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Partout, les saints : Sainte Madeleine de Nagasaki

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Publié le

28 décembre 2021

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Fiche la honte de sa vie à l’Empereur du Japon quand on est une orpheline de 23 ans, ça envoie du lourd. Madeleine n’avait que Dieu et son courage quand elle a envoyé bouler un tyran.
nagasaki

Madeleine naît en 1611 dans une famille riche du Japon. Comme toute jeune fille oppressée de l’ère pré-Christine Angot, elle reçoit une éducation complète, apprend le latin, le japonais, l’espagnol et le portugais, et grandit en grâce et en beauté. Ses parents la chérissent à la manière chrétienne, plus intéressés par le trésor de l’amour divin que par l’opinion de la bonne société. Pensez donc, ces originaux aiment leur fille et prient pour son bonheur, plutôt que de la pimper pour pécho du samouraï quali !

Sous le shogunat de Tokugawa, les chrétiens se font nombreux : plus d’un demi-million de Japonais prient Jésus avant de bouffer, au lieu de lâcher un « itadakimasu » comme tout le monde. Bref, ça devient n’importe quoi. Le Shogun y voit la main occidentale, ce qui commence à le chauffer doucement. Pour se détendre, il médite sous un cerisier en écoutant du shamisen et ordonne des tueries de masse à effet thérapeutique. Il commande aux ingénieurs impériaux d’inventer de nouvelles techniques de torture et leur fournit des cobayes vivants. Les parents de Madeleine, réputés pour leur vertu et leur piété chrétienne, découvrent l’ampleur de cette sordide créativité en 1620. Madeleine a alors neuf ans.

Madeleine veut rejoindre le tiers-ordre, ceux dont le loisir consiste à prier quand ils ont fini de prier

Dieu affermit la foi de l’orpheline. Quatre ans plus tard, elle entre en contact avec quelques tarés, curieusement appelés « missionnaires de l’ordre des Augustins récollets ». Ils viennent d’Europe pour déstabiliser le régime de terreur de Tokugawa avec leurs tuniques pourraves et leurs crucifix. François de Jésus et Vincent de Saint-Antoine rassemblent plus de testostérone à eux deux que la rédac complète de Libération. Madeleine a treize ans lorsqu’elle leur propose ses services de traductrice. Pour servir Jésus, mais aussi pour bien faire chier le Shogun qui a mis ses parents à mort. Les deux compères échangent un regard surpris, puis acceptent. Après tout, ils n’ont pas de meilleur plan, et la petite a l’air parfaitement au courant des risques qu’elle prend.

Ils l’embarquent avec eux, et tous trois sillonnent le pays, trouvant refuge dans les montagnes, apportant la parole de Jésus et le baptême aux kakuke kirishitan, les chrétiens cachés. Madeleine veut rejoindre le Tiers-Ordre, ceux dont le loisir consiste à prier quand ils ont fini de prier. Devant sa profonde ferveur, et son insistance redoutable, le père François lui ouvre les portes de la communauté. Madeleine exulte et se met à baptiser à tour de bras. Les nouveaux convertis sont convaincus qu’elle est un ange descendu du ciel. Après tout, Madeleine est devenue ultra canon et porte les cheveux courts, ce qu’aucune Japonaise ne fait à l’époque. Pendant dix ans, le petit trio vit dans la joie propre à ceux qui n’ont d’attache qu’à Dieu. On les imagine facilement en habit noir, une besace nouée à la taille, arpentant les forêts brumeuses tels des aventuriers. Mais Tokugawa s’énerve à nouveau, et c’est au tour des pères spirituels de Madeleine de prendre cher. Ils lui ordonnent de se cacher, et elle assiste à leur arrestation en 1634 alors qu’elle aurait dû prononcer ses vœux pour devenir sœur.

Durant deux ans, elle rejoint le Tiers-Ordre dominicain auprès du bienveillant père Jordan. Un feu brûle cependant en elle, alors qu’elle étudie en profondeur le dogme catholique. C’est au tour du père Jordan de partir tester les créations des ingénieurs ès tortures, laissant à nouveau Madeleine seule. Elle prend alors sa décision. Si le sang des martyrs fait naître des chrétiens, ainsi soit-il.

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En octobre 1634, à vingt-trois ans, elle se pointe devant les autorités japonaises. Salut les moches, je suis chrétienne, venez me chercher mdr. Aussitôt arrêtée, Madeleine comparaît devant des juges un poil désarçonnés. Ils essayent de la faire abjurer ; après tout, elle est vraiment belle, toute jeune, sûrement un peu conne et subjuguée par la foi chrétienne. Si elle accepte de se marier, on oublie tout. « Ça va pas être possible, rétorque-t-elle en substance. Je suis l’épouse du Christ ». Les juges mettent les ingénieurs sur le coup pour tenter de la convaincre avec des arguments percutants : des bambous sous les ongles, des litres d’eau dans le bide puis une pierre sur le ventre pour la faire gerber. Rien n’y fait. Perdu pour perdu, qu’on la balance dans la fosse.

Sur le chemin, les gens l’insultent ou détournent le regard. Tout sourire, elle chante des cantiques de sa voix cristalline, exhorte ses congénères à se convertir et à prier pour elle. Le temps qu’elle parvienne au lieu du supplice, la foule est devenue silencieuse, presque déférente. On l’attache sur une planche, tête en bas dans une fosse. Les gardes sont postés autour avec ordre de rester jusqu’au dernier moment. Ça ne devrait pas prendre plus de trois ou quatre jours, personne ne survit bien longtemps dans cette position. Douze jours plus tard, les gardes poireautent encore, hypnotisés par ses chants à la gloire de Dieu. Madeleine rendra l’âme le 16 octobre 1634, noyée par une tempête.

Canonisée en 1987 par Jean-Paul II, elle devient sainte martyre patronne du Tiers-Ordre des Augustins récollets

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