Il est naturel que l’histoire et la géographie soient deux disciplines couplées. De cette fusion découle la géopolitique : l’étude des effets et des contraintes de la géographie sur la politique et sur les relations internationales. Le Choc des civilisations de Samuel Huntington en est l’une des démonstrations les plus limpides.
Observer les cartes, c’est voir d’en haut la réalité physique des nations, les structures géographiques ne pouvant être contestées sauf par quelques illuminés platistes. Montagnes, fleuves, océans, frontières naturelles ne peuvent être sujets à contestations, tandis que l’analyse des effets et frictions qu’ils produisent peut être soumise à bien des interprétations.
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Jean-Christophe Victor, digne héritier de son père d’exception Paul-Emile Victor – ethnologue et explorateur polaire dans le sillage du commandant Charcot –, a élaboré cette émission de grande qualité qu’était Le dessous des cartes (diffusée sur la 7 puis sur Arte entre 1992 et 2016). L’homme, tout en rigueur objective – qui était le résultat d’un recul exempt de tout parti pris –, décryptait le pourquoi et le comment des affrontements ou des alliances des ethnies, des peuples, des nations, des religions, des cultures et donc des civilisations.
Après la disparition de son fondateur, cette émission a été reprise par la journaliste Émilie Aubry. Au premier abord, on ne lui connaît pas d’engagements politiques mais, légitimée par le cadre indiscutable de la véracité des cartes, elle distille en sous-main des analyses univoques qui cadrent parfaitement avec l’idéologie dominante, qu’elle soit socialiste, progressiste ou mondialiste. On pouvait déjà deviner sa position quand elle a commenté l’annexion de la Crimée par la Russie.
Dès le début, le ton est donné et la reductio ad hitlerum cochée en décrivant les migrations (et le droit d’asile y afférant) des réfugiés européens pendant et après la Seconde Guerre mondiale
Son masque s’est envolé lors de l’opus diffusé le samedi 15 janvier à propos de l’immigration. Outre une évidente différence morphologique, on aurait pu croire entendre le démographe Hervé le Bras déclamer ses vérités qui troquent toujours les statistiques au service de son idéologie. Ainsi, dans ce numéro, la « bête immonde » ne s’est pas fait attendre. Dès le début, le ton est donné et la reductio ad hitlerum cochée en décrivant les migrations (et le droit d’asile y afférant) des réfugiés européens pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Sans transition, afin que l’analogie compassionnelle n’échappe pas à nos têtes de bois, surviennent les descriptions des migrations africaines et orientales, suivies d’une analyse imparable du Grand remplacement, qui ne serait qu’un fantasme de certains partis nationalistes et xénophobes, pour ne pas les nommer. Enfin, pour conclure comme il se doit, elle rappelle que l’Europe peut bien accueillir quelques centaines de milliers de réfugiés chaque année au vu de sa population.
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Les émissions de culture, aussi peu ludiques soient-elles, sont indispensables pour faire contrepoids à l’ignorance crasse qui se propage d’une façon exponentielle dans notre société. À choisir entre TPMP de Cyril Hanouna, Les Anges de la téléréalité, Koh Lanta et Le Dessous des cartes, je conseille malgré tout cette dernière à tous ceux qui veulent comprendre le monde, à condition qu’ils sachent s’en nourrir munis du crible discriminant qu’est l’esprit critique. Nos enfants en sont-ils suffisamment pourvus pour résister à la propagande formatée qui sévit dans le service public ? Faudrait-il que des adultes éclairés les accompagnent lors des visionnages afin d’équilibrer la balance ? À défaut, nos citoyens en gestation rentreront dans le moule de la pensée unique et en ressortiront avec la pensée unique de la moule… sans même s’en rendre compte.
Ne serait-ce pas là l’objectif du « quatrième pouvoir » dévoyé, celui qui s’est persuadé de détenir l’Unique Vérité ?





