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Rodéo urbain : Lola Quivoron à contre sens

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Publié le

25 mai 2022

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Dans une vidéo où elle promeut son film Rodeo encensé au festival de Cannes, la jeune réalisatrice Lola Quivoron fait montre d’une fascination morbide pour les banlieues, en plus d’accuser la police pour les accidents provoqués par des rodéos urbains.
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Différents médias ont fait leur valise pour le festival de Cannes pour découvrir le lot de « perles rares » que réserve la cuvée cinématographique de 2022. Ils estiment en avoir trouvé une : Rodeo, le premier long-métrage d’une jeune réalisatrice Lola Quivoron qui célèbre le rodéo urbain. C’est la première fois que la jeune femme présente un film au festival de Cannes et il semble qu’elle ait des choses à dire.

Une réalisatrice au profil très progressiste

Lola Quivoron est née d’une mère plasticienne et d’un père ingénieur aéronautique. Elle déclare que pendant son enfance, c’est sa mère qui l’a poussée à l’indifférenciation : « Ma mère a toujours cultivé cet endroit d’indéfinition, en refusant par exemple que je fasse de la danse classique et en m’habillant avec des vêtements unisexes ». Elle ajoute que « par exemple en CM2, le leader de la classe m’a fait comprendre que je n’avais pas ma place dans le groupe des filles ni dans celui des garçons pour une partie de chat-bisou. J’ai compris qu’il y avait une forme de précarité à n’être ni l’un ni l’autre. ». Un traumatisme. Pour autant, elle ne change pas de position et se définit comme « neutre, ni femme ni homme ».

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Autre figure de son enfance, sa grand-mère maternelle mariée à un homme respecté de la « mafia nantaise ». Fascinée, la jeune femme raconte comment elle dirigeait des cabarets érotiques et des discothèques. Elle photographiait même les cicatrices que sa grand-mère s’était faite pendant un grave accident de voiture. Surprenant sachant que la réalisatrice présente aujourd’hui à Cannes une ode au rodéo urbain.

À ses 17 ans, elle quitte Épinay-sur-Seine pour Bordeaux, un traumatisme qui l’a fait quitter son terreau émotionnel et affectif, à savoir un quartier de banlieue où elle retrouvait « l’énergie et la diversité ».  Depuis, elle fantasme cette banlieue, comme si elle culpabilisait d’avoir quitté une position victimaire pour rejoindre la bourgeoisie. Cela provoque chez elle une dépression et pour en sortir elle « se bourre la tête de films ». Son déménagement lui a toutefois permis de faire de bonnes études : son bac en poche, elle se lance dans une prépa littéraire hypokhâgne-khâgne, qui lui ouvrira les portes d’un cursus de lettres modernes, puis d’un master en cinéma. En 2012, elle intègre la Fémis, une école de son et d’image. Dès cette période, elle raconte s’intéresser « au désir de puissance, à des communautés très masculines, très fermées, avec des codes particuliers ». D’où lui vient cette fascination pour ces hommes des banlieues (avec un discours très genré) ? Est-ce un symptôme de tous les progressistes ?

En tout cas, tous ses films tournent depuis lors autour de ce thème, et plus précisément sur la « Bike Life » dans les banlieues, sujet du premier long-métrage qu’elle présente cette année à Cannes.

Tout au long de la vidéo, Lola Quivoron idéalise cette discipline qui consiste à faire des figures acrobatiques sur une moto lancée à pleine vitesse, souvent sans protection

Rodeo, ou le fantasme de la banlieue

C’est sur la plage de Cannes, au soleil, que Konbini a choisi d’interroger la jeune femme sur Rodeo, nommé dans la catégorie « un certain regard ».

Dans cette interview, Lola Quivoron explique les valeurs et la vision du monde qui se traduit dans son film. Son objectif est de faire connaitre et de banaliser la pratique des rodéos sauvages qu’elle refuse d’appeler comme tel car elle considère que c’est une « rhétorique réactionnaire ». Elle préfère évoquer « la poésie de la pratique » et considère que « c’est un phénomène de société, le cross-bitume, la bike life. ». Tout au long de la vidéo, elle idéalise cette discipline qui consiste à faire des figures acrobatiques sur une moto lancée à pleine vitesse, souvent sans protection. Malgré les dégâts que sa « bike life » provoque souvent, elle ne regarde pas les accidents. Elle préfère s’interroger sur la solidarité du groupe et au sens présumé de la pratique. Elle considère que le bruit provoqué par ces motards est un moyen d’expression : « Faire du bruit c’est quand même, se rendre visible, aux yeux de tous quoi » assure-t-elle. Il est certain que ça fait du bruit, et que cela permet de se faire remarquer. Mais pas dans le sens où elle le pense : trouble à l’ordre public, tapage nocturne ou tout simplement infraction complète au Code de la route, voilà ce que subissent les habitants des quartiers où se déroulent les rodéos urbains, quand ce ne sont pas de graves accidents.

