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Violence sexiste au sein du collectif Traoré

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Publié le

27 juillet 2022

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Dans une enquête publiée le 25 juillet, le site en ligne d’extrême gauche Médiapart révèle des violences sexistes ayant eu lieu au sein du comité Traoré. Deux femmes racontent avoir subi des agressions de Samir Elyes, membre éminent de différents collectifs comme le « Comité vérité et justice pour Adama ».
collectif traore

Des agressions sexuelles ont-elles eu lieu dans la nébuleuse Traoré et ont-elles été minimisées par le collectif mené par Assa Traoré, sœur du défunt Adama ? C’est ce que racontent deux militantes, qui auraient renoncé à leur engagement en conséquence. Bien évidemment, le collectif et mademoiselle Traoré assurent avoir écarté l’auteur des faits, que l’on pouvait pourtant encore voir à ses côtés lors de différents rassemblements après les faits.

La première femme à dénoncer ces actes se nomme Massica, étudiante alors fraîchement émoulue de Sciences Po. Le 28 mai 2018, le collectif « Femmes en lutte 93 » met en ligne un texte non signé dans lequel il est raconté qu’un certain« S. de Dammarie-lès-Lys » l’aurait agressée physiquement et verbalement en avril 2017 après une réunion publique au CICP (Centre international de culture populaire) : « Sur 100 mètres, entre le métro et le CICP, il m’a projetée contre une porte de bâtiment, me tenant fermement les bras, m’insultant et me poursuivant dès que j’ai pu m’échapper. Sous une flopée d’insultes sexistes, j’ai finalement regagné le CICP où j’ai pu me remettre du choc, et les militants présents nous ont séparés en l’écartant du bâtiment ». Peu après, Samir – puisque c’est de lui qu’il s’agit – tente de s’excuser auprès de Massica et va en parler à Assa Traoré « pour le comité et par honnêteté ». Le 20 avril, la victime décide d’en parler à Youcef Brakni, autre membre important du comité qui tombera d’accord avec elle, expliquant qu’il serait paradoxal de lutter contre les violences d’État et commettre des violences au sein même du comité. 

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L’agression est prise en compte et Samir et mis de côté voire exclu du comité. Seulement, trois mois après, le comité réintègre Samir et lui demande d’intervenir dans une manifestation publique. Massica réclame des explications mais le comité, auparavant compréhensif, change de discours : « Il faut que tu comprennes qu’Assa et sa famille ont un lien spécial avec Samir. Il faut que tu en parles avec Assa. » Assa qui, rappelons-le, plaide apparemment pour la cause féministe. Ce n’est cependant pas l’impression qu’elle donne, décidant de passer outre les réclamations de Massica. Dans des messages postés sur WhatsApp, elle écrit : « Une journée où il va animer deux heures ne va tuer personne. Après il repart, il a ses enfants qui le rejoignent dans le Sud ». La non-considération de Massica révolte l’une de ses amies, Sarah, qui exige aussi que Samir soit écarté : « Un agresseur n’a pas à avoir de responsabilité dans un groupe militant ». Assa Traoré s’énerve et clôt le débat : « Aujourd’hui Sarah nous met au défi. Elles sont arrivées en novembre dans le comité. Il faut savoir que ça fait un an, la lutte va être longue. Les personnes qui n’ont pas les épaules, au revoir. On a besoin de personnes solides, vaillantes. Personne n’a demandé à ce qu’elle accepte le pardon de Samir. Maintenant si le comité est sexiste et c’est nouveau, qu’il soit tyrannique je savais pas. Massica et Sarah doivent comprendre que l’intérêt principal, c’est le combat pour Adama et mes frères en prison. Bon nous avons le 22 juillet à préparer ». 

Les autres membres du comité approuvent la décision de leur chef même si elle est incompréhensible pour une féministe. Massica et son amie décident de quitter le comité. Médiapart a par la suite pu s’entretenir avec l’intéressé. Samir ne nie pas les faits : « J’ai été violent, j’étais sous addictions pendant longtemps et cette période était très compliquée ». De son côté, Assa Traoré affirme que Samir a été immédiatement écarté du comité et qu’elle ne l’a jamais rappelé, malgré les messages qui prouvent le contraire. Samir Elyes livre une autre version des faits, expliquant avoir quitté le comité en 2019 ,ce qui ne correspond pas du tout aux propos de mademoiselle Traoré. Sur plusieurs photographies, on peut le voir depuis 2018, invité dans tous les grands évènements organisés par le comité et toujours aux côtés d’Assa Traoré. De plus, il est systématiquement présenté comme membre du comité.

