Douze circonscriptions sur douze. Avec un score souvent stalinien, la gauche française a fait triompher le drapeau rouge sur le quatre-vingts treizième département français. Un drapeau aux trois nuances de rouge en réalité puisque, si les douze circonscriptions ont élu voire réélu un député Nupes, il y a dans le détail huit députés issus de la France insoumise, deux du Parti communiste, un du Parti socialiste et, cerise écarlate sur le gâteau carmin : un trotskiste lambertiste (un mot que le correcteur Word ne connaît pas et propose de remplacer par « islamiste », cocasse n’est-ce pas?), Jérôme Legavre, élu dans la circonscription de Montfermeil et du Raincy, comme un clin d’œil de l’Histoire puisque « c’est la première fois qu’un candidat du Parti ouvrier indépendant siégera à l’Assemblée nationale » relève Jérôme Sainte-Marie qui, comme un entomologiste patient, décortique encore cette gauche qu’il a quitté. Comment expliquer cet engouement pour la gauche vis-à-vis d’un département qui, à vrai dire, ne croit plus vraiment aux lendemains qui chantent mais plutôt aux cieux qui se voilent ?
Lire aussi : Mélenchonisme systémique
2017 : écosystème de l’état-major Mélenchon
Alexis Corbière, Éric Coquerel, Bastien Lachaud et Clémentine Autain. Quatre historiques de la France insoumise ont fait du 93 un inexpugnable fief. Depuis, la famille s’est agrandie puisque Alexis Corbière y a fait élire son épouse Raquel Garrido qui a arraché Drancy à son inénarrable maire Jean-Christophe Lagarde, la jeune Aurélie Trouvé, ancienne présidente du « parlement de l’union populaire », a également réussi à s’y implanter. De même que le Tarnais Thomas Portes, connu surtout pour avoir joué au football avec la tête d’Olivier Dussopt, moins pour avoir été le fondateur du très fantomatique « observatoire nationale de l’extrême droite », un machin aussi pompeux que vide qui aura permis au jeune député de traverser la quasi-totalité des partis de gauche : du PCF jusqu’à LFI en passant par EELV puisqu’il fut porte-parole de la campagne de Sandrine Rousseau, candidate aux primaires écologistes pour l’élection présidentielle.
« Le 9-3 chez LFI, c’est la chasse gardée des cadres et surtout le moyen de faire émerger des élus à peu de frais » raille un ancien membre du parti d’extrême gauche. En bref, la Seine-Saint-Denis convient à la gauche comme un trou dans les récifs sied à une murène.
La sociologie du 9-3
En parlant de murènes, il est temps d’entrer en eaux troubles. Si les statistiques ethniques sont évidemment interdites sur le territoire nationale et provoqueraient l’ire des politiques de gauche, il faut, factuellement, explorer toutes les pistes pour expliquer cette explosion de la gauche dans un département qui avait, jusqu’à présent, autorisé certains LR et UDI à garder leurs mandats.
Pour comprendre l’énigme, prenons des chiffres clefs : Jean-Luc Mélenchon a recueilli plus de 49 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle en 2022. Un score titanesque qui en dit long sur sa popularité dans le département. Très largement en tête dans les plus grandes villes du département (Saint-Denis, avec 61,13 % ; Bobigny, 60,14 % ; Aubervilliers, 59,99 % ; Montreuil, 55,22 %), Jean-Luc Mélenchon se paye même le luxe d’arriver aussi devant dans des villes administrées par des municipalités de droite, comme Aulnay-sous-Bois (où il atteint 50,68 %, devant Macron, qui y obtient 19,21 %), Le Blanc-Mesnil (52,88 % devant Macron, à 16,67 %). Dans un département dont le taux d’abstention a grimpé à 30 %, ce qui est au-dessus de la moyenne nationale sans contestation.
Lire aussi : Jean-Luc Mélenchon, l’islamolâtre opportuniste
Le vote musulman
69 % des musulmans de France ont voté pour Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Une donnée importante puisque, d’après Davet et Lhomme, auteurs de Inch’Allah : l’islamisation à visage découvert, il y aurait, en 2020, 700 000 musulmans dans le département qui compterait un million six d’habitants. Selon l’Insee, 67,4 % des enfants nés en 2015 en Seine-Saint-Denis ont au moins un parent né à l’étranger (quelle que soit sa nationalité), et 42,2 % ont leurs deux parents nés à l’étranger. Toujours selon l’INSEE, 40,4 % des jeunes entre 0 et 17 ans en Seine-Saint-Denis ont des parents originaires d’Afrique. En 2011, Afrique dont un habitant sur deux est de confession musulmane.
