Skip to content

Coup de tonnerre en Irlande du Nord : les Unionistes veulent bloquer les institutions

Par

Publié le

13 mai 2022

Partage

Après la victoire du parti nationaliste de gauche Sinn Fein en Irlande du Nord, un Premier Ministre devait être nommé. Pourtant, les autres partis commencent à faire front contre ce changement qui met en péril le Royaume-Uni.
Michelle O'neill

Le grand perdant des élections locale du 5 mai en Irlande du Nord, le DUP, vient d’annoncer ce vendredi qu’il ne voterait pas l’élection du nouveau Premier ministre après la victoire historique du Sinn Fein, parti républicain et ancienne vitrine légale de l’IRA. De ce fait, « Stormont », le siège de l’Assemblée autonome d’Irlande du Nord reste bloqué. Ces élections qui étaient censées donner un nouveau souffle au territoire touché par une grave crise sociale et politique l’enfoncent encore plus dans l’incertitude et la paralysie.

Car l’équation est insoluble : un parti républicain, le Sinn Fein, vient donc de remporter les élections. Son but est de réunifier l’île d’Irlande et de placer la frontière avec le Royaume-Uni au milieu de la mer celtique. Un parti unioniste, le DUP, vient de perdre les élections locales. Son but est de garder les six comtés d’Irlande du Nord dans le giron britannique et de garder la frontière politique existante avec la république d’Irlande. Or, cette frontière politique n’est plus une frontière douanière depuis les accords politiques post-Brexit, celle-ci étant, de facto, placée en mer d’Irlande, comme le réclament les Républicains !

Lire aussi : Irlande du Nord : victoire des nationalistes

Imbroglio à l’irlandaise

Le Sinn Fein est nationaliste mais sait que, selon un dernier sondage, seuls 30% des Nord-irlandais souhaitent la réunification avec le sud. Même imbroglio pour le DUP qui est anti-européen alors qu’il sait que les Nord-irlandais ont voté pour le maintien dans l’UE lors du référendum du Brexit. Le Sinn Fein sait également qu’il a gagné les élections sur des questions sociales et grâce à la division des Unionistes et non sur la question politique de la réunification alors que le DUP argue que le total des voix unionistes est encore supérieur au total des voix républicaines. En clair, les Unionistes sont encore majoritaire mais ils n’ont plus le pouvoir. Par contre, s’ils persistent à bloquer Stormont, leur crédit dans la population risque de chuter encore. Les investissements sont bloqués, les marchés publics sont arrêtés alors même que la population souffre de la crise économique aggravée par le COVID.

Ce vendredi, tous les partis politiques nord-irlandais sont vent debout contre la décision du DUP. Même l’UUP, un autre parti unioniste, et l’Alliance – sorte de LREM local plutôt unioniste – couvrent le DUP de toutes les insultes disponibles dans le riche répertoire nord-irlandais. Sorcha Eastwood, députée d’Alliance parle de décision « honteuse » en rappelant qu’il y a six ans, le DUP avait « choisi le mauvais cheval » (le Brexit) et qu’il ne sait plus comment se dépêtrer des conséquences de ce choix.

Le DUP est prisonnier des loyalistes, les unionistes extrémistes, qui voient leur destin se rapprocher de plus en plus de l’iceberg démographique

Les bons reproducteurs républicains

En vérité, le DUP n’imagine tout simplement pas lâcher la présidence aux « Provos » du Sinn Fein, les Unionistes pensant que, de toute éternité et jusqu’au jugement dernier, l’Irlande du Nord serait une « terre protestante pour un peuple protestant » et ce sous l’égide de sa Gracieuse Majesté britannique. Voir les « papistes » républicains arriver au pouvoir est tout simplement inconcevable.

De surcroît, le DUP est prisonnier des loyalistes, les unionistes extrémistes, qui voient leur destin se rapprocher de plus en plus de l’iceberg démographique, tel le Titanic construit, rappelons-le, à Belfast en 1911. Lors de la signature des accords du Vendredi Saint en 1998, les « Provos » défaits  par les armes, avaient fait le pari de gagner par les ventres. Vingt-cinq ans après, ce pari est en passe d’être gagné. Les Unionistes sont une communauté en déclin, les Nationalistes une communauté composée, apparemment, de bons reproducteurs qui ont vu la communauté catholique dépasser la communauté protestante en terme démographique. Et la performance se juge désormais dans les urnes. Les Républicains n’avaient, par contre, pas prévu la montée du parti transcommunauté Alliance qui représente le camp des winners de l’Irlande du Nord, celui des centres-villes de Belfast ou Derry et des « branchés » de la mondialisation heureuse et post-communautaire. Aux dernières élections, Alliance est passé de 8 à 17 sièges.

Lire aussi : La Grande-Bretagne face à un tournant

Hold-up ou non ?

Cette LREM du coin se verrait bien en ce vendredi organiser un hold-up magistral : regrouper autour de lui les députés SDLP (Républicains modérés) et UUP (Unionistes) pour former le deuxième plus grand groupe à Stormont, ce qui damerait le pion au DUP en le contournant. Cette nouvelle opposition serait alors en mesure de proposer un vice-premier ministre unioniste. Quand on connaît la situation en Irlande du Nord, ce scénario paraît incroyable. La raison en est simple : selon les accords de 98, le Premier Ministre est obligatoirement issu d’une communauté et le vice-premier ministre d’une autre. Les deux postes sont identiques, mais symboliquement, le poste de Premier ministre garde une certaine prépondérance. Or quand un député s’inscrit à l’assemblée, il doit indiquer au bureau s’il est « nationaliste » (irlandais), « unioniste » (britannique) ou « autre ». Or selon les accords du Vendredi Saint, le premier ministre (et donc le vice-premier ministre) sont soit nationaliste soit unioniste, la case « autre » n’avait pas été prévue à l’époque car inenvisageable. Il faudrait donc, pour que ce scénario « Alliance » devienne réalité, que les nationalistes du SDLP se déclarent… unionistes !

Colin McGrath, député SDLP, a douché ce vendredi les espoirs en disant que ce choix serait, pour lui, une manière de trahir des électeurs. En attendant, une délégation du congrès américain est attendue pour une tournée de palabres entre Londres, Belfast, Dublin et Bruxelles pour tenter de démêler la situation. Le but est d’empêcher que le blocage de la situation ne relance les tensions intercommunautaires et le réémergence de groupes paramilitaires autant loyalistes que républicains.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest