Skip to content

Label Dais : post-punk not dead

Par

Publié le

27 décembre 2021

Partage

Depuis presque quinze ans, un label américain souffle sur les cendres du post-punk et de la musique industrielle tout en allumant les mèches des successeurs de Throbbing Gristle et de Coil. Grand angle sur Dais.
dais

Fondé en 2007 par deux musiciens, Gibby Miller basé à Los Angeles et Ryan Martin de Brooklyn, le label Dais nous rassure en confirmant que l’hipsterisation générale du monde et de la « contre-culture » en particulier n’est pas un phénomène inéluctable. Les « Mutins de panurge » comme les nommait Philippe Muray, même quand ils se veulent transgressifs sont en réalité les pires ennemis de la création notamment en raison de leur hygiénisme moral. Fondée à la suite du punk, la scène musicale industrielle aimait au contraire cultiver la provocation et l’ambiguïté, comme le prouvaient ses artistes phares : Nurse With Wound, Throbbing Gristle, NON (Boyd Rice), Cabaret Voltaire et quelques autres. Le monde sortait de l’activisme gauchiste et hippie des années soixante et soixante-dix et sou$rait de la grande gueule de bois de la fin de ses illusions. En France, Yves Adrien s’était sorti du punk et des cheveux longs pour devenir le chantre des NovöVisions, inventant, sous le nouveau patronyme d’Orphan : Air World, un groupe avec l’ex-reine des punks, Edwige, qui jamais ne s’incarna : « Nous serons des Sonny and Cher synthétiques, nous chanterons les yeux clos, le groupe opérera sous le nom d’Air World et donnera ses interviews dans les aéroports ».

Héritage industriel

À part Yves Adrien, devenu depuis son propre exécuteur testamentaire, la majeure partie des figures de l’ère industrielle sont morts ou presque à l’exception de Boyd Rice et Drew McDowall. Ce dernier, issu du punk le plus violent passé ensuite par Coil (projet né à la suite du départ de Genesis P-Orridge de Throbbing Gristle) constitue une des racines de Dais records. Un label qui ose poursuivre un certain esprit post indus très « contre-cool » tout en évitant les impasses de la cold wave et du militantisme. On croyait les enfants du post-punk perdus dans une certaine pleurnicherie néo-romantique, voire dans l’hystérie woke : Dais prouve le contraire. Conçu comme une fusée avec à sa base les premiers projets de Genesis P-Orridge dont COUM Transmission, Tony Conrad (collaborateur des mythiques Faust), Coil, William S Burroughs, Annie Anxiety ou Merzbow, soit les figures tutélaires d’une certaine esthétique froide et expérimentale, le label sauve l’héritage de l’underground occidental mythique du tournant des années 80. Quand on lui demande la signification du nom de son label, Gibby Miller répond : « J’ai trouvé que c’était un beau mot. Un “dais” est à l’origine une plateforme ou un socle surélevé, permettant d’élever un locuteur, une personne ou un objet. Cela semblait conforme à notre mission qui était de trouver et de libérer des forces spéciales. Je l’ai proposé à Ryan (Martin, copropriétaire) et il l’a vraiment aimé ! C’était simplement le nom parfait pour nous deux ».

Lire aussi : Paul Schrader, la sentinelle

Rétro-futurisme…

Au fil du temps, Dais a évolué en signant de nouveaux artistes sur le terreau fertile des anciens. Gibby Miller décrit très bien sa stratégie : « Nous avons toujours su que les rééditions allaient constituer une partie importante de notre histoire, car nous considérons qu’il existe des parallèles entre le passé et le présent – bien sûr. Le gros effort pour démarrer le label a été de créer des objets que nous voulions nous-même posséder ! Nous espérons que nos rééditions permettront aux anciens fans de posséder des artefacts qui étaient auparavant hors de portée en raison de leur rareté ou de leur coût, et exposeront également les nouveaux mélomanes à des musiques qu’ils n’avaient peut-être jamais entendues auparavant ». En ce moment, l’actualité de Dais propose les sorties de VI/Deo par Xeno and Okalander, un disque rétro-futuriste aux synthétiseurs minimaux, un album mélancolique sur la chute de la nouvelle Rome. Mais l’année précédente, Dais sortait déjà New Signs of Life de Death Bells une formation d’Australiens névrosés refugiés à Los Angeles mêlant guitares abrasives, cuivres et percussions pour hésiter entre délectation morose et pulsion de vie avec une bonne dose d’humour noir.

Ou anticipation de la fin

L’avenir du label s’appelle ADULT, représentant peut-être ce qu’aurait donné Air World si le projet d’Yves Adrien s’était jamais incarné. Soit deux jeunes habitants de Detroit nommés Nicola Kuperus et Adam Lee Miller qui ont compris que le futur dystopique à la Blade Runner appartenait déjà à notre réalité. Avec Becoming Undone, ADULT diffuse un malaise comparable à celui que distillaient Test Dept et Throbbing Gristle en leur temps. Contrairement à ces derniers groupes, cependant, qui évoquaient l’effondrement des usines et des villes industrielles, le duo ajoute du néon blafard à l’équation, comme pour évoquer les zones d’activités commerciales fermées pour cause de pandémie. On attend la suite des aventures de Dais, un label qui nous munira à coup sûr de la bande-son adéquate pour supporter avec flegme et bon goût les prochaines catastrophes.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest