Pourquoi les syndicats et les retraités ont-ils manifesté ce jeudi ?
Des manifestations étaient organisées à Paris et dans les principales villes de province, mais elles n’ont pas été un grand succès au vu du nombre de manifestants par rapport au nombre de retraités dans le pays. Il y a deux raisons principales à la mobilisation. D’abord le sujet des pensions, qui diminuent en valeur nette. Ainsi, au 1er janvier, il y a eu une revalorisation des pensions de 1,1% mais l’inflation officielle des douze derniers mois est de 2,8%, ce qui fait une perte de 1,7%. Il y a donc une baisse de pouvoir d’achat pour tous les retraités. Certes en France, les retraités ne sont pas statistiquement les plus pauvres, mais petit à petit ils s’appauvrissent. Ces chiffres sont par ailleurs en décalage : tout le monde remarque une hausse considérable des prix de l’alimentaire et de l’énergie. Les retraités prennent donc ces augmentations de plein fouet.
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Ensuite, il y a une inquiétude à plus long terme. Le Conseil d’orientation des retraites, c’est-à-dire l’organisme officiel spécialiste des projections, prévoit une baisse en valeur absolue des pensions. C’est une première depuis plus de vingt ans ! Le niveau de vie moyen des retraités va baisser. L’inquiétude est donc tout à fait légitime. La situation est encore plus terrible pour les personnes ayant de petites pensions, qui souvent ont travaillé durement toute leur vie, et qui n’arrivent plus à boucler les fins de mois.
Le constat que vous dressez est glaçant. Que demandaient les retraités et les syndicats descendus dans la rue ?
Un retraité ne peut pas par définition demander une augmentation de salaire : il n’a que sa pension, qui baisse mécaniquement avec l’inflation. Il y a donc une mesure extrêmement simple qui devrait être mise en place depuis des années : les pensions de retraite doivent être revalorisées en fonction de l’inflation, afin que le niveau de vie des retraités soit maintenu. Avec une inflation de 2,8%, les pensions devraient être revalorisées de 2,8%.
Si l’on estime que le travail est une valeur, alors il a un prix, ce qui veut dire que celui qui a travaillé toute sa vie doit pouvoir vivre dignement de sa retraite
Pour vous syndicats, les retraités ne sont-ils pas une catégorie sociale plus difficile à représenter que les autres ?
Toutes les organisations syndicales ont des organisations de retraités : à la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), nous avons par exemple l’Union nationale des retraités (UNAR). Mais évidemment, les salariés dans une entreprise vivent au sein d’une communauté de travail. L’organisation syndicale est donc plus proche. Ainsi, dans les grosses entreprises, il y a un comité d’entreprise, des délégués du personnel, etc. Les retraités sont eux plus isolés : la communauté de travail n’existe plus et les liens se distendent. Cela ne veut pas dire que les revendications justes ne sont pas comprises et approuvées par l’ensemble des retraités. Mais il est clair qu’il y a moins de retraités syndiqués dans les organisations dédiées qu’il n’y a de syndiqués en général.
Le gouvernement est-il à l’écoute des organisations syndicales sur ces questions ?
Les gouvernements sont toujours à l’écoute, mais on ne demande pas à un gouvernement d’écouter, on lui demande de gouverner. Bien gouverner signifie-t-il maintenir le niveau de vie des retraités – je ne parle même pas d’augmentation ! – ou non ? Il me semble qu’aucune mesure n’a été prise pour le maintenir. La dernière mesure gouvernementale est la revalorisation de 1,1% des pensions pour 2,8% d’inflation. Je ne sais pas si le gouvernement a été à l’écoute ; il n’a en tout cas pas entendu.
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À propos de ces questions, quel regard portez-vous sur le débat présidentiel, qui semble plus préoccupé par le système des retraites en général que par le niveau de vie des retraités ?
Le débat présidentiel est très faussé parce qu’on ne nous parle pas des retraités et de leurs difficultés à boucler les fins de mois, mais plutôt des déficits des caisses de retraite. Je suis assez interloqué de voir ces gens qui prennent le déficit très au sérieux quand il s’agit des caisses de retraite, mais beaucoup moins quand il s’agit de celui de l’État – qui est pourtant sans commune mesure avec celui des retraites ! Ajoutons que les débats sur l’allongement de la durée de travail sont très mal-chiffrés : si l’on travaille jusque 67 ans, il faut prendre en compte les surcoûts générés par l’allongement, ce qui n’est jamais fait. Il faut par exemple mettre dans la balance le coût des seniors au chômage, et le coût des arrêts maladies, qui augmentent pour les salariés vieillissants. Malheureusement, le débat politique est un débat d’idéologues, et non pas un débat concret.
Quelles mesures prendre sur les retraites : faut-il par exemple augmenter le minimum vieillesse ?
Il faut tout d’abord maintenir le niveau de vie en indexant les pensions sur l’inflation. Il faut sans doute revaloriser le minimum vieillesse. Mais il faut surtout travailler sur le long terme : il est absolument anormal que quelqu’un qui a travaillé toute sa vie, sans jamais arrêter, touche une retraite qui ne lui permette pas de vivre dignement. Les politiques doivent se pencher sur la question de la valeur travail. Si l’on estime que le travail est une valeur, alors il a un prix, ce qui veut dire que celui qui a travaillé toute sa vie doit pouvoir vivre dignement de sa retraite. Le problème dépasse donc largement celui du minimum retraite. C’est un problème de justice sociale et de reconnaissance de la valeur travail. Mais ça n’a malheureusement pas l’air d’intéresser grand monde.





