C’est une victoire historique pour les nationalistes du Sinn Fein. Pour la première fois depuis un siècle, le parti arrive en tête dans le Parlement de la nation nord-irlandaise. Félicitée par Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, Michelle O’Neill a promis « un leadership qui est inclusif, qui célèbre la diversité, qui garantit les droits et l’égalité pour ceux qui ont été exclus, discriminés ou ignorés dans le passé ». Un beau programme qui laisse en suspens la question logique d’un possible référendum de réunion avec l’Irlande, au cœur historique du parti. Ce résultat, 27 sièges sur les 88 du Parlement, arrive dans un contexte de scandales financiers ayant éclaboussé l’ancien parti dominant, le DUP, dont un ayant fait perdre près de 500 millions de livres à la nation. Celui-ci n’a donc obtenu que 25 sièges, laissant la place de Premier ministre au Sinn Fein.
Lire aussi : Danemark : les libéraux contre les migrants
Une opposition ancrée dans le temps
Cette victoire des nationalistes montre une première chose : le parti a bien réussi à faire oublier ses anciennes accointances avec l’IRA et son image d’un parti violent. Une promotion de la diversité, de l’inclusivité et de l’ouverture ont donné au Sinn Fein une apparence de parti contestataire de gauche socialiste. En 1921, lorsque le rattachement de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni est décidé, la province est le théâtre de très nombreux affrontements entre les protestants et la minorité irlandaise catholique qui représente un tiers de la population. Depuis l’accord du Vendredi Saint en 1998 qui apaise fortement les tensions, les nationalistes changent de stratégie, passant de la lutte armée à celle des ventres. En effet, la démographie catholique est très forte en Irlande : les protestants représentaient 60% de la population dans les années 20, 45% en 2000 et seulement 41% en 2010. En parallèle, les catholiques ont connu une courbe inverse : lors du dernier recensement effectué en 2011, ils étaient sur le point de dépasser les protestants en passant de 40 à 41%. Or, ceux-ci sont majoritairement nationalistes, là où les protestants, bien que divisés, restent unionistes.
En Écosse, c’est Nicola Sturgeon qui a entamé en fin d’année dernière des négociations avec Londres pour demander un nouveau référendum en 2023
Le Royaume-Uni en danger
Aujourd’hui cependant, seuls 30% des Nord-Irlandais souhaiteraient un rattachement à l’Irlande. De cette façon, ce n’est pas sur ce point que le Sinn Fein a fait campagne, mais bien plus sur des thèmes contestataires et sociaux. Michelle O’Neill a ainsi déclaré vouloir mener un travail de fond, le référendum n’étant prévu avant une dizaine d’années. Cependant, la victoire des nationalistes n’est qu’un symptôme d’un courant bien plus vaste qui traverse le Royaume-Uni depuis quelques années. En effet, on a observé en 2021 une percée de ces mouvements indépendantistes qui font subir d’importants revers aux partis historiques, en Écosse, et même au traditionnellement loyaliste Pays de Galles. En Écosse, c’est Nicola Sturgeon qui a entamé en fin d’année dernière des négociations avec Londres pour demander un nouveau référendum en 2023 qui, après le Brexit, aurait probablement plus de chances de réussir. Or, s’il aboutit effectivement à une victoire des indépendantistes, un signal fort sera envoyé à l’Irlande du Nord et au Pays de Galles, ainsi qu’à l’ensemble des régions sécessionnistes d’Europe. L’ère des identités est en marche.





