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Italie : Meloni en surface

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Publié le

13 septembre 2022

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La démission de Mario Draghi a pris l’Italie de court et rebattu les cartes du jeu politique. L’improbable coalition qui l’avait porté au pouvoir a éclaté, poussant le président de la République Sergio Mattarella à dissoudre du Parlement et à annoncer des élections anticipées pour cet automne. Pour la première fois, Giorgia Meloni, patronne du mouvement « Fratelli d’Italia » est donnée en tête dans les intentions de vote.
© DR

On a coutume de voir l’Italie comme un laboratoire politique, en particulier pour la France. Pourtant, avec son système strictement parlementaire, comportant deux chambres aux pouvoirs égaux – une singularité dans le paysage des démocraties libérales – l’Italie a peu à voir avec le « parlementarisme négatif » à la française. En France, la personnalisation et la centralisation du pouvoir sont telles que Maurice Duverger a pu parler de « monarchie républicaine », pour évoquer les institutions de la Ve. En Italie, on évoque au contraire un « parlementarisme décentralisé » pour qualifier le régime de la constitution du 1er janvier 1948, qui a connu 26 présidents du Conseil et 71 gouvernements depuis 1946.

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Le président de la République, élu pour sept ans et siégeant au palais du Quirinal, joue un rôle d’arbitre en retrait du jeu des partis. Le président du Conseil, nommé par le président de la République après consultation des différentes forces représentées au Parlement, incarne le pouvoir exécutif, dont l’action est soumise au contrôle sourcilleux de la Chambre des députés, sise au palais Montecitorio, à Rome, et le Sénat de la République, qui siège au palais Madame. Ce régime politique ressemble à la IVe République française. Mais le jeu des coalitions dont dépend l’exécutif italien ouvre la porte a des expérimentations qui sont scrutées avec attention de notre côté des Alpes et sur tout le continent. L’Europe, plongée aujourd’hui dans une crise géopolitique et énergétique, attend donc avec anxiété le résultat des élections qui installeront un nouveau locataire au palais Chigi, le 25 septembre.

Une nouvelle ère

Depuis le référendum du 2 juin 1946, à l’issue duquel les Italiens ont adopté à 54 % la république, la vie politique italienne a été rythmée par les combinaisons partisanes autour de la Démocratie chrétienne. Ce parti, fondé en 1942, représentant le centrisme social-démocrate chrétien, a joué le rôle de pivot de la vie politique italienne jusqu’à l’opération Mani pulite (« Mains propres »), qui révéla un vaste système de corruption, entraînant la dissolution du parti le 29 janvier 1994.

« Nous voulons gouverner à nos conditions ! Notre but, ce n’est pas de faire vivoter l’Italie, mais de la retourner. La retourner “comme une chaussette”, comme on dit à Rome »


Giorgia Meloni

L’actuel Parti démocrate italien, fondé en 2007, se présente comme l’héritier de la Démocratie chrétienne. Parti de centre-gauche pro-européen, il connaît un déclin accéléré depuis les élections présidentielles de 2013, qui avaient permis à son dirigeant, Matteo Renzi, de devenir président du conseil de 2014 à 2016. Aux élections générales italiennes de 2018, le Parti démocrate est arrivé seulement troisième derrière la droite et le Mouvement 5 Étoiles, fondé en 2009 par Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio. Cette montée en puissance de partis populistes se présentant comme « ni de droite, ni de gauche », inaugure une ère de coalition inédite, d’abord entre le Mouvement 5 étoiles et la Lega de Matteo Salvini, puis entre le Parti démocrate, le Mouvement 5 Étoiles et les libéraux du groupe parlementaire Libres et égaux, pour soutenir les gouvernements Conte I et II, du nom de Giuseppe Conte, dirigeant du M5S.

Giorgia Meloni en embuscade

Durant tout le temps ou Giuseppe Conte se maintient au pouvoir, du 1er juin 2018 au 13 février 2021, à la tête de cet attelage improbable, Giorgia Meloni, à la tête de Fratelli d’Italia est restée dans l’opposition. Elle y reste également quand, le 13 février 2021, un nouvel accord entre le Parti Démocrate, Italia Viva (scission de Matteo Renzi), Forza Italia de Berlusconi, la Lega de Salvini et le Mouvement 5 Étoiles, portent l’ex-gouverneur de la BCE, Mario Draghi, à la présidence du Conseil. Giorgia Meloni n’hésite pas à rappeler son indépendance politique face à la compromission des autres formations politiques, sanctionnée à nouveau par l’échec de Draghi en juillet : « Nous n’avons pas voulu entrer au gouvernement jusqu’à maintenant : parce que nous ne sommes pas prêts ? Non : parce que nous voulons gouverner à nos conditions ! Notre but, ce n’est pas de faire vivoter l’Italie, mais de la retourner. La retourner “comme une chaussette”, comme on dit à Rome ».

