Le 1er décembre dernier, à l’occasion de la fête nationale de leur pays, les diplomates roumains en poste à Paris ne cachaient pas leur satisfaction quant au beau fixe régnant sur les relations entre Bucarest et Paris. Le secrétaire d’État chargé des affaires européennes, Clément Beaune, honorait d’ailleurs de sa présence la réception (restreinte pour cause de Covid) donnée par l’ambassadeur de Roumanie dans les somptueux salons de l’hôtel de Béhague, sa résidence parisienne proche du Champs de Mars.
Sur le plan militaire, cette bonne entente vient de se traduire le 20 décembre par un exercice mis en avant sur les réseaux sociaux par la communication de l’État-major des Armées françaises. En l’occurrence, il s’agissait de manœuvres aéronavales en mer Noire centrées sur la FREMM (frégate multi-missions) Auvergne et la frégate (de construction britannique) Regina Maria dont le nom témoigne du respect porté à sa période monarchique par la Roumanie contemporaine. À ces navires étaient associées les forces aériennes italiennes, françaises et roumaines, donnant à l’exercice un sympathique caractère d’union latine.
L’exercice franco-roumain visait à lutter contre les menaces maritimes asymétriques mais aussi de travailler aux ripostes communes à d’éventuelles menaces aériennes
Ce type de manœuvres conjointes en mer Noire n’est évidemment pas anodin puisque celle-ci est bordée par deux puissances militaires d’importance : la Turquie (membre de l’OTAN comme la Roumanie) et surtout la Russie. Le sentiment de défiance vis-à-vis de Moscou est presque aussi fort en Roumanie qu’en Pologne. À Bucarest, on n’oublie pas une série d’ingérences russes souvent néfastes pour le pays, de l’abdication forcée du roi Michel en 1947 jusqu’au coup d’État fomenté par Gorbatchev en 1989 contre le dictateur Nicolae Ceausescu. La réunification envisagée un temps avec la République de Moldavie, région roumanophone jadis annexée par l’URSS, n’est plus à l’ordre du jour depuis l’apparition d’un conflit de basse intensité entre l’Ukraine et la Russie. Préoccupée également par la situation en Biélorussie, l’Union européenne n’a aucune envie d’ouvrir à court ou moyen terme une nouvelle boîte de Pandore, encore complexifiée par l’existence de la République autoproclamée de Transnistrie située entre la Moldavie et l’Ukraine.
Cultivant ses traditions militaires et disposant, à la différence de la Hongrie par exemple, d’une armée digne de ce nom, la Roumanie veut pleinement exercer son rôle géopolitique en mer Noire. De son côté, la Russie n’hésite pas à intercepter des avions français ou américains s’approchant de la Crimée et de l’espace aérien russe. Ce fut encore le cas au début du mois de décembre. C’est de bonne guerre et nous en faisons autant en Méditerranée. L’exercice franco-roumain visait à lutter contre les menaces maritimes asymétriques (incursion terroriste ou acte de piraterie par exemple) mais aussi de travailler aux ripostes communes à d’éventuelles menaces aériennes. Il s’est déroulé sous la surveillance discrète d’un navire russe, sur fond de mise en cause réitérée de la politique ukrainienne du Kremlin par les États-Unis.
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Pays latin, la Roumanie n’est pas étrangère à des coopérations avec des pays slaves, en témoignent les bonnes relations entretenues avec la Serbie et le refus de Bucarest de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Il faut dire à ce sujet que la Roumanie a pu parfois s’inquiéter de l’activisme de son importante minorité hongroise de Transylvanie, un dossier qui embarrasse depuis longtemps ses relations avec Budapest. Au-delà de renouer avec l’influence française dans la région, nettement affaiblie depuis le second mandat de François Mitterrand car sacrifiée sur l’autel du « couple » franco-allemand, la coopération militaire entre la France et la Roumanie s’inscrit dans une histoire commune forgée au XIXe siècle par l’action bénéfique de Napoléon III lors de l’union des principautés valaque et moldave pour former la première Roumanie indépendante après des siècles de suzeraineté turque.





