Skip to content

Le débat : Marine au loin

Par

Publié le

13 mai 2022

Partage

Le débat d’entre-deux tours devait être celui d’une revanche de Marine Le Pen après un débat raté il y a cinq ans. Malheureusement, il n’a été qu’un non-évènement.
Débat

Il est avachi sur sa chaise comme Al Pacino à la fin de Scarface. Il renifle de dédain, il lève régulièrement un sourcil circonflexe, il joint devant lui ses grosses mains bagouzées. Il ne lui manque que le col pelle à tarte et l’illusion serait parfaite. Il a juste troqué Michelle Pfeiffer pour sa prof de français et la poudreuse pour un boost de Juvamine. Le financier international dans toute sa splendeur, qui dégage même à travers l’écran une odeur d’aftershave poivrée, une odeur de cuir et de laiton, l’odeur des huisseries de l’Élysée mélangée à un lointain parfum de vaseline. En cinq ans, les masques sont tombés, et ce qui reste de Macron a été visible ce soir-là sans trop se forcer : une sorte d’hyper-banquier arrogant et dominateur, qui faisait mine de prendre des notes pour se donner des airs. Prendre de la hauteur, Macron sait faire. Son mindset est simple, éculé, mais il l’applique sans vergogne : laisser venir à lui la blonde apeurée, lui donner du lest, l’endormir avec de sournoises marques de respect, puis la ferrer et ne plus la lâcher. In cauda venenum. Macron et ses acolytes ont lu Sun Tzu pendant que Marine Le Pen, une fois de plus, cafouillait dans ses réformes budgétaires, bredouillait ses pourcentages, éternelle cancre condamnée à revivre un cauchemar : celui où c’est la France tout entière qui se transforme en salle de classe.

Lire aussi : Sélectron : les meilleurs moments des débats d’entre-deux-tours

Le président sortant aura donné le la de ce débat, presque sans rien faire : un débat de ronds-de-cuir, de technocrates, qui perd les Français dès les premières minutes sur des questions de TVA, de bouclier énergétique et de cotisations patronales. Un débat dont il aura imposé le tempo et les sujets. Marine Le Pen, paralysée par la peur de commettre une bévue, obsédée par son image d’éleveuse de chats débonnaire et souriante, aura eu ce visage troublant toute la soirée, presque indéchiffrable, dans lequel semblait bourdonner une tempête de sentiments contradictoires : celui d’une France qui se sait vaincue, celui d’une France flouée, dominée, violentée, et qui ne peut que constater amèrement l’étendue de la désolation. En face, Macron aura pris tous les tics de la droite libérale vampirique, on le croirait sorti d’une usine d’assemblage de golems du RPR, il a tous les atours d’un Sarkosy revisité par Castelbajac – avec son style à lui, avec cette espèce de voracité détendue, ce genre de trucs qu’on apprend en école de trading : comment dévorer les autres tout en souplesse, sans donner l’air de faire aucun effort… On se demande bien à quoi il tourne, Macron, quel genre de « compléments alimentaires » lui donne ce rythme, cette brillance nocive dans les yeux, cette aisance luciférienne.

Marine aurait pu le mettre en porte-à-faux, tout comme elle aurait pu élever le débat, sortir de ces chiffres qu’elle n’aime pas et qui le lui rendent bien.

Notre prèze bien-aimé a des casseroles sonnantes et trébuchantes, pourtant, et d’une autre ampleur que le petit prêt contracté par le RN à une banque russe « proche du pouvoir » : la revente d’Alstom qui fleure bon le délit d’initié ? Son intéressement dans l’OPA Nestlé-Pfizer, volatilisé dans les chausse-trappes de la compta ? Le concordat technocratique dont il est à la tête, cette « France-McKinsey » qu’il mène tambour-battant ? Et pourquoi pas la vente d’armes à la Russie ? Marine aurait pu le mettre en porte-à-faux, tout comme elle aurait pu élever le débat, sortir de ces chiffres qu’elle n’aime pas et qui le lui rendent bien. Elle aurait pu parler de son idée de la France, convoquer sa vision de l’histoire. Rappeler qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise. Pour quelques punchlines qu’elle a sorties presque douloureusement – on les sentait stabilotées sur ses notes, entre son pathétique tweet imprimé et ses tableaux Excel – combien de tunnels de chiffres, de professions de foi monocordes, délivrés sur un ton sentencieux ? Mais qui éteint Marine Le Pen au début de chaque débat présidentiel ? C’était comme si une voix sortie d’outre-tombe lui demandait de se coucher, c’était comme si au fond, arrivée face à l’échéance suprême, tout le château de cartes patiemment élaboré par la dynastie Le Pen s’écroulait et montrait sa vraie nature, celui de n’être qu’un parti d’opposition utile, un chiffon rouge destiné à être agité rituellement à chaque grand raout démocratique. Et bien que les médias autorisés aient à nouveau uni leurs voix pour nous protéger du fascisme, arguant que « cette fois-ci, c’est différent, le RN a réussi à se dédiaboliser », en réalité c’est tout l’inverse : Marine Le Pen n’a jamais semblé aussi lointaine que ce soir-là, aussi pâle, aussi condamnée – par un système qui la vomit d’avance et par sa propre nature de fusible.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest