Skip to content

Valérie Boyer sur McKinsey : « Nous avons révélé un phénomène tentaculaire »

Par

Publié le

31 mars 2022

Partage

Alors que l’affaire McKinsey bat son plein, nous nous sommes entretenus avec la sénatrice Les Républicains Valérie Boyer pour tenter d’y voir plus clair.

Quel est le problème général posé par les cabinets de conseil ?

La crise sanitaire a mis en lumière l’implication de ces cabinets de conseil, mais ce n’était que la face émergée. Ce sont des entreprises très peu connues du grand public, qui emploient aujourd’hui 40 000 consultants dans le pays. Nous avons d’abord révélé un phénomène « tentaculaire ». La première question est celle de la souveraineté de l’État face à des cabinets privés. La seconde est celle des deniers publics : nous avons pu observer des factures exorbitantes pour des résultats qui ne sont pas exceptionnels. Cependant, nous n’agissons pas contre les cabinets de conseil en tant que tels : nous nous opposons seulement à l’opacité, aux prix très élevés et aux rendus parfois inexistants. Il y a aussi les problèmes des impôts, de la stratégie, de la souveraineté et de la position vis-à-vis des fonctionnaires.

Ce rapport parle d’activités injustifiées de la part des cabinets. En quoi ?

Pour certaines activités, il n’y a pas de traçabilité ou il y a des résultats mitigés : je pense aux 500 000 euros facturés pour un conseil sur l’avenir du métier d’enseignant qui a consisté en une compilation de données en libre accès. Le ministère se dit incapable de déterminer les conséquences directes de ce travail. Et sur le fond : on a dépensé un milliard en 2021 pour les cabinets de conseil. Un milliard, c’est un an de fonctionnement pour 50 collèges, 25 000 infirmiers, 500 IRM dernière génération et 5 000 places de prison ! Et encore, comme le dit mon collègue Arnaud Bazin « il faut rappeler que le milliard d’euros identifié ne représente qu’une partie seulement des dépenses de conseil. Cette estimation est minimale. Nous n’avons évalué que les dépenses des ministères et celles des 44 agences d’État, soit seulement 10% des opérateurs ».

Lire aussi : Maël de Calan : un Pécressiste chez McKinsey

Et que dire de McKinsey en soi ?

Durant la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, Karim Tadjeddine, actuel patron de McKinsey France, a fait travailler pro bono 20 collaborateurs. C’est particulièrement inquiétant, et ça pose des questions sur les raisons pour lesquelles ils ont été particulièrement appelés.

Si les cabinets privés réforment l’administration, n’est-ce pas un peu paradoxal ? Leur survie est liée à l’incompétence de l’administration.

Je n’irai pas jusque-là. Il est important de faire des comparaisons et de chercher des compétences là où on n’en a pas. Mais effectivement, il y a eu un recours abusif aux cabinets de conseil : 145 millions d’euros de dépenses en 2018, 445 en 2021 (chiffre hors conseils informatiques), c’est une multiplication par 3.

« Durant la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, Karim Tadjeddine, actuel patron de McKinsey France, a fait travailler pro bono 20 collaborateurs »

Valérie Boyer

Maël de Calan, vice-président du micro-parti Soyons libres de votre candidate Valérie Pécresse, a travaillé pour McKinsey, et notamment conseillé le gouvernement dans sa politique sanitaire. Pour vous qui dénoncez l’influence « tentaculaire » de ces cabinets de conseil, n’est-ce pas un peu paradoxal ?

Il n’y a pas que lui ! Et personne ne conteste le rôle des cabinets en soi, encore une fois. La difficulté, ce sont les prestations exorbitantes et l’usage contestable de l’argent public, l’optimisation fiscale, ces entreprises privées étrangères au sein de l’État, la défiance envers les fonctionnaires et les potentiels services rendus. Ils ont une stratégie d’influence au sein de l’État. Dans une note, ils ont évoqué la possibilité de supprimer 150 000 fonctionnaires pour le prochain quinquennat, par exemple. Le sujet, c’est l’utilisation massive et opaque de ces cabinets. Qu’on ait recours à ces cabinets de conseil, c’est très bien et j’espère que ça va continuer ! Pour répondre à votre question précise, je ne crois pas que ce soit un problème, Maël de Calan est totalement transparent. Quand il intervient dans la campagne, il signe de lui-même. Il ne rédige pas le programme.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest