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Michel Houellebecq vu par ses pairs

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Publié le

10 janvier 2022

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Alors que Michel Houellebecq vient de publier son nouveau roman Anéantir, L’Incorrect a interrogé ses pairs afin qu’ils nous exposent brièvement leur sentiment sur le patron des lettres françaises.
Houllebecq

Sébastien Lapaque :

Michel Houellebecq n’a pas besoin de le répéter avec Rimbaud pour qu’on l’entende murmurer : « Je est un autre ». Ce défi blasphématoire à la révélation du Buisson ardent – « Je suis qui je suis » (Ex, 3, 14) fonde la modernité poétique en disloquant la relation de la Parole avec le Monde. Je ne sais pas si Michel Houellebecq aura un jour la sagesse de l’abjurer pour lever les yeux vers l’Être véritable et oser dire enfin : « Je suis celui qui est ». Je lui souhaite du fond du cœur.

Matthieu Jung :

Je ne sais plus quel plumitif avait parlé de « suicide littéraire » avant la parution de Soumission. Il fallait bien sûr remplacer « suicide » par « mise à mort ». L’exécution était programmée, enfin ! On préparait le tas de gros cailloux en vue de la lapidation imminente. Et puis… patatras ! Survient le massacre de Charlie Hebdo. […] Au surplus, même s’il prend parfois des prises de position franchement réactionnaires, Houellebecq, qui est un stratège hors pair, continue de jouir d’une aura avant-gardiste. En le critiquant, ceux de la gauche morale deviendraient eux-mêmes ces ploucs, ces ringards, ces gros nazes qu’ils conspuent à longueur de temps. Alors, avec une bonne volonté qui fait plaisir à regarder, ils avalent les couleuvres que Houellebecq leur sert à toutes les sauces.

Lire aussi : Michel Houellebecq : prophète de la fin

Patrice Jean :

Avant lui, le roman snobait le monde moderne, on n’y trouvait ni carte bleue, ni distributeur, ni supermarché, ni powerpoint, ni surgelés, ni glissières d’autoroute, ni film porno, ni lutte sexuelle, ni cadre ridicule, bref le roman sombrait dans le kitsch. Il a tout balayé, avec humour, avec gravité, avec style.

Alexis Jenni :

Il est plutôt comique, avec un talent de raconteur de blagues pour placer exactement où il faut la vanne vacharde qui fait sourire. Après, c’est plutôt un comique de moquerie, de ronchonnade, genre Kaamelott, mais moins drôle car sans aucun sens de l’absurde. Du comique sérieux, quoi ».

Thibault de Montaigu :

Je crois que Houellebecq au fond de lui cherche des formes d’extase qui l’arracheraient au bourbier de la matière. Il y a la littérature, évidemment. L’alcool qui a quand même une place prépondérante chez lui. Lui manque de faire l’expérience de l’au-delà. Dieu est une drogue dure. Mais inégalable.

Lire aussi : Anéantir de Houellebecq : d’amour et de mort

Christian Authier :

Plateforme est un pur roman d’amour et la plupart de ses romans (Particules, Soumission, Sérotonine…) font de la relation amoureuse pure, totale, absolue, « où tout se donne dans l’instant », la seule possibilité d‘échapper au domaine de la lutte.

Pierre Jourde :

Ses ennemis sont le libéralisme, la concurrence, la compétition des égos, et en même temps il est l’ennemi de toutes les formes de bien pensance, il dénonce l’ensauvagement de la société, la montée de l’islamisme, un certain féminisme. C’est un observateur pessimiste.

Nicolas Mathieu :

Il y a une foi dans la douceur, la tendresse et l’affection qui court dans tous ses romans, même si ces objets sont parfois seulement traités sous le prisme de la carence. Le monde de Michel Houellebecq n’est pas vide. Il y a toujours la possibilité d’une île.

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