Skip to content

Après la campagne : Marine Le Pen doit-elle se sacrifier ?

Par

Publié le

9 mai 2022

Partage

Marine pourra faire ce qu’elle veut, elle restera une Le Pen. Malgré une campagne zéro faute et malgré la détestation qui touchait Emmanuel Macron, elle n’a pas réussi. Doit-elle persévérer ? Ou se sacrifier ?
MLP

Marine Le Pen a pris cher. Très cher. Moins cher, certes, qu’en 2017, mais ce qui est grave, cette fois, c’est que le scrutin a été l’aboutissement d’un parcours sans faute. En 2017, le calamiteux débat de l’entre-deux-tours l’avait fait dévisser, mais ce qui fut d’abord porté à son discrédit pouvait être aussi considéré comme un accident industriel. S’en étant relevée et en ayant tiré toutes les leçons, elle ne l’a pas reproduit. Pourtant, la défaite, elle, a recommencé.

Durant cinq ans, Marine Le Pen s’est tenue, avec une constance tout à fait remarquable, à sa stratégie visant à neutraliser l’électorat de gauche en vue du second tour afin que celui-ci ne se mobilise pas contre elle. Durant cinq ans, et tout particulièrement durant une année pleine de campagne présidentielle, elle n’a pas commis la moindre erreur. Pour le moins déstabilisée par la candidature d’Éric Zemmour – même si celle-ci l’a servie à la fin, en la recentrant puis en lui fournissant un réservoir de voix pour le second tour – elle a tenu le cap qu’elle s’était fixé et les électeurs lui ont donné raison; de justesse, certes, mais elle s’est qualifiée pour le second tour et il est probable que sur une autre ligne, elle eût été coiffée au poteau par Jean-Luc Mélenchon. Et après? Encore l’échec. Cuisant.

Lire aussi : Cohabitation : notre gouvernement

Le score qu’elle aurait déjà dû faire

Au soir du second tour, Marine Le Pen a parlé d’« éclatante victoire » (« Le résultat de ce soir représente en lui-même une éclatante victoire »), propos en décalage complet avec son visage et avec son ton, lesquels, eux, disaient à quel point elle avait cru à la possibilité d’une véritable victoire et à quel point elle était meurtrie ; propos en décalage complet, surtout, avec la réalité. Car de « victoire », a fortiori « éclatante », il n’y a pas: 41,5 %, c’est très exactement le score qui lui semblait promis en 2017 face au même Emmanuel Macron selon un sondage réalisé par l’Ifop deux semaines avant le premier tour. Toutes les études d’opinion effectuées dans l’entre-deux-tours de 2017 et avant le débat la donnaient battue avec 40 à 41 % des voix. Ceci pour dire quoi? Que les 41,5 % de 2022, c’est seulement, à peu de choses près, le résultat que l’on aurait connu il y a cinq ans s’il n’y avait pas eu ce fichu débat. Voilà qui relativise grandement l’ampleur de la performance.

En cinq ans, Marine Le Pen sera seulement parvenue à retrouver de la crédibilité et à effacer l’impact du débat. Pas à progresser notablement. Pas à commencer à entrevoir la grille du parc du palais de l’Élysée. Les chiffres, à froid, sont sans appel: Emmanuel Macron, rejeté voire haï par une majorité de la population, lui a mis 5,5 millions de voix et 17 points dans la vue. En n’ayant fait qu’une campagne éclair devant des assistances clairsemées et avec un bilan qui prêtait tout autant à la critique (la répression des Gilets jaunes, l’activisme impuissant face à la guerre russo-ukrainienne, le désintérêt pour les questions régaliennes – justice, police –, la promotion continuelle de la « diversité ») que ses projets, tels que les revirements sur l’âge de départ à la retraite, il a parachevé l’aspiration de l’électorat LR, s’est agrégé celui de Yannick Jadot et a recueilli suffisamment de voix mélenchonistes pour rendre l’écart impressionnant.

Une campagne aboutie mais un échec électoral

Intellectuellement, Éric Zemmour a eu raison de souligner qu’une fois de plus, huitième épisode d’une série qui connaîtrait toujours le même épilogue, des 0,75 % de Jean-Marie Le Pen en 1974 aux 41,5 % de Marine Le Pen en 2022, la défaite a frappé « le nom d’un Le Pen », suggérant ainsi qu’il en serait toujours de même, que jamais « un Le Pen » ne pourrait accéder à la présidence de la République, analyse qui l’avait conduit à se porter candidat pour réaliser ce à quoi Marine Le Pen se refuse, puisque cela entraînerait un mouvement dextrogyre fatal à sa stratégie qui repose sur le « ni droite ni gauche, patriote »: l’union des droites.

