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Partout, les saints : Saint Galgano Guidotti

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Publié le

3 décembre 2021

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Difficile de distinguer la réalité de la légende tant le récit envoie du style. À vous de vous forger une opinion sur saint Galgano, le chevalier qui enchâssa son épée dans la roche, suivit saint Michel et combattit le démon.
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Galgano naît dans une famille de la noblesse de Sienne, en 1148. Dès qu’il tient vaguement sur ses guiboles, son père lui donne toute l’éducation que le pognon peut offrir : maniement de l’épée, équitation, latin et arts de la table. Ces plaisirs terrestres conviennent parfaitement au jeune Galgano. Adolescent, il partage son temps entre hacher consciencieusement ses ennemis et scandaliser allègrement la bonne société. Bref, c’est un très gros toquard, mais pas un mauvais bougre.

Un jour, il part en tournée sur ses terres pour vérifier que tout le monde gratte assez bien ses terres et qu’aucun malfrat ne prend trop la confiance. Sur la route de Montesiepi, un petit bled du coin, il est pris d’une vision extatique. Comme Galgano est chevalier de son état, Dieu sort l’artillerie lourde : saint Michel Archange, Prince des Archanges, Archange du Premier Rayon, Défenseur de la Foi, Prince de tous les anges du Bien, chef des forces du ciel, de la milice céleste, champion du Bien. Pour le jeune Galgano, c’est le choc : un envoyé céleste beaucoup trop fort en baston lui parle. Michel l’invite à se rendre dans une chapelle abandonnée située sur les hauteurs du village. Sur place, une nouvelle vision lui est révélée : Jésus et Marie sont assis autour d’une table ronde, entourés de douze apôtres. Ok, reçu mon capitaine, on arrête les frasques.

Sa vie est à Dieu, ceux qui ne sont pas contents vont se faire voir chez les Maures

Galgano rentre au château familial et explique à sa mère vouloir quitter la vie laïque pour se consacrer à Dieu. Oui mon chéri, répond sa mère attendrie, finis tes devoirs, on en reparle demain. Mais Galgano persiste, lâche bouteilles et conquêtes, et embraye sur la prière.

À force, maman s’inquiète. Si le fiston zappe la partie terrestre de sa vie, la fabrication d’héritiers AOC devient sujette à caution. Elle lui arrange alors un plan auquel il ne saura pas résister : un mariage avec la plus jolie pépette de bonne naissance qu’elle a dénichée Lorsque Galgano s’y rend, il ne cède ni devant les mirettes enamourées de la belle, ni devant les supplications de sa mère en sanglots. Sa vie est à Dieu, ceux qui ne sont pas contents vont se faire voir chez les Maures. Les membres du clergé témoignent de sa force d’âme, inspirée par l’Archange Michel dont il se réclame. Le jeune chevalier parle avec son ex-future. Convaincue par sa piété, la belle file prendre le voile, foutant encore un peu plus le bordel dans le potin mondain.

Mais Dieu attend encore plus de son champion. En songe, il le rappelle à Montesiepi. Dans la même chapelle, saint Michel fait son retour, orchestre céleste inclus. À genoux devant lui, Galgano se sent repris. Au désespoir face à son quintal de péchés, il déclare, son épée à la main : « Il me serait plus facile d’enfoncer cette lame dans ce rocher que d’obtenir le pardon pour tous mes péchés ! » Joignant le geste à la parole, il abaisse la lame sur la pierre, convaincu qu’elle se brisera. Perdu. Elle s’y plante avec force, et nul ne pourra jamais l’en retirer. Ok bis, reçu mon capitaine.

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Saint Michel l’invite à rejoindre la milice céleste, et Galgano accepte de toute son âme. Il devient alors ermite, et prie pour faire pénitence. La rumeur grandit alentour. Il guérirait les lépreux, intercèderait pour le salut des âmes, et en dépit de son allure de clochard, score un bon 9/10 en apparence physique, ce qui ne gâche rien à la balade pour aller le voir.

Quelque temps après, Galgano part en pèlerinage à Rome. Il y implore le Pape Lucius III de lui confier les reliques d’une sainte, afin de claquer ses meilleures patates de forain au démon. Devant une telle ferveur, Sa Sainteté le lui accorde. Lorsqu’il rentre à sa très non-confortable grotte, il demande pourquoi un moine crevé, les deux bras arrachés, se trouve dedans. On lui explique : pour démonter le mythe, un moine tenta d’ôter l’épée du rocher. Saint Michel l’a pris assez personnellement, et s’est chargé de lui faire comprendre que voler, c’est vilain. Deux autres curieux auront la même super idée de merde lors des absences de Galgano ; même tarif pour feu nos génies. Galgano décède à 30 ans d’une fièvre foudroyante. Deux évêques de passage se rendent à sa dépouille, d’où émane une odeur agréable et apaisante. Le Pape Lucius le déclare saint quatre ans après son décès, devant l’accumulation des témoignages et la preuve formelle de l’épée dans la roche. On peut encore la voir aujourd’hui, enchâssée à l’abbaye de Montesiepi. D’ailleurs, les scientifiques se sont penchés sur la question. En 2001, Luigi Carcelli de l’Université de Pavie ramène son matos de compet’, dont un radar à pénétration de sol. Quoi que ça puisse être, ça sonne sérieux. Il est formel : oui, cette épée est fichée dans le rocher depuis le XIe siècle. Selon les médiévistes, saint Galgano aurait largement inspiré la légende du Roi Arthur. Sans déconner, c’est classe ou pas ?

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