Renforcer la coopération entre les États, promouvoir une Europe souveraine, développer l’écologie et avoir un dialogue « franc et exigeant » avec la Russie. Jusque-là, rien d’original. Oui, c’est un projet très banal. En même temps, qu’espériez-vous de sa part ? C’est Macron. La convenance de ce propos n’a d’égal que son côté pratique, qui donne au chef de l’État un moyen de s’exposer facilement dans les médias. Résumons : des paroles d’européiste un peu écologiste, mais pas trop, qui se plient aux desideratas anti-russes de l’OTAN.
Sur ce dernier point, le Président de la République a promu un « réarmement stratégique » mais a dans le même temps émis comme mantra « le rejet du recours à la force ». Alors que les tensions en Ukraine s’aggravent et que cent mille militaires russes sont à la frontière du Donbass, il sera intéressant de voir comment la désescalade sera gérée au niveau européen. Si désescalade il y a.
Sur l’immigration, on peut également noter quelques mots sur l’espace Schengen qu’il veut réformer de façon « respectueuse et efficace ». Pas grand-chose donc. En tout cas, rien de concret si ce n’est un développement des liens avec l’Afrique.
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Emmanuel Macron a toujours été un personnage complexe à placer sur l’échiquier politique. Avec son « en même temps », il a toujours privilégié l’électoralisme. Cependant, il est un sujet sur lequel le Président est inflexible depuis toujours : l’Union européenne. Emmanuel Macron a en effet toujours fait de l’Europe son cheval de bataille. Même Daniel Cohn-Bendit explique qu’« il est celui qui articule de la manière la plus radicale la nécessité de compter sur l’Europe pour renforcer la France ». L’Europe, c’est le véritable étendard d’Emmanuel Macron. Il l’a d’ailleurs souvent utilisé comme lors de la crise du Covid-19 en expliquant que, si nous avions eu les vaccins, c’était grâce à l’Union européenne – comme si le Royaume-Uni n’en avait pas eu.
Une sortie du Président est tout de même à noter : Macron veut « inscrire le droit à l’avortement dans la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne ». Il souhaite ainsi renforcer l’emprise idéologique de Bruxelles sur les États-membres, ce qui servirait notamment à légitimer les critiques des deux moutons noirs de l’UE : la Hongrie et la Pologne. En plus de verser dans le chantage financier, cela renforcerait leur exclusion dans le but d’encourager les camps européo-progressistes de ces deux pays. Bien que la Hongrie ait légalisé l’IVG, le camp conservateur qui y est réfractaire reste encore puissant dans le pays.
Toutes ces mesures ont néanmoins le même objectif : renforcer encore et toujours l’Union européenne en resserrant les liens entre les pays. En consacrant la protection de l’environnement et l’IVG dans la Charte, Macron veut donner à l’Union européenne des compétences supplémentaires sur les plans écologique et idéologique.
Il a fustigé ses ennemis politiques en disant que « ni le retour au nationalisme ni la dissolution de nos identités ne seront les réponses à ce monde qui advient ». On sait à quoi s’en tenir
Un discours de politique française
Évidemment, la présidentielle était dans toutes les têtes, et nombre des propos du Président de la République faisaient référence à la situation politique française. Les réponses des parlementaires français n’ont d’ailleurs pas manqué de venir, une passe d’armes qui a passablement irrité les parlementaires étrangers.
Notre doux Président a donc eu des propos « polémiques ». Attention ! Il a fustigé ses ennemis politiques en disant que « ni le retour au nationalisme ni la dissolution de nos identités ne seront les réponses à ce monde qui advient ». On sait à quoi s’en tenir. D’ailleurs, le député européen du RN Jordan Bardella a condamné son inaction sur les sujets de la culture et de l’immigration lors d’un discours, il faut le dire, fort sur l’identité de la France (et de l’Europe au passage).
D’autres critiques sont venues des écologistes qui ont quant à eux dénoncé la mollesse du projet d’Emmanuel Macron. La députée européenne de la France insoumise Manon Aubry a en effet dénoncé « l’arrogance » des mesures européennes d’Emmanuel Macron en critiquant le « marchepied électoral » que représentait cette présidence de l’Union européenne. Effectivement, Emmanuel Macron n’avait pas souhaité la différer. Yannick Jadot s’est également fendu d’un discours en qualifiant le Président de « climato-arrangeant ».
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À l’étranger, le discours de Macron a été critiqué pour son aspect électoraliste. Le groupe parlementaire « The Left » titre ainsi sur son site : « 3 façons dont Macron utilise la présidence française de l’UE pour servir sa campagne de réélection » ; et le journal américain Politico : « Le discours de Macron sur l’UE se transforme en bagarre de campagne française ». Pitoyable image de la France qui ne saurait pas faire la part des choses en séparant politique extérieure et politique intérieure en préférant servir des intérêts personnels.
On le comprend bien, il ne risque pas d’y avoir de gros changements dans la manière dont l’UE sera conduite dans les mois à venir. Une occasion pour changer (un peu) les choses de perdue.