Pourtant, elle reconnaît qu’il y a eu des accidents, y compris pendant son tournage. Mais, et c’est peut-être le plus grave, elle considère qu’ils sont dus à la police : « Surtout les accidents, ils sont souvent causés par les flics, qui prennent en chasse et qui créent une forme de précarité qui pousse du coup les riders vers la mort, en fait, concrètement. ».

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Il est temps de faire une petite piqûre de réel à la réalisatrice. Le rodéo urbain est une pratique illégale qui est vivement combattue par les forces de l’ordre car elle provoque des tragédies. De nombreux exemples témoignent de la dangerosité de cette pratique. En septembre 2021, une femme de 81 ans est décédée à Clermont-Ferrand après avoir été percutée sur un passage piéton par une moto qui faisait du rodéo urbain. Autre affaire beaucoup plus récente : un enfant de cinq ans a été blessé pendant un rodéo urbain à Pantin, en Seine-Saint-Denis, dimanche dernier.

Ainsi, de sa plage cannoise, la jeune réalisatrice démontre qu’elle a perdu tout sens des réalités. Elle compare cette pratique à « l’époque du skateboard ». Du haut de son tapis rouge, elle se trompe de victime : alors que certains meurent tragiquement à cause des rodéos, elle défend ceux qui veulent décriminaliser la pratique et considère que rouler à toute vitesse en faisant des figures sur une seule roue est « une philosophie de vie basée sur des valeurs de solidarité, d’entraide, de famille alternative » comme elle l’a déclaré au magazine Elle. Enfin, preuve du fantasme la banlieue : elle souligne que les riders n’ont « rien à voir évidemment avec les adeptes de Harley Davidson ». Une femme qui en somme méprise le peuple de Johnny et qui dresse un portrait dithyrambique des délinquants.

Surprise : la presse progressiste est séduite

On peut déjà évoquer la critique de David Lisnard sur Twitter : « Avec Yves Daros (chef de la police municipale de Cannes) et l’équipe de la police municipale de la mairie de Cannes nous n’avons pas été convaincus par le propos de la dame, qui ressemble à un sketch des Inconnus. Nous allons continuer de poursuivre et arrêter les auteurs de rodéos urbains. ». Ainsi, à Cannes, seul le maire semble être dans la réalité. Les médias progressistes qui couvrent le festival, eux, ne font que des éloges du film et de sa réalisatrice.

Les Inrockuptibles, journal classé à l’extrême gauche, salue dans un article « l’écrin novateur et expérimental » dans lequel Lola Quivoron traite les « thématiques sociales ». À titre de comparaison, ils avaient vivement critiqué le nouveau film de Cédric Jimenez (réalisateur de Bac Nord) qui reconstitue la traque des terroristes du 13 novembre : « Thriller pro-ripoux récupéré par tout ce que la droite et ses extrêmes ont compté de candidat·es à la présidentielle ». Au-delà de la question de la qualité cinématographique des deux films, on peut souligner ce climat idéologique que l’on retrouve parfois à gauche, qui consiste à se ranger derrière ceux qui critiquent la police, sans nuances.

De la réalisatrice jusqu’aux critiques dans les médias il y a un grand tabou autour de ce film : le réel

Télérama, sous la plume de Laurent Rigoulet, a salué la réalisatrice « prometteuse » et son film. Le journal estime que c’est l’un des premiers « chocs du festival ». « Un film coupé de tout qui gaze à fond les ballons dans les marges d’une société de banlieue. » commente-il. Le Parisien fait encore mieux : « Le très remarqué Rodeo, sublime premier film de Lola Quivoron, est une plongée dans le milieu du cross bitume, discipline artistique qui consiste à faire des figures sur des motos lancées à pleine vitesse. »

En bref, peu de contenu sur la qualité du film en lui-même (outre quelques compliments sur le rythme du film), mais beaucoup de lignes sur la réalisatrice et sa façon de sublimer le monde du rodéo urbain. Et aucune mise en garde sur les conséquences réelles de cette pratique. Au fond, il y a un grand tabou : le réel. Il est tout à fait possible que Rodeo soit une réussite visuelle, avec une grande qualité de jeu d’acteur. Gardons toutefois à l’esprit qu’il s’agit, plus que jamais, d’une fiction.


Rodéo (1h45) de Lola Quivoron avec Julie Ledru, Yanis Lafki, Antonia Buresi

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