Skip to content

Laurent Obertone : ouvrir la fenêtre d’Obertone

Par

Publié le

24 janvier 2022

Partage

Laurent Obertone est un des écrivains les mieux méconnus de France. Alors que ses livres sont tous d’incroyables succès commerciaux, il est totalement boudé, ignoré, méprisé par les médias. Portrait.
Laurent_Obertone©Benjamin_de_Diesbach-1

Ancien journaliste de presse locale, c’est sa rencontre avec le fondateur du site surlering.com qui aura été décisive. « Je faisais mes piges pour surlering.com, et quand le patron a lancé sa maison d’édition avec Dantec, il m’a proposé de faire un bouquin sur les faits-divers. Je l’ai fait, mais ce n’était pas mon projet de carrière. Mais ça a très bien marché, et voilà », confie-t-il.

Le fait-divers comme révélateur des tendances de fond de la société. Car ce qui peut être aisément classé dans cette catégorie teintée de dédain et de mépris par les médias (« Votre mari est un fait-divers », avait lancé l’ignoble Matthieu Kassovitz à madame Montguillot, veuve du chauffeur de bus tabassé à mort par la racaille à Bayonne) peut aussi être vu comme une mise en lumière des travers de notre société.

Lire aussi : Inaya Folarin Iman : une femme de paroles

« Moi qui ai une approche très anthropologique, je trouve qu’il y a justement cette espèce de frontière entre les gens normaux, les gens de bien qui lisent le journal et le fait-divers, qui est partout, qui révèle la profondeur de l’âme humaine. M’intéressent aussi la gestion de la victime ; la manière de se positionner par rapport à la survivance de la violence, quasiment permanente dans la société ; et le voyeurisme des gens ».

Cependant, le fait-divers cher à son cœur est aussi un formidable outil de propagande, et Laurent Obertone, qui les a minutieusement étudiés pour son enquête La France Orange Mécanique, essai dans lequel il révèle le glissement de la France dans un climat d’ultraviolence, le sait très bien.

« On ne fait que cela : la hiérarchie de l’information, quelle existence on donne aux faits lambdas, c’est un choix politique. Et la manière de traiter le sujet, de l’angler est éminemment politique. Dès qu’on incorpore des éléments moraux dans le traitement d’un fait, d’une information, on fait de la politique. Et on se rend compte que dans tous les faits divers, on pose un jugement de valeur sans rapport avec le fait connu, et on fait donc déjà une forme de politique. Le fait-divers est archi-politique, mais comme il véhicule, par son existence même, une contradiction face au message dominant de vivre ensemble, on le laisse à la presse régionale, coupé de la réalité sociale ».

« Ce qui peut être gênant, c’est au contraire l’espoir excessif, ou le désespoir, qui sont deux manières de tromper »

Mais Laurent Obertone ne s’est pas contenté de suivre les actualités françaises : on lui doit aussi Utoya, qui suit, à la première personne, le parcours du terroriste norvégien Anders Breivik, ainsi que Guérilla, série de romans apocalyptiques décrivant une France en guerre, tombée aux mains du multiculturalisme forcené. « Mes lecteurs partageaient mon constat, et se demandaient ce que l’on allait devenir. Donc, j’ai écrit Guérilla ». Vu le constat posé par le livre, il est difficile de garder beaucoup d’espoir en l’avenir… Cependant, il se décrit lui-même comme « ni optimiste, ni pessimiste ». « C’est la lucidité. On a diabolisé la lucidité, mais je ne pense pas que ce soit désespéré, au contraire. Si on regarde les choses en face, on peut les changer. Ce qui peut être gênant, c’est au contraire l’espoir excessif, ou le désespoir, qui sont deux manières de se tromper. La situation est telle qu’elle est. La vie est indifférente à nos sorts. C’est à nous de la prendre pour ce qu’elle est, de la modifier, ou de l’adapter. La situation est tellement critique qu’au plus fort du chaos, de l’épreuve, peuvent se révéler des individus qui peuvent se dépasser, modifier la réalité. C’est possible. Après, peut-être pas. Mais si ça n’arrive pas, c’est peut-être qu’on le méritait », explique-t-il.

On lui doit aussi deux autres enquêtes, La France Big Brother, sur « la République des écrans », ainsi que La France interdite, sur la réalité de l’immigration en France.

En mai 2021, il fait partie du quatuor qui décide de quitter Ring, aux côtés de Laura Magné, Papacito, et Marsault. On le retrouvera ainsi dans La Furia, leur nouveau magazine, un trimestriel qui s’annonce être un joyeux pavé dans la mare punk, où il tiendra une chronique au titre pour l’instant tenu secret. Atterrissage prévu le 20 janvier 2022. Et en attendant, Laurent Obertone travaille.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest