C’est au lycée que Céline Pina forge ses premières convictions. Ne vous fiez pas aux plateaux télé: la douceur de son expression force, certes, les plus excités à la laisser terminer ses phrases, mais à l’heure de sa jeunesse, elle ressemblait en tout point aux monstres qui vous servent d’ados. La fête, les mecs, les joints… mais aussi les études, aussi la curiosité et surtout le caractère. « À l’époque, se souvient-elle, j’étais sans pitié. La plus intolérante qui soit ». Mais pas seulement avec ses contradicteurs. 1984 : au moment où la déferlante SOS Racisme transforme les lycées de France en gigantesque « fête des potes », Céline adhère aux principes du mouvement, encore éloignés des notions de racisme systémique ou de culpabilité blanche. Seulement voilà, le port du badge commence à faire loi : « Il fallait porter la main de SOS Racisme si on était quelqu’un de bien ». Céline ne la portera jamais. C’est peut-être à cette seule conviction qu’elle n’a plus apporté de nuance : on ne lui forcera jamais la main. Fille d’un dentiste et d’une professeur de dessin, Céline est née à Avignon. Rapidement, la famille déménage en direction des montagnes iséroises, où son père travaille pour la sécurité sociale minière de La Mure.
Son enfance heureuse, elle l’attribue d’abord à l’amour sans limite dont ses parents les couvrent, elle et sa jeune sœur. À table, elles pouvaient se permettre toutes les interrogations, même religieuses, même politiques. « J’ai le souvenir que mes parents exprimaient très peu d’opinions. L’important, c’était que l’on comprend les fondements de notre pays. Son histoire, ses valeurs, son fonctionnement ». L’autre raison à sa jeunesse épanouie : la liberté. « J’ai vécu dans un cadre où il fallait exceller à l’école, mais où il était exclu qu’on m’impose une voie qui n’était pas la mienne ». Fais ce que tu veux, mais fais-le bien. Une sorte de progressisme dans la rigueur qui lui permit de chercher sereinement son chemin.
« Je reste persuadée que l’on doit aux gens un capital social et que la reproduction des élites est un cancer pour notre société »
Céline Pina
Son baccalauréat en poche, elle entre à Sciences-Po Grenoble et maintient un niveau moyen du fait d’une légère « rebellitude » qui, confie-t-elle, la fera passer tout près d’un renvoi. Elle finit par rentrer dans le moule et poursuit ses études avec un DEA. « J’aimais l’insouciance de la vie étudiante qui permettait de repousser au plus tard possible les grandes décisions ». Le chaudron du militantisme coupe court à son ambition d’entrer à l’ENA lorsqu’elle rejoint le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) de Sciences Po Paris. « Très rapidement, je n’ai plus fait que de la politique ». Cet engagement puis sa rencontre avec Jean Poperen sont décisifs : « Il avait une culture à la fois ouvrière et intellectuelle qui m’a beaucoup plu. Il comprenait profondément les gens des classes populaires mais était toujours en quête d’élévation ». Malgré son manque d’expérience, Céline devient chef de cabinet à la mairie de Pontoise.
Au Parti socialiste, elle fera essentiellement un travail de terrain, derrière les projecteurs et dans des collectivités locales. « Puis j’en ai eu marre. Je militais pour ce qu’on appelle la première gauche. Très à gauche sur les questions économiques et très ferme sur les questions de République ». Lorsque le rocardisme fait entrer la gauche dans sa phase sociétale, certains sujets, comme l’immigration, deviennent tabous. Rapidement, son positionnement la conduira à incarner « l’opposition dans l’opposition » et à lui faire rejeter les éléments de langage. « On dit souvent que le militant est un militaire ». On vous avait prévenus : on ne force pas Céline Pina.
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Elle quitte donc le PS sans esbroufe en 2016 pour se consacrer à l’écriture d’articles et de tribunes dont le succès sera grandissant. Aujourd’hui embauchée par le magazine Causeur, elle met derrière elle les années de galère à la pige. Si elle croit encore au clivage gauche/droite, aucun parti politique ne trouve grâce à ses yeux. « On dit parfois que je suis une rescapée de la gauche. Je ne le pense pas du tout. Je reste persuadée que l’on doit aux gens un capital social et que la reproduction des élites est un cancer pour notre société ». Elle admet tout de même que la gauche républicaine est morte et a laissé place à celle du totalitarisme et de la violence politique: « Cette gauche passe son temps à faire des listes de gens à décapiter mais ne dit jamais quel est son projet pour notre société ». Malgré tout, Céline n’a pas fait son deuil de l’offre politique et garde espoir qu’un réel projet social-démocrate tombe un jour entre de bonnes mains. « Le vrai parti majoritaire est celui de l’abstention, j’ai encore espoir de mettre un bulletin dans l’urne qui ne soit pas blanc ».





