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La cruche est-elle de droite ?

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Publié le

2 février 2022

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Parmi la tonne d’objets qui jonchent notre quotidien, la cruche a une place à part : pur fruit de l’artisanat et transgénérationnelle, elle est pratique, humble et fiable. Donc de droite.
Cruche

Je lisais avec un certain plaisir le catalogue Ducatillon Noël 2021. « Ducatillon – Au cœur de vos passions » réunit une belle collection d’ustensiles nécessaires à l’élevage, à la chasse, à la cuisine et aux enfants ; en gros ; n’allez pas me chinoiser sur quelques articles de pêche, un lève-tracteur et un range-bûches. On feuillette ce catalogue avec le sentiment délicieux de plonger dans un monde ignoré des métropolitains où l’on vous assure que le « Goudron de Norvège » est « irrésistible » (je cite) pour les sangliers et les chevreuils une fois badigeonné sur les baliveaux, et où on peut se poser la question de l’achat judicieux d’une suspente de dépeçage à 19,99 € qui, grâce à son palan à poulies, permet de démultiplier le poids par 3,5 (c’est moi qui souligne), ou d’un cuit-saucisses 1 (en promotion).

C’est alors que je tombai sur une paire de « semelles chauffantes télécommandées », anatomiques, avec une autonomie de trois à sept heures, livrées avec câble USB. J’avoue que l’irruption de cette technologie pour sybarites au milieu des sabotins Browning et des poussoirs à saucisses Reber m’a déçu. Une spatule extra-large peut donner l’illusion d’une vie simple (en même temps qu’elle incline à l’humilité puisqu’elle prouve qu’on ne maîtrise pas le coup de main qui permet de faire sauter l’omelette dans la poêle), des semelles chauffantes télécommandées font disparaître la délicate silhouette de chasseur-cueilleur qui avait commencé à se préciser.

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Mais la cruche, me direz-vous ? Vous avez raison. Péniblement impressionné par les semelles, je m’étais dirigé vers la cuisine, où j’espérais trouver un réconfort sensible : fruits secs, biscuits, reste de gâteau, que sais-je (il était trop tôt pour des remèdes volatils). Je trouvai une cruche, évidente, nette et simple. Sa panse était renflée, elle était en grés, son bec promettait un écoulement facile, son anse offrait une prise sûre. Il était évident qu’elle ne pouvait être numérisée. Elle avait l’air d’une divinité tutélaire de troisième ordre, façon dryade en fin de course ou fée en pré-retraite : elle était familière, sans façon mais non pas sans manière. Elle était là, serviteur fidèle et muet, sans plastique et permanent, hérité des parents et ignorant des eaux minérales qui coulent d’autres robinets sans être plus saines.

Cette cruche rebondie et lisse recelait dans ses flancs une eau fraîche. Elle quémandait par nature d’être remplie à la source. Elle exigeait le robinet, a minima, voire le puits, et même la source, au mieux, telle qu’elle existait tout en bas de la colline, sourdant 2 au ras du sol. Rien qu’à la contempler, j’étais rasséréné. Rétive à tout port USB, préhistorique sans ostentation, transgénérationnelle, agréablement fondue dans n’importe quel décor, pratique, discrète, la cruche est de droite.

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