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Julien Freund : de la mesure avant toute chose

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Publié le

20 décembre 2021

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La Nouvelle Librairie a eu l’excellente idée de publier les Lettres de la vallée, recueil épistolaire de Julien Freund dans lequel le philosophe aborde avec le brio qu’on lui connait des sujets aussi divers que la morale, l’après 68 ou l’avènement du politiquement correct.
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Philosophe et sociologue, Julien Freund fut incontestablement en France un grand maître de la philosophie politique, et probablement de la philosophie en général puisqu’il rappela aussi son essence métaphysique refusant ainsi de la réduire à la stricte observation des choses humaines. Né en 1923, résistant au courage exceptionnel durant la guerre, introducteur de Max Weber et de Carl Schmitt en France, penseur de la mesure, aristotélicien, dont la rigueur égale une prodigieuse intelligence sans cesse aux aguets, il est, en raison de la débilité de l’époque et d’une pensée unique universitaire incapable de tolérer ce qu’elle ne comprend pas – et elle ne comprend plus grand chose – un quasi proscrit, sinon de droit, de fait puisqu’on n’édite plus ses livres et que certains d’entre eux sont même devenus introuvables ou alors, pour l’un d’entre eux en version numérique : le fabuleux La Fin de la Renaissance. Aussi, c’est à propos que les éditions de La Nouvelle Librairie, après avoir publié l’année dernière Le Politique ou l’art de désigner l’ennemi, récidive avec ce recueil épistolaire, s’étendant de 74 à 76, composé par Freund lui-même en vue d’être édité et qui l’est donc pour la première fois à présent, vingt-huit ans après qu’il nous a quitté.

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Pêle-mêle on y trouve des réflexions sur l’université, sur le statut de la science et celui de l’objectivité de la presse, Freund y imagine utopie et dystopie, interroge la morale et les liens qu’elle entretient avec la politique, s’effraye de la société qu’il voit naître après Mai 68, de la culpabilité européenne et de la bonne conscience naissante, ancêtre du politiquement correct, dans laquelle il voit la perte du souci des autres – soit la fin de la politique entendue comme souci du Bien commun ; car Freund est fondamentalement un philosophe, c’est-à-dire quelqu’un qui, au moyen de la réflexion, prend la mesure des choses et recourt à l’art de la critique pour comprendre et non militer. Il n’y a pas dans ses lettres une phrase qui ne soit pas commandée par l’exigence de la pensée et la cohérence qu’elle réclame jusque dans ses digressions ; tant et si bien que d’expression claire et précise elles ne sont pas seulement les divagations renseignées d’un esprit d’exception, mais d’authentiques méditations philosophiques dont la forme exemplaire annonce des profondeurs qui invitent le lecteur à s’y replonger et à se plonger plus généralement dans l’œuvre de Freund. Loin des emballements stériles et du romantisme politique qu’on aperçoit aussi dans un certain réalisme revendiqué bruyamment, Freund figure un maître de la pensée parce que, celui qui se définissait mésocrate autrement dit pour le pouvoir du milieu compris comme celui de la mesure, nous dévoile qu’il n’est pas de plus grande force en matière de politique que celle de l’équilibre.


Lettres de la vallée. Méditations philosophiques et politiques de Julien Freund
La Nouvelle Librairie, 298 p., 19,50 €

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