Depuis quatre décennies, la famille Popescu régale voisins, diplomates et exilés dans son établissement du 149, rue Saint-Dominique au coeur du VIIe arrondissement de la capitale, entre Champ-de-Mars et Gros-Caillou. Elle participe ainsi de la vie d’une communauté présente à Paris depuis la Restauration et la Monarchie de Juillet, époque où les fils de boyards et d’hospodars venaient déjà faire leurs études au Quartier Latin avant de s’en retourner dans leurs lointains domaines de Moldavie ou de Valachie. Leurs descendantes, comme Anne de Noailles (1876-1933) ou Marthe Bibesco (1886-1973), s’illustreront dans les lettres françaises.
Une doïna, c’est une de ces complaintes paysannes qui ont façonné l’identité de cette belle nation de 20 millions d’habitants. La regrettée Marie Laforêt s’était risquée avec succès à en chanter une, lors du festival du « Cerf doré » de Brasov, en 1970. L’importance de la doïna en Roumanie se comprend mieux lorsque l’on considère le rôle central du village (satul), entendu comme pays natal (tara), dans l’imaginaire roumain.
Ici, tout se termine en chansons, après les verres réglementaires de tsuica, l’alcool de prune qui vous accompagnera de l’apéritif au digestif
En attendant de retrouver les rives du Danube et de la mer Noire, précipitez-vous chez « Doïna » dès la fin du confinement pour goûter à la cuisine du fils cadet de la maison, Nicolas, passé par l’excellente école des cuisines de « Monsieur » Christian Constant, dont tout homme distingué doit avoir goûté le cassoulet montalbanais. À vous la découverte des sarmale (chou farci), des mititei (saucisses) et autres papanasi (beignets au fromage blanc), revisités dans l’esprit bistronomie. N’hésitez pas non plus, à réclamer en entrée des oeufs de brochets ou une ciorba de burta, la traditionnelle soupe rustique de tripes. Toutes ces préparations sont d’ores et déjà disponibles à emporter.
Florin, son frère aîné, inconditionnel de Sacha Guitry, vous conseillera d’excellents flacons des vins du pays, si appréciés des Anglais et encore trop ignorés des Français. Il faut d’urgence découvrir les qualités du cépage autochtone feteasca negrea, ou admirer la robe rubis d’un cru de la vallée de la Prahova… Si vous préférez la bière, optez pour une Ursus, brassée dans la ville universitaire de Cluj en Transylvanie. Une fois votre choix arrêté, ce cinéphile lettré vous fera la liste des habitués passés et présents de la maison : le dramaturge Eugène Ionesco, l’actrice Aurora Cornu, le philosophe Emil Cioran, la comédienne Elvire Popesco, le compositeur Vladimir Cosma… La discussion aidant, il vous montrera à la télévision les incroyables images de la visite du général de Gaulle à Bucarest en 1968, alors que la révolte des étudiants grondait à Paris.
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« Bucarest c’est l’Assomption de l’Europe », proclamait l’écrivain Dominique de Roux, devenu tout de suite amoureux, tel Ovide, de cette terre qui avait tout pour être heureuse, mais qui a autant souffert des aléas de l’histoire qu’elle a aimé la France.
Ici, tout se termine en chansons, après les verres réglementaires de tsuica, l’alcool de prune qui vous accompagnera de l’apéritif au digestif. Ici, vous n’êtes qu’à quelques pas de l’ambassade et du centre culturel roumain qui siègent depuis 1939 dans l’enceinte du très bel hôtel de Béhague qui possède même un étonnant théâtre privé. Homme de culture, l’ambassadeur de Roumanie à Paris, Luca Nicolescu, qui fut correspondant de RFI à Belgrade bombardé en 1999, apprécie autant que nous la grande exigence culinaire des lieux. Dès la fin des restrictions, nous y retournerons. Avant de fumer un cigare sur les bords de la Seine au long de la promenade Marie-de-Roumanie, inaugurée il y a peu par la fille du roi Michel. Avant d’assister à la Pâque orthodoxe dans la cathédrale de la rue Jean-de-Beauvais (même si nous confessons relever du gréco-catholicisme). Avant, surtout, de s’envoler pour Bucarest respirer l’air du pays.





