Il est devenu de bon ton de distinguer le « temps court » et « le temps long » en politique. Harouel réconcilie les deux sur un thème à la fois très ancien et très actuel – et futur. L’introduction est au présent : les premiers mots sont pour Samuel Paty et les fidèles catholiques assassinés dans la cathédrale de Nice en octobre 2020. Puis l’auteur convoque le passé : depuis le VIIe siècle, il déroule naissance et vie de la civilisation islamique, examine la nature de l’Islam telle qu’elle résulte des principes qui la forment. Il scrute ensuite les effets qu’a cette religion sur les sociétés qu’elle régit ou qui la côtoient, c’est-à-dire sur le pouvoir politique, l’ordre social, la loi, l’économie ; en un mot les effets pratiques que causent ses prémices théoriques. Enfin, il évoque une société, l’occident chrétien, qui non seulement la côtoie depuis des siècles, mais est maintenant en passe d’être régie par elle. En analysant les causes profondes de ce qui lui arrive, apparaissent les clés pour connaître l’avenir qui se dessine selon les choix que nous poserons.
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Autant dire que cette démarche implacable se joue des acrobaties intellectuelles du politiquement correct. Aucun boniment n’y résiste. Le propos est éminemment efficace. Concentré sur son sujet d’étude, l’auteur constate les faits pertinents pour tirer les conclusions qui s’imposent. Il le fait avec patience et précision, déroulant un raisonnement clair dans un style oratoire. Un discours référencé, un cours même, bâti pour souffrir victorieusement l’épreuve de la contradiction. Certes, il y a incontestablement des longueurs, mais elles sont pédagogiques, et au moins n’est-on jamais perdu. Plus problématique : l’auteur semble confondre la laïcité révolutionnaire de la République avec la distinction du spirituel et du temporel enseignée par l’Église. Étrange et décevant, mais le reste du raisonnement n’en est pas gâté, le tout reste convaincant. Et quoi de plus convaincant que le récit de cette cérémonie où le chrétien espagnol du XIIIe siècle paye l’impôt à son seigneur musulman ? Le conquérant saisit l’infortuné à la gorge en déclamant, devant une cour de dignitaires et soldats : « Oh dhimmis, ennemi d’Allah, paye la jizya que tu nous dois pour la protection et la tolérance que nous t’accordons ». On voit très bien la scène. Comme si c’était demain.

La Nouvelle Librairie, 278 p., 17 €





