Vendredi 4 mars, de nombreux comptes de Reconquête et du Rassemblement national ont été suspendus par le réseau social. Des élus, des cadres, le directeur de campagne adjoint de Marine Le Pen, Génération Z, etc. étaient concernés. Leurs partisans se sont mobilisés et ont fait grimper le hashtag #Stopcensure en tête des échanges. En fin d’après-midi, Twitter réactivait les comptes suspendus. À cette occasion, un porte-parole de Twitter a expliqué à l’AFP que les règles de l’entreprise avaient « été appliquées par erreur pour certains comptes ». Pour les rétablir, il a précisé que la firme dispose d’« un processus dédié pour faire appel d’une action prise par Twitter si les propriétaires d’un compte estiment qu’une action a été prise par erreur ».
Les équipes des deux campagnes n’ont pas cru à l’erreur. Damien Rieu, l’animateur de la campagne d’Éric Zemmour sur les réseaux sociaux, pointait du doigt la nomination en 2019 de la jeune Alice Garza, 28 ans, à la fonction de « Public policy manager » de Twitter, c’est-à-dire de lobbyiste patenté. Or, elle était précédemment conseillère technique du parti LREM au Sénat. Ergo, Macron serait indirectement responsable de la suspension des comptes d’opposants politiques. Cette explication est un peu courte pour qui connaît le fonctionnement des multinationales.
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Twitter est une firme californienne fondée par Jack Dorsey, caricature du milliardaire gauchiste et barbu. Comme elle est cotée aux États-Unis, elle est contrainte de remplir un formulaire 10-K auprès du gendarme boursier américain, qui le rend public. Grâce à lui, on apprend que Twitter emploie 7 500 personnes dans le monde et a réalisé en 2021 une activité de 5 077 milliards de dollars. Les revenus de la firme proviennent à 90% de la publicité. Le reste concerne des services. Les infrastructures et les services communs, comme la modération, sont gérés de façon centralisée.
En France, le directeur général de la filiale locale a révélé au JDD dans un article du 20 juin 2020 qu’il emploie 40 personnes. Le chiffre d’affaires déclaré au greffe de Paris pour 2020 est de 11,8 millions d’euros. Au sein du groupe, la filiale tricolore est un nain, et elle n’a pas la main sur les services de modération du réseau. La lobbyiste de Twitter France, une jeune femme, qui n’a passé que deux ans chez LREM, ne peut à elle seule obliger les Américains à s’occuper du directeur de campagne adjoint de Marine Le Pen. Il fallait qu’un intérêt plus puissant soit mobilisé. À L’Incorrect, nous parions sur les clients.
Twitter revendique officiellement un positionnement politique de gauche, et s’en sert pour attirer de très riches clients à qui il vend de la publicité.
En 2020, Damien Viel, le patron de Twitter France, expliquait pourquoi. Il faut noter que ce monsieur est un professionnel de la publicité, soit en tant qu’acheteur au sein de grands groupes, soit en tant que vendeur à son poste actuel. Qui sont ses clients ? Les cent plus grandes entreprises françaises. Mais pas seulement, il revendique que « Twitter est la première plateforme utilisée dans les entreprises de plus de cent salariés en France ». Il s’agit des grosses PME, des ETI et des grandes entreprises. D’ailleurs, « les patrons français du CAC 40 y sont très présents ». Damien Viel remarquait même qu’« ils y deviennent militants et engagés ». Il faut avoir à l’esprit le soutien public et financier du cofondateur de Twitter aux Black Lives Matter. Et se rappeler que, parmi ses spécificités françaises, le réseau américain « a grandi autour des combats de société, par exemple la défense (sic) du mariage pour tous ». Tous ces grands patrons se sont mis au wokisme à mesure que les fonds entrés à leur capital leur ont demandé.
Moralité, Twitter revendique officiellement un positionnement politique de gauche, et s’en sert pour attirer de très riches clients à qui il vend de la publicité. Dans cette perspective, « l’erreur » du 4 mars ressemblait plutôt à une vérification de la capacité du réseau à couper des dizaines de militants nationaux de leurs abonnés.





