juridique pour ne plus être soumis aux arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne ou de la Cour européenne des droits de l’homme. Nous proposerons un référendum au mois de septembre sur la question de l’immigration. » Face à la polémique, il a dû préciser que sa proposition concernait uniquement la question migratoire. Aussi défendue par Marine Le Pen, cette proposition de « bouclier constitutionnel » postule que le droit relatif à l’immigration doit avoir, dans la hiérarchie interne des normes, une place similaire à la Constitution, de sorte que l’on ne serait plus tenu en la matière par le droit européen. En clair, une partie du droit national serait supérieure au droit européen, ce qui est contraire aux principes actuels du droit français et européen – le traité de Lisbonne stipule que « les traités et le droit adopté par l’Union sur la base des traités priment le droit des États membres ».

Barnier n’en démord pourtant pas : « Menacée en permanence d’un arrêt ou d’une condamnation de la Cour de justice européenne ou de la Convention des droits de l’homme », la France doit retrouver sa « liberté de manœuvre » en matière d’immigration. Le voilà partisan d’une France souveraine qui se protège et défend ses intérêts, contre le droit de l’hommisme et l’européisme !

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Pourtant, le Barnier d’il y a quelques années aurait indiscutablement vu dans pareille proposition la promotion d’une France repliée, rabougrie, recroquevillée. Car le Barnier de jadis était un fieffé européiste. Et les Britanniques n’ont pas manqué de s’en prendre à l’ancien négociateur du Brexit suite à sa proposition, l’accusant de vouloir faire en France ce qu’il souhaitait leur faire payer outre-manche. « Michel Barnier est le plus grand hypocrite de tous les temps » a lancé le brexiter Nigel Farage. « C’est bien de voir qu’il a trouvé nos arguments convaincants, au final » a glissé plus sobrement un proche de l’exécutif britannique.

Un partisan zélé de la Constitution européenne

C’est que le volte-face de Michel Barnier a de quoi étonner, lui qui a été un fervent défenseur de la Constitution européenne et du Traité de Lisbonne. Commissaire européen, il était membre et représentant de la Convention sur l’avenir de l’Europe, inspirée par la Convention de Philadelphie qui mena à l’adoption de la Constitution américaine. Tâche de cette Convention, présidée par VGE : réfléchir à l’avenir de la gouvernance européenne en rédigeant une Constitution européenne et en mettant sur la table la question du fédéralisme. « La France n’est pas grande quand elle est arrogante ; elle n’est pas forte quand elle est solitaire » déclare alors Barnier, faisant sienne la logorrhée eurobéate.

Revenu à la politique française, c’est en tant que ministre des Affaires étrangères qu’il participe au débat lors du référendum sur la Constitution européenne. Lui est partisan du oui, et multiplie les prises de parole, tribunes et meetings (il en enchaîne près de quatre-vingts !). Dans un discours prononcé à Vilnius, il considérait que la constitution, « meilleur texte européen conçu depuis le traité de Rome », est « la dernière chance de l’Europe unie », et concluait, dithyrambique, que « le projet européen doit continuer à être un exemple pour son temps. Donnons-lui, unanimement, sa chance constitutionnelle ». Le non l’emporte à 55% ; avant d’être débarqué du Quai d’Orsay, il annonce sur LCI que « si cette Constitution n’existe pas, il faudra la réinventer d’une manière ou d’une autre », tout en tenant compte du vote. Le programme avait au moins le mérite d’être clair.

« Cette fédération [européenne] devra aussi se doter de nouvelles institutions, comme un ministre des Finances ou un président de l’Union élu par le Parlement européen avant de l’être au suffrage universel. »

En 2007, il rejoint le gouvernement sous la présidence de Sarkozy et défend avec zèle le traité de Lisbonne – adopté par les députés en Congrès en février 2008. La trahison du suffrage de 2005 ne l’a pas gêné le moins du monde. Aujourd’hui, c’est pourtant le principe fondamental – la supériorité du droit européen – de ce même traité de Lisbonne qu’il propose de remettre en cause.

Un président pour une Europe fédérale

Son européisme n’a depuis alors jamais été démenti. En 2012, alors que la crise économique peine a être endiguée, il déclare à Libération : « La crise a montré qu’on ne pouvait pas s’en sortir tout seul. Le temps nous est compté : d’ici à 2016, l’Union devra s’être transformée en une fédération des États européens dans laquelle les nations mutualiseront leurs destins sans effacer leurs différences. » Et de conclure : « Cette fédération devra aussi se doter de nouvelles institutions, comme un ministre des Finances ou un président de l’Union élu par le Parlement européen avant de l’être au suffrage universel. » Aujourd’hui en campagne pour la primaire, il a donc beau jeu de répéter qu’il n’est pas fédéraliste. « Je suis le contraire d’un technocrate et je ne suis pas non plus un fédéraliste européen. Je suis gaulliste, je crois à la coopération des nations avec nos voisins. » Imagine-t-on le Général défendre une Constitution européenne avec un président élu au suffrage universel direct ?

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L’homme a encore longtemps souhaité devenir président de la Commission, organe européen le plus irrespectueux des souverainetés nationales. En 2014 par exemple, date à laquelle il publie Se reposer ou être libre, ouvrage dans lequel son européisme n’a pas varié d’un iota. Il faut « regarder ce monde tel qu’il est, les yeux ouverts » plutôt que « se replier chacun chez soi, chacun pour soi pour se protéger des crises et du monde ». Il ajoute, un an plus tard, que « le choix n’est pas entre l’Europe et la France. Le choix est entre une Europe souveraine ou alors une Europe condamnée à être sous-traitante de la Chine, du Japon, de l’Inde, du Brésil. […] Bruxelles n’est pas une forteresse qu’il faut combattre, mais une place qu’il faut construire ».

Le mot est lâché : la « souveraineté européenne », un classique de la pensée macronienne à laquelle Barnier semble communier. Toujours plus d’Union européenne donc, unique salut d’une France qui ne peut plus rien dans un monde de géants. De retour sur la scène politique nationale, il aurait visiblement changé de pied. L’alternative est simple : soit il fait un mea-culpa sincère sur ses positions et actions passées ; soit il est un homme sans conviction qui ne fait que s’adapter à la droitisation ambiante, étant guidé par le seul appétit du pouvoir. Chacun tranchera.

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