Nivelle le promet, en généralisant sa méthode, il accomplira enfin la rupture du front dont les Alliés désespèrent depuis l’enlisement de l’hiver 14. Une grande offensive de printemps est prévue sur un large saillant allemand qui s’étend de Vimy à l’est du Pas-de-Calais jusqu’à Reims. Mais les Allemands ont vent des préparatifs et se replient en mars sur la ligne Hindenburg, vaste système de positions fortifiées mis en place depuis plusieurs mois. Les Français, sous-estimant la solidité de cette ligne, décident de maintenir leur offensive en l’attaquant dans le secteur du Chemin des Dames, un plateau aux pentes escarpées.
Alors qu’il avait promis une offensive courte, Nivelle s’obstine une semaine encore, et perd 130 000 hommes dont 30 000 tués
Contrairement à la boucherie de la Somme l’année précédente, Nivelle assure qu’il ne s’acharnera pas plus de 48 heures. La préparation d’artillerie est d’une rare intensité. Du 12 au 15 avril, plus de trente mille obus sont tirés par heure sur un front long d’à peine trente kilomètres. Le 16 à six heures du matin, 180 000 uniformes bleu horizon s’élancent sur les premières lignes allemandes, dans un paysage de désolation lunaire. Dès la deuxième ligne allemande atteinte, les Français se heurtent à une résistance féroce. Les nombreuses cavernes qui émaillent les flancs du plateau ont été transformées en nids de mitrailleuses bétonnés qui fauchent les hommes par centaines. Alors qu’il avait promis une offensive courte, Nivelle s’obstine une semaine encore, et perd 130 000 hommes dont 30 000 tués. Tout ça pour quelques centaines de mètres, contre les dix kilomètres prévus. Après une pause fin avril, l’ordre de reprendre l’attaque est donné début mai. C’en est trop pour de nombreux soldats qui refusent de monter au front. Ces mutineries qui touchent des dizaines de milliers de combattants, officiers compris, ont longtemps été vues comme un résultat de la propagande bolchevique mais l’on sait aujourd’hui qu’elles concernèrent nombre de soldats décorés simplement désireux d’économiser des vies.
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Nivelle est remplacé à la tête des armées françaises courant mai par Pétain, qui apaisera les mutineries en étendant les permissions et en ralentissant l’attaque, qui se poursuit néanmoins jusqu’en octobre, date à laquelle le plateau du Chemin des Dames est enfin pris. Victoire tactique dérisoire qui coûtera près de 350000 pertes françaises et allemandes. Si Nivelle n’a rien du boucher qu’une certaine propagande pro-Pétain a essayé de dépeindre ensuite, il a buté sur une difficulté incontournable : l’impossibilité de rompre le front dans l’état actuel de la technologie, où les armes défensives avaient pris une avance si décisive sur les offensives. Ce n’est qu’avec le perfectionnement du char et son utilisation croisée avec l’aviation l’année suivante que la guerre peut se conclure. Après 4 ans de vains massacres.





