Poutine est l’exutoire de toutes les frustrations de la droite. C’est l’homme viril dont on dit avec un petit sourire en coin qu’il ne rigole pas et qu’il serait le bienvenu pour balayer la chienlit chez nous. Comme, en prime, il taille des croupières à ces Américains qui nous agacent, il bénéficie traditionnellement d’une certaine indulgence à droite – la vraie cela va sans dire. Ceux qui se voyaient « plutôt morts que rouges » hier jetteraient aujourd’hui des fleurs aux soldats russes. Ces dispositions ont causé une monumentale erreur d’analyse sur la crise ukrainienne. Il est impératif de la corriger si le courant national veut conserver sa crédibilité.
Le premier effet de l’agression russe a été un réveil stratégique de l’Europe. Même son ventre mou allemand contracte ses abdominaux et annonce 100 milliards d’euros pour réarmer. Le vieux rêve français de rééquilibrer l’indispensable alliance Atlantique est en voie de se réaliser. Rien n’est encore fait, bien sûr, et les obstacles seront nombreux mais, somme toute, il y a là une opportunité unique de s’affranchir du protectorat américain pour le ramener à une alliance. Nos partenaires européens veulent que ce soit dans le cadre de l’OTAN ? Qu’à cela ne tienne ! Force est de reconnaître que la seule limite posée aux troupes russes était les frontières de l’Alliance, on ne va pas le leur reprocher.
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Que fait la droite ? Elle déclare que l’agression russe est de la faute de l’OTAN et propose d’en quitter le commandement intégré, comme si une telle décision en pleine crise avec la Russie ne devait pas passer pour un abandon de nos alliés en rase campagne ni nous isoler sans retour. Ce rogaton de gaullisme suranné, extirpé comme un bout de viande coincé entre deux dents, aurait gagné à être jeté discrètement. Le meilleur moyen de montrer que l’on n’a pas de stature régalienne est de traiter une question stratégique de manière idéologique.
Paris se tient aux côtés de ses alliés avec dignité dans la tempête. Ses forces sont certes limitées, mais elles demeurent les premières de l’Union Européenne. Quand Poutine a proféré ses menaces nucléaires, la disposition de forces stratégiques nucléaires a flatté les Français mais aussi rassuré leurs alliés. Les Etats-Unis sont loin et on peut toujours s’interroger sur la valeur de leur parapluie atomique. Prendraient-ils le risque de subir une riposte pour un continent qui n’est pas le leur ? La France est moins forte mais plus près, donc plus fiable. Les Français peuvent en être légitimement fiers. Leur souveraineté militaire est un gage de liberté ! L’occasion était donnée d’un beau moment d’union nationale et de communion patriotique. Ce sera sans la droite. Après les polémiques inutiles et nuisibles sur Vichy voici quelques mois, elle choisit maintenant de passer pour le parti de l’étranger. Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Ce ne sont pas les wokes tourmentés qui tiendront le dictateur russe et ses sujets à distance mais des citoyens virils et enracinés.
Comme toute guerre, celle-ci a son flot de malheur. Kiev a décrété la mobilisation. Les hommes se battent avec furie contre la deuxième armée du monde pour leur terre. Pendant ce temps, leurs femmes, leurs enfants et leurs vieux parents se pressent sur les routes de l’exode. Un élan de solidarité presse les Français comme tous les Européens vers ces réfugiés. Tous ? Non. Pas la droite. On est droit dans ses bottes ou on ne l’est pas, n’est-ce pas ? Donc elle « assume » de mettre ces européens en détresse, dont les fils, les maris et les pères versent leur sang, sur le même plan que les misérables qui abandonnent leur famille au péril djihadiste pour venir exiger le droit de vivre en France d’allocations selon les règles de l’islam. Pourtant, ce que l’humanité ne dicte pas à la droite, le bon sens politique le devrait : l’opportunité de changer les perceptions est unique. Les vrais réfugiés ukrainiens discréditent les réfugiés de papiers dont les motivations ne sont qu’économiques. Ils les dépouillent de leur aura morale et légitiment une politique plus dure avec les imposteurs à l’avenir. Qu’importe : il faut « voir plus loin que l’émotion ». Et que le bout de son nez, ne peut-on s’empêcher d’ajouter.
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L’Europe a soudainement pris conscience qu’elle ne pouvait plus être un simple espace ouvert, sorti de l’histoire, dont l’identité serait l’absence d’identité et la fluidité. Si elle veut défendre son niveau de vie et ses démocraties, elle redécouvre qu’il faut se dresser et se battre. Oh ! divine surprise, dirigeants et journalistes parlent soudain de stratégie et d’atténuer les dépendances établies hors du continent ! C’est-à-dire l’extrême opposé de toutes les politiques suivies ces dernières décennies. A son corps défendant, Vladimir Poutine justifie un réveil inimaginable il y a quelques mois. Il légitime même un renversement de valeurs. Ce ne sont pas les wokes tourmentés qui tiendront le dictateur russe et ses sujets à distance mais des citoyens virils et enracinés. Les éléments de langage se présentent d’eux-mêmes. La droite avait une occasion magnifique de prendre la parole et de porter sa vision de l’homme. Ce ne sera pas pour cette fois.
De manière plus générale, il est temps pour la droite de sortir les idées mortes de leurs reliquaires, de décrocher ses certitudes et d’en faire un grand feu de joie. Au lieu de préparer des défaites honorables, elle doit se demander pourquoi le conservatisme des Français, qui n’a jamais été aussi fort, ne se traduit pas dans les urnes. Les fautes politiques qu’elle a commises à l’occasion de la guerre en Ukraine sont révélatrice d’un mal plus profond qu’il s’agit de guérir.
Trop sûre de représenter le pays réel contre le pays légal pour se remettre en cause, elle n’a pas vu qu’elle n’incarnait que le pays rêvé. Trop idéologique, elle ne comprend ni le monde contemporain, ni même la France charnelle. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’elle n’inspire pas confiance. Heureusement, il n’est jamais trop tard pour corriger le tir.