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Giorgia Meloni préconise un cocktail de mesures économiques à mi-chemin entre le social-libéralisme et l’interventionnisme largement axé sur la préférence nationale (mesures en faveur de l’emploi et du logement qui seraient réservés aux Italiens), agrémentées de position anti-immigrationnistes et très eurosceptiques. Elle ne propose pas, toutefois, la sortie de l’Italie de l’UE, défendant plutôt le retour au « concert des nations » défendu par le général de Gaulle en son temps.

Un tournant majeur

Si nous connaissions en France un système parlementaire comme celui qui prévaut en Italie, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon auraient déjà eu l’occasion de devenir Premier ministre, à la faveur d’une coalition. Et ce qui semble de ce côté des Alpes une fiction est déjà devenu réalité en Italie au cours des dernières années avec la Lega ou le M5S. Mais avec Giorgia Meloni, c’est aujourd’hui une autre configuration qui se présente. La cheffe de file de Fratelli d’Italia traîne avec elle un passé sulfureux, en raison de son passage au sein des partis néofascistes du Mouvement social italien (MSI) et de l’Alliance nationale (AN).

Si Giorgia Meloni parvient au pouvoir le 25 septembre, l’expérience qu’elle va lancer ne représentera peut-être pas un séisme mais certainement un tournant majeur pour la politique européenne

Pour autant, elle peut se prévaloir à 45 ans d’une solide expérience politique, forgée principalement sous le règne de Silvio Berlusconi. Elle a aussi à cœur de démontrer qu’elle incarne un pragmatisme solide, en reniant ses premières positions pro-russes pour soutenir l’Ukraine et s’affirmer comme une atlantiste raisonnable, de la même manière qu’elle n’entend visiblement pas faire voler en éclats l’unité européenne, même si elle proclame la nécessité de réaffirmer la souveraineté de la nation italienne au sein de l’UE. Si Giorgia Meloni parvient au pouvoir le 25 septembre, l’expérience qu’elle va lancer ne représentera peut-être pas un séisme mais certainement un tournant majeur pour la politique européenne.


L’irrésistible ascension de Giorgia Meloni

La carrière politique de Giorgia Meloni a commencé avec l’assassinat des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en Sicile les 23 mai 1992 et 19 juillet 1992, alors qu’elle est âgée de quinze ans. Elle fonde la coordination étudiante Gli Antenati (« Les Ancien ») et milite au sein de l’organisation étudiante de droite Azione studentesca (« Action étudiante »), qu’elle finit par diriger, puis adhère au Front de la jeunesse du Mouvement social italien (MSI), considéré comme l’héritier du Parti national fasciste de Benito Mussolini. Trois ans plus tard, en 1995, elle devient responsable nationale de l’action étudiante de l’Alliance nationale (AN) de Gianfranco Fini, parti qui a succédé au MSI. En 1998, elle est élue conseillère de la province de Rome, à l’âge de 21 ans, puis députée dans le Latium lors des élections générales de 2006, à 29 ans, avant de devenir, deux ans plus tard, la plus jeune ministre de l’histoire italienne, en tant que ministre pour la Jeunesse dans le quatrième gouvernement de Silvio Berlusconi.

Elle rejoint éphémèrement les rangs de Forza Italia en 2009, quand l’Alliance nationale fusionne avec le parti de Berlusconi pour former Peuple de la Liberté, qu’elle quitte en 2012, devant l’impossibilité d’organiser des primaires. Elle fonde alors Frères d’Italie, son propre parti, en 2012. Son ascension électorale devient dès lors irrésistible, avec, en arrière-plan, l’effondrement du vieux système politique italien et du clivage gauche-droite traditionnel, remplacé par un nouveau paysage politique composé des centristes, de Forza Italia, de la Lega ou du M5S. Et tandis que les nouvelles coalitions se succèdent et échouent à sortir l’Italie de la crise dans laquelle le pays s’enfonce depuis les années 1990, Fratelli d’Italia ne cesse de gagner des voix. Passée en quelques années de 3 à 20 % des intentions de vote, Giorgia Meloni est aujourd’hui en passe d’accéder à la plus haute marche du pouvoir puisque Fratelli d’Italia est donné premier, à près de 24 %, devant le Parti démocrate (22 %) et la Ligue (14 %), selon le dernier sondage de l’institut SWG, réalisé le 18 juillet.

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