Pelléas et Mélisande (1902) est un cas unique dans l’histoire de l’opéra. Trois siècles après la naissance du « recitar cantando » (inventé avec l’opéra pour éviter l’ennui du récitatif), Debussy ramène le chant au plus proche de la déclamation. Le drame de Maeterlinck n’a rien d’un livret traditionnel : sa prose dépouillée est surtout faite d’allusions et de non-dits. Une brume épaisse enveloppe la plus ordinaire des histoires, le triangle amoureux : un mari jaloux de la complicité qui s’installe entre son frère et sa femme. La tragédie sera inéluctable, quoiqu’à peine esquissée.
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Seuls importent les secrets indicibles que chacun cache au fond de son âme. Mélisande est-elle coupable ? Quelles blessures dévorent le prince Golaud ? D’où vient cette agressivité dans un royaume où tout semble endormi ? Debussy ne veut pas résoudre les énigmes. Au contraire, sa partition ne fait que suivre le flux insaisissable des conflits intimes. Il faut de subtils comédiens, de vrais diseurs, pour ce théâtre de l’ellipse. L’équipe rassemblée par l’Opéra de Bordeaux durant la pandémie répond à tous les critères : voix jeunes, diction parfaite, prosodie naturelle, incarnation sincère. Le ténor vaillant de Stanislas de Barbeyrac se hisse au sommet par l’humanité incarnée de son Pelléas, à mille lieues de certaines visions réduisant le héros à un adolescent mal dans sa peau. Ici c’est plutôt l’amoureux ardent que l’on entend, et quel bonheur de bout en bout ! Une version discographique à découvrir aussi pour la baguette enivrée de Pierre Dumoussaud, qui exalte la sourde brutalité de cet univers onirique.





