Voici deux romans graphiques qui démontrent, sans que ce soit leur propos, à quel point la bande dessinée n’est pas la combinaison dégradée du dessin et de la littérature ou le succédané fauché du cinéma. Dans ces deux œuvres, les auteurs réussissent à élucider un texte préalable (Abattoir 5, adapté du roman paru en 1969) ou à transposer romanesquement une réalité historique (Slava, qui décrit la Russie après la disparition de l’URSS). Le roman quasi expérimental de K. Vonnegut est « illustré », si on veut, mais non pas comme Tardi illustre Céline, dans un discours parallèle, parfois éclairant, souvent redondant, et même réducteur, le dessinateur imposant son style cent fois moins nuancé que le texte.
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Non, R. North et A. Monteys servent le roman en guidant habilement le lecteur, par la couleur, dans les différents univers simultanés où le héros est promené, en adoptant un style presque réaliste qui magnifie les détails et crédibilise les descriptions, qu’il s’agisse d’un roman extra-terrestre ou du bombardement de Dresde. Quant à Slava, Pierre-Henry Gomont donne toute sa mesure avec un dessin nerveux, parfois acéré, pertinent et cohérent depuis deux silhouettes rouges schématiques cheminant dans la neige jusqu’aux visages en gros plan d’aigrefins en train de banqueter. Le récit, d’une belle ampleur, laisse s’épanouir le dessin, qui dit autrement les sentiments des personnages et la déréliction du pays. Voilà un « roman historique », si on veut, qui réussit à être vif tout en étant précis par la grâce des vignettes qui synthétisent le propos, des cadrages qui donnent la sensation de l’espace. Deux vraies réussites.

Dargaud, 104 p., 20,50 €

Seuil, 192 p., 23 €





