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Colloque sur le wokisme : permis de reconstruire

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Publié le

10 février 2022

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Mouvement décolonial, néo-féminisme, théorie du genre et autres arguties progressent et s’attaquent au savoir. Les universitaires se mobilisent face au wokisme dont ils analysent les ressorts, documentent les ravages et envisagent la riposte. Le colloque « Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture » a ouvert l’année à la Sorbonne. L’Incorrect y était.
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Les Français sont-ils, comme on le prétend, à l’abri du wokisme ? Sommes-nous, libres penseurs du pays-des-lumières-et-de-Voltaire, par essence imperméables à cette idéologie selon laquelle il est urgent de faire table rase de la civilisation occidentale et de son savoir phallocrate ? Optimisme aveugle. Il n’en est rien. À preuve le colloque « Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture » co-organisé par le Collège de Philosophie et l’Observatoire du décolonialisme, sous les auspices de Xavier-Laurent Salvador, Pierre-Henri Tavoillot et Emmanuelle Hénin à la Sorbonne les 7 et 8 janvier. On a vu pendant 48 heures, au fil de 12 tables rondes de haut calibre, penseurs et universitaires exprimer leur inquiétude. La cancel culture menace l’université française, déconstruit l’enseignement, ravage des pans entiers de la recherche.

La semaine précédant l’événement, l’ambiance y était déjà. Un article dans Libération, une tribune dans Le Monde, une communication du syndicat Sud éducation, accusaient le colloque de la honte de faire la courte-échelle au fascisme. Les participants (certains se décommandèrent par crainte de l’hallali) étaient préventivement accusés des pires intentions par les vigies woke, ceux-là même qui disent lutter contre les préjugés…

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Jean-Michel Blanquer honora le colloque de sa présence et confirma officiellement que la cancel culture existe. Mais l’ordre de bataille du ministre de l’Éducation se dilua bientôt en des propos consensuels avec pour seules armes anti-woke les sempiternels mots magiques : humanisme, laïcité, république. Il suggéra de « réinventer » pas mal de choses et assura que le salut passerait par un « féminisme républicain ». Comme si le féminisme n’était pas une matrice du wokisme. À 9h25, on en était à la « tenaille identitaire », un coup à droite, un coup à gauche, balle au centre-gauche ! Blanquer appelait à « placer l’être humain au centre de la société, d’une société de progrès ». Soit. Cela jugulera-t-il le terrorisme intellectuel qui sévit dans l’académie ? À noter que ce préambule était dispensé par Jean-Michel Blanquer et non par la ministre de l’Éducation supérieure Frédérique Vidal, toujours timide sur le front décolonial. Jean-Michel Blanquer qui quelques mois plus tôt introduisait l’idéologie transgenre à l’école. Jean-Michel Blanquer, dont le patron, depuis l’Élysée, chante la discrimination positive et appelle à déconstruire l’histoire de France. Trêve de pinailleries, le ministre était là, c’est déjà ça. Et ce qui suivit fut passionnant.

L’ordre de bataille du ministre de l’Éducation se dilua bientôt en des propos consensuels avec pour seules armes anti-woke les sempiternels mots magiques: humanisme, laïcité, république.

L’historien Pierre Vermeren lia la pensée de la déconstruction à l’effondrement du monde colonial. 1962 marque la fin de l’universalisme européen et ouvre la voie à un processus de décolonisation intellectuelle. Pierre-André Taguieff rappela l’origine du terme déconstruction, « mot sonore, pétillant outil du pédantisme ». La paternité en revient à Gérard Granel ; Derrida le reprit pour en faire un drapeau. Bruckner définit ainsi les fantassins de la cancel culture : « Ils haïssent l’air qu’ils respirent ». Pierre Jourde parla de l’Amérique et du projet de recherche canadien « Decolonizing light – repérer et contrer le colonialisme en physique contemporaine » qui veut « décoloniser l’histoire de la lumière et des théories des couleurs »… noir, blanc, gare ! Le nuancier est miné ! Mathieu Bock-Côté, familier du phénomène des deux côtés de l’Atlantique, traita le wokisme par l’ironie. Claude Habib s’attrista d’un enseignement littéraire à l’école qui s’effiloche, passe « de Racine à Prévert, de Prévert à Pennac », et rappela le scandale orchestré par Les Salopettes, association féministe de l’ENS Lyon enragée contre un poème d’André Chénier.

Musiciens et historiens de l’art témoignèrent des attaques du wokisme contre les chefs d’œuvre et les institutions, le Collège de France ou la Villa Médicis. À l’ère du soupçon, le Sonnet 20 de Ronsard ( Je voudroy bien richement jaunissant / En pluye d’or goute à goute descendre / Dans le giron de ma belle Cassandre / Lors qu’en ses yeux le somne va glissant) est mis à l’index : apologie du viol!

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Devant l’amphithéâtre Liard (où se tenaient ces conversations), debout sur les marches en marbre impérialiste de la Sorbonne, une poignée d’étudiants déploya un grand drap sur lequel ils avaient marqué en lettres capitales « COMBATTONS LA BANALISATION DE L’ISLAMOPHOBIE », apportant la preuve de ce qui se discutait à la table ronde « L’islam à l’université : peut-on encore en parler? » Si la manifestation du linceul était pathétique et bon enfant, les propos tenus dans l’amphi quant à la censure à l’université orchestrée par les islamistes et ses idiots utiles, était, eux, glaçants.

Le colloque fut lumineux de bout en bout. Les jeunes y furent représentés aussi. Pierre Valentin, auteur d’une note sur le wokisme pour le think-tank Fondapol, agile orateur, [et auteur des brèves de stagiaire de L’Incorrect, Ndlr] pointa les contradictions de cette idéologie hégémonique : « Ils se veulent à la fois décideurs et dissidents, je propose de les appeler les dissideurs ». Samuel Fitoussi, créateur de l’excellente Gazette de l’étudiant, s’arrêta sur le mot « problématique », lui que ses contradicteurs numériques ont si souvent voulu rééduquer en vertu de ses propos « problématiques ». De jeunes intervenants brillants et prometteurs. Tout est en place pour la reconstruction.

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