On le sait: lorsqu’on utilise un logiciel de « gauche réfractaire », avec un fond de sauce anticapitaliste et quelques éléments de langage soigneusement puisés dans la complosphère, la « question juive », comme on l’appelle sur certains sites antisémites, devient incontournable. Et Mélenchon ne s’est jamais gêné pour y faire allusion, se sachant probablement protégé… et se cachant souvent derrière son hostilité à la politique d’Israël.
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En 2018, parce qu’il est écarté du dîner annuel du CRIF, à l’instar de Marine Le Pen, le fondateur de LFI se laisse un peu aller: « Dès que vous dites quelque chose qu’il ne leur plaît pas, pouf, vous voilà