Vladimir Poutine avait juré que les 200.000 soldats positionnés à la frontière ukrainienne étaient engagés dans des manœuvres d’entrainement. La suite des évènements nous aura appris qu’il s’agissait là d’une énième duperie du « maître du Kremlin », une diagonale du fou d’un Tsar souhaitant laisser à la postérité l’image d’un homme doué d’aptitudes stratégiques faisant écho au tragique dans l’Histoire qu’il aurait ressuscité.
Si Volodia sait cacher les moyens de ses desseins, il ne fait en revanche jamais mystère de ses ambitions. Il a peut-être annoncé initialement se contenter de déclarer indépendantes les deux Républiques séparatistes, il entend maintenant mettre l’Ukraine à genoux et humilier l’Europe en montrant au monde qu’elle ne pourra pas résister à la force qui lui sert de droit.
Cette image d’homme fort ne rencontre pas beaucoup de succès dans le monde occidental qu’il a désigné comme « l’empire du mensonge », nos mœurs s’étant adoucies avec le temps. Bien que nous-mêmes venions aussi des steppes, nos ancêtres Celtes, Romains et Germains étant tous issus – pour partie, concernant les derniers cités – des peuples cavaliers dont les Scythes sont certainement les premiers, nous ne sommes aujourd’hui plus directement partie prenante des complexes mécaniques de cette région du monde, partagée entre l’Europe et l’Asie.
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Nous avons aussi perdu une forme de rudesse déterminée qui est la caractéristique majeure de Vladimir Poutine, prêt à tout pour que nous nous inclinions devant le maître du cœur du vieux monde. Présenté de la sorte – il faudrait évidemment ajouter moults détails historiques, géographiques et idéologiques à cette grossière analyse -, le plan poutinien a le mérite de la clarté.
Qu’un Français dise embrasser les thèses de Douguine sur la « quatrième théorie politique » peut sembler saugrenu, mais c’est déjà un signe d’honnêteté. Le problème est que les théories mystiques du penseur russe sur la décadence de l’Occident (difficile de lui donner tout à fait tort sur ce point, nonobstant le vertigineux déclin moral de la Russie des oligarques), la troisième Rome, le rôle eschatologique de la Russie, ou encore l’eurasisme, sont passées au filtre de la conspisphère dissidente française.
La propagande russe ne séduit pas les masses françaises mais produit de puissants effets dans des sous-groupes communautaires progressivement sortis de la rationalité au fil des ans, plongés dans l’antipolitique et les réflexes pavloviens. Cette partie de la population, bien que très minoritaire, est aussi particulièrement militante et active sur les réseaux sociaux. Elle a longtemps terrorisé une partie de la classe politique française, recrachant des éléments de langage préparés pour tous les sujets, y compris la question ukrainienne où elle suit aveuglément son idole Poutine comme elle avait suivi Donald Trump jusqu’au Capitole.
La propagande russe ne séduit pas les masses françaises mais produit de puissants effets dans des sous-groupes communautaires
Cette communication redoutable ne s’est pas éteinte avec l’invasion, ses séides trouvant toujours un nouvel élément rhétorique pour l’absoudre et en faire la victime d’un complot. Cela répond d’ailleurs à une stratégie d’influence de niches à 360 degrés, concentrée sur les marginalités de gauche et de droite. Quand Poutine s’adresse aux radicalités de gauche européennes, il utilise le ressort antifasciste et l’anti-impérialisme. A contrario, il évoque les Tsars, l’orthodoxie, la littérature et le commerce pour son auditoire conservateur. Les vidéos présentant les soldats de Kadyrov sont, elles, pensées pour le monde musulman et pour effrayer.
De l’autre côté, les Ukrainiens n’ont pas besoin de savants stratagèmes. Ils n’ont qu’à exhiber leur amour de leur patrie, leur détermination et leur courage à la face du monde. Leur exemple sera d’ailleurs une source d’inspiration pour les années à venir en Europe. Curieux de constater qu’un peuple en armes, ouvertement nationaliste, puisse réveiller une fibre qu’on croyait partiellement éteinte chez nous. Preuve, peut-être, qu’au fond du cœur des vieux peuples brille une même lueur…
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Le culte de la force de la Russie de Poutine, sa communication aussi raide qu’un vieux pardessus gris de l’ex URSS et son absence volontaire d’échange positif avec nos populations, tranchent avec les appels au peuple russe lancés depuis l’Europe. Un peuple russe qui est loin de l’unanimisme, en dépit d’un matraquage de tous les instants. Au fond, le hard power moscovite ne signerait-il pas l’échec de son soft power ?