Pourquoi l’adorent-ils ? Sur les réseaux sociaux, de nombreux influenceurs islamistes ont fait la promotion du candidat Mélenchon. Le compte « Un jour, un hadith » (plus d’un million d’abonnés sur Tik-tok) a, à deux reprises, appelé à voter pour le candidat LFI nous apprend La Croix.
Le 9 avril 2022, le prédicateur islamiste Hani Ramadan publiait sur son compte Twitter un communiqué d’« imams et de prédicateurs » sur l’élection présidentielle. « Nous, imams et prédicateurs, appelons les citoyens français de confession musulmane à voter dès le premier tour pour le moins pire des candidats à cette élection présidentielle : Jean-Luc Mélenchon. » Le texte estime par ailleurs que l’ancien cacique du PS était le « seul à avoir abordé la question de la liberté des musulmans et la défense de leurs droits ». De fait, qui a-t-on vu à la « marche de l’islamophobie » derrière des chars munis de prédicateurs criant « Allahu Akhbar » et des femmes voilées portant l’étoile jaune ? La France insoumise et ses élus.
Entre ici Nahel avec ton sinistre cortège !
Et puis il y a eu les émeutes ; un incendie qu’un fort vent d’est a communiqué à l’ensemble du pays, dépassant largement le quartier qui vit grandir et mourir le jeune Nahel de la main d’un policier. S’il fallait mesurer le degré de clientélisme couplé à la stratégie de chaos orchestrée, ce fut pendant cette période. Dès les premières heures, les députés twittèrent comme un seul homme. « Cette police incontrôlée par le pouvoir discrédite l’autorité de l’État. Elle doit être entièrement refondée », a tweeté Jean-Luc Mélenchon mardi. « La peine de mort n’existe plus en France », a enchéri l’ancien leader de La France insoumise. « Aucun policier n’a le droit de tuer sauf légitime défense. S’il s’agissait d’un refus d’obtempérer de pollueurs ou d’émigrés fiscaux, on ne se poserait pas la question », a-t-il ajouté.
Plusieurs députés de la Nupes ont également dénoncé un retour de la « peine de mort » après que le policier a tiré sur l’adolescent. « Un refus d’obtempérer ne peut pas être une condamnation à mort. Pour personne. Jamais » a écrit la députée EELV Sandrine Rousseau sur Twitter. La roue du hamster se relançait et la Seine-Saint-Denis suivit. 600 gardes à vue et 117 comparutions au tribunal de Bobigny. C’est certes beaucoup pour un seul département, mais « ce n’est pas tant que cela pour la Seine Saint-Denis » nous a soufflé un policier.
Lire aussi : Jean-Luc Mélenchon, antisem friendly
Néfastes entourages
Symptomatique de cette convergence des énergies entre gauchistes et racailles, le député Coquerel est un beau symbole. Lui dont la collaboratrice Manon Monmiral avait enflammé la toile le soir des européennes 2019 en tweetant : « Que la France et tous les Français aillent niquer leurs mères » (sic). Cette même collaboratrice que l’on voit tout sourire dans un selfie pris pendant une manif avec Éric Coquerel et… Sofiane M, 25 ans. Ce militant gauchiste, proche de l’ex-maire communiste de Saint-Ouen a été… exécuté dans une cave dans le cadre d’un trafic de stupéfiants. Des proximités qui interrogent ou plutôt qui confirment. « Le compromission entre les dealers et certains élus n’est plus à démontrer. On oublie de mentionner que ce petit ange était le tireur présumé d’un récent règlement de comptes entre trafiquants avec une victime dans un état grave »avait à l’époque tweeté le Syndicat des Officiers et Commissaires de Police. Véritable épicentre du séisme Insoumis, la Seine-Saint-Denis concentre sociologiquement, socialement, culturellement et politiquement, les forces à l’œuvre dans une France exsangue qui voit deux populations face à face. « Quand on fait son beurre électoral dans des zones en reconquête républicaine, il faut commencer à s’interroger » confie un officier de police supérieur. Au fond, la sortie du parti de Mélenchon de l’arc républicain était actée depuis longtemps déjà.





