Après Le Rose et le Brun, dans lequel il étudiait l’influence des homosexuels dans leur arrivée au pouvoir, le journaliste Philippe Simonnot se penche sur la pensée écologique des nazis. Et c’est un voyage effarant qu’il nous propose, au travers d’abord des théories de Haeckel, inventeur de l’écologie et nazi avant l’heure, de Schoenichen, l’« inspirateur du nazisme vert », de Darré, théoricien du lien entre du Blut und Boden, ou de Göring, maître des forêts du Reich ; au travers ensuite des pratiques (anthroposophie, biodynamie, aménagement esthétique du territoire) et de la législation nazie (protection des animaux, encadrement de la chasse, création de réserves naturelles) qui à beaucoup paraîtraient d’une surprenante avant-garde. Du nazisme, on réapprend que le productivisme industriel était limité, même en temps de guerre, par les visées idéologiques du régime, à savoir la protection de l’âme allemande.
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Mais ce qui effraie, c’est bien cette conjugaison de la haine acharnée des hommes avec l’amour dévoué de la nature, conjugaison qui cache le renversement – revendiqué par Hitler – de la conception monothéiste de l’homme : de maître et possesseur de la nature, il devient le responsable d’un état originel sauvage ayant des droits intrinsèques. Avec l’homme comme avec la nature, le nazi doit donc participer à l’œuvre darwinienne et inéluctable de Mère Nature – fatras idéologique, car pourquoi l’homme ne pourrait-il pas, surtout dans une perspective raciale ou darwinienne, jouir de sa position magistrale dans la chaîne alimentaire ? L’anthropocentrisme fait en tout cas place à une pensée païenne, donc barbare, de la continuité. Mais de là à parler comme l’auteur, « d’une translation du nazisme via une certaine écologie », il y a un pas. Car pour être honnête, il faut dire de ce renversement qu’il a des visées différentes : d’un côté, hâter la sélection au nom d’un rapport organique et esthétique à l’environnement ; de l’autre, émanciper tout le vivant des dominations au nom d’un égalitarisme socialisant.

Éd. du Cerf, 232 p., 19 €