« J’ai été insultée et menacée par Samir et ses proches. J’ai reçu des messages disant que j’allais me faire défigurer au couteau et que mon mari allait être mis dans un coffre. Pour eux, j’étais à la tête d’une machination contre lui. J’avais peur pour moi et les miens »

En outre, Samir Elyes aurait déjà commis des actes du même acabit quelques années plus tôt. Line, militante anticoloniale, rencontre Samir en 2014. À cette époque, encore étudiante, elle entame une relation avec lui : « J’étais fascinée par son parcours politique. Il s’est très vite raconté qu’on vivait une histoire d’amour ». Elle aussi affirme avoir été sous son emprise, entre violence physique et psychologique. Samir, interrogé à ce sujet, réfute toutes les accusations.

Après la publication du texte de Massica, Line reçoit des messages de la part de Samir : « J’ai été insultée et menacée par Samir et ses proches. J’ai reçu des messages disant que j’allais me faire défigurer au couteau et que mon mari allait être mis dans un coffre. Pour eux, j’étais à la tête d’une machination contre lui. J’avais peur pour moi et les miens ». Elyes encore une fois dément ; cependant des messages consultés par Médiapart prouvent qu’il a bien menacé Line : « Tu pètes un câble à me salir devant ma famille publiquement. Ceux qui vont s’occuper de ton copain, tu les connais. Tu sais ceux du bâtiment Drapeau Palestine, tu te rappelles ». « Ce que vous avez fait est digne de l’extrême droite », écrit-il plus tard, avant d’ajouter : « Pour Massica et Sarah elles paieront aussi […]. Vous n’êtes que des chiens, si je veux je vous écrase. Vous avez cru que j’étais à terre ». Elle reçoit d’autres menaces : « J’ai pas besoin de me présenter tu me connais. […] Tu sais que là je suis sur tes côtes et que je vais te demander petite traîner (sic). Je vais te tuer, t’envoyer des meufs qui ont faim, qui attendent que de t’enculer ta petite race de merde », envoie par message une proche de Samir Elyes. Un autre de ses soutiens écrit : « Tu sais quoi, tellement je vais t’enculer toi et tes putes de Paris, même tes parents ne vont pas te reconnaître, tu seras méconnaissable, je te suis sur Facebook salope de merde, vaut mieux que tout s’arrête dans la minute, que t’as reçu ce message, parce que sur la tête de ma mère, je vais te faire du sale ». 

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Line alerte alors d’autre militants en détaillant les agressions qu’elle a subies. Dans un message, elle explique pourquoi elle ne souhaite plus garder le silence : « Qu’on ne vienne pas maintenant me dire que je “lave mon linge sale en public”. J’ai toujours fait l’inverse par respect pour les gens qui l’aiment et que j’ai rencontrés, par souci de la “cause”, par habitude de m’écraser, par trouille, parce qu’on me l’a demandé. […] Je n’ai aucun désir de vengeance. […] Je demande simplement à ce qu’on considère au moins cette histoire comme faisant partie de la nôtre, et qu’on puisse en tirer des conclusions, pour dans l’idéal grandir de “tout ça” ». Malgré le mail adressé au collectif Quartiers Libres, le comité ne la soutient pas. Un ancien membre reconnaît la lâcheté présente au sein du collectif représentatif de tous les comités.

Face aux accusations de Médiapart, Assa Traoré estime pourtant ne rien avoir à se reprocher. « On essaie d’être nickel. Bien sûr que ce n’est pas parfait, et évidemment ce ne sera jamais parfait car on n’a pas de moyens. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’Assa, c’est la nécessité qui l’a fait ramener là. Si elle se retrouve à soutenir la lutte contre les féminicides, si elle se retrouve à avoir des contradictions, en fait elle n’a jamais demandé à faire ça », explique Youcef Brakni qui qualifie l’article de Médiapart de « raciste », tout en ajoutant : « Après, cela nous fera rien, l’extrême droite va partager, cela n’ira pas plus loin. On va continuer notre combat, on ne va pas se laisser faire, Mediapart rentrera juste dans la liste de ceux qu’on va combattre ». Et d’ajouter : « Aux États-Unis, un journal de gauche progressiste n’irait jamais attaquer la sœur de George Floyd à propos d’un de ses proches ». Il conclut : « C’est une affaire entre deux amis et on ramène le comité dedans. […] Cette histoire, c’est juste de la concurrence militante », accuse-t-il, avant d’attaquer l’une des victimes : « Ce que fait Massica là n’est pas anodin. Tout le monde sait que c’est facile. Moi aussi Samir m’a agressé, alors moi aussi je suis une victime. » Les jeunes femmes apprécieront.

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