Là où Éric Zemmour se berce d’illusions, c’est lorsqu’il croit qu’il pourrait faire mieux en campant sur ses invocations à « l’union des droites » alors que celle-ci, le premier tour l’a montré, n’a été, dans sa forme zemmourienne, que l’union des droites les plus conservatrices, voire les plus réactionnaires, ce qui, à nos yeux, est tout à fait sympathique, et même nécessaire, mais absolument pas en phase avec les aspirations actuelles des Français. « Ce n’est pas en additionnant le MNR de Bruno Mégret et le MPF de Philippe de Villiers qu’on bâtit le RPF du général de Gaulle », raille un cadre du Rassemblement national, qui trouve confirmation, dans la sociologie du vote pour Zemmour, que « Reconquête! ce n’est pas et ce ne sera jamais le métro à six heures du soir ».

Lire aussi : Élections législatives : la droite a-t-elle une chance ?

L’« après-Le Pen » s’est encore ouvert

Toutefois, au-delà des apparences, au-delà d’une Marine Le Pen annonçant poursuivre son « engagement pour la France et pour les Français » en lançant la « grande bataille électorale des législatives », l’« après-Le Pen » a commencé le 24 avril 2022, avec, pour ligne d’horizon, la présidentielle de 2027. Certes, des « après-Le Pen » jugés inévitables mais non suivis d’effet, il y en a déjà eu. Beaucoup. Ce qui diffère cette fois, c’est la conjonction entre une campagne aboutie (comme l’a confié au Point un jeune cadre des Horaces, ces hauts fonctionnaires qui conseillent Marine Le Pen: « Elle a mené la campagne idéale, je ne vois sincèrement pas ce qu’on aurait pu faire de mieux »), un échec électoral, une prise de conscience et la possibilité d’une relève.

Qu’aurait pu faire de mieux Marine Le Pen sans perdre à gauche ce qu’elle aurait peut-être gagné à droite ? Pas grand-chose. Qu’aurait pu faire de mieux Marine Le Pen pour ne pas subir, dans la dernière semaine, une queue de comète de mobilisation « républicaine » qui l’a réduite à 41,5 % au soir du second tour alors que deux semaines plus tôt, elle avait engagé la confrontation sur un quasi-pied d’égalité avec Emmanuel Macron? Absolument rien. Eût-elle donné plus de souffle à son entre-deux-tours, qui en manquait singulièrement, qu’elle n’eût fait que réveiller plus encore les vieux réflexes de l’« ancien monde » qui défend si bien le prétendu « nouveau monde » macronien.

Battue à 52/48, Marine Le Pen pouvait légitimement se préparer à être une nouvelle fois candidate en 2027, avec de bons espoirs de l’emporter.

Il n’est plus qu’une personne en France que l’on est autorisé à essentialiser sans tomber sous le coup de la loi – c’est même fortement recommandé – c’est Marine Le Pen. Qu’importe qu’au fil des années, déjà consciente du handicap, elle ait gommé son patronyme et imposé comme marque son prénom. Lorsque survient une échéance majeure, elle redevient Le Pen. Il n’y a plus qu’à activer Pavlov contre « la candidate héritière d’un clan familial », comme l’a fait Emmanuel Macron dans sa profession de foi, et le tour est joué.

Le blues du quinquagénaire

Alors quoi ? Battue à 52/48, Marine Le Pen pouvait légitimement se préparer à être une nouvelle fois candidate en 2027, avec de bons espoirs de l’emporter. À 66/33, il lui fallait se retirer de la vie politique. Là, on est dans l’entre-deux. Dans un premier temps, elle seule peut tirer la campagne des élections législatives pour les candidats du Rassemblement national. Elle seule peut permettre à suffisamment d’anonymes d’être élus pour que le RN constitue un groupe à l’Assemblée nationale, groupe dont la présidence lui reviendra naturellement. Mais après?

Lire aussi : Jérôme Sainte-Marie : « Marine Le Pen incarne l’opposition la plus évidente au pouvoir macroniste »

Fortes vont être les pressions de son entourage pour qu’elle se porte à nouveau candidate à la présidence de la République. Importante va être aussi la tentation. Les circonstances, bien sûr, pèseront, mais la raison également. Celle qui, d’un côté, lui assure qu’elle est la meilleure candidate, en raison de la notoriété de la « marque » et de l’affection que nombre de Français ont désormais pour elle, mais qui, de l’autre, lui suggère de ne pas faire dépendre le sort de la France et des Français, non pas de ce qu’elle est, ni de son projet pour le pays, mais de son seul patronyme.

En octobre prochain, le Rassemblement national, désormais présidé par Jordan Bardella, célèbrera les 50 ans de sa création sous le nom de Front national. Sur ses premières affiches, ce slogan : « Avec nous, avant qu’il ne soit trop tard. » Un demi-siècle plus tard, il est très tard. Dans un grand nombre de communes, particulièrement dans l’ex-ceinture rouge de la capitale, le premier tour de la présidentielle a montré quelle est l’incidence électorale du changement de population. Au lendemain du débat d’entredeux-tours, c’est d’ailleurs à Saint-Denis que s’est rendu Emmanuel Macron, à la conquête des néo-Dionysiens qui avaient plébiscité Jean-Luc Mélenchon…

En 2027, Jordan Bardella aura 31 ans.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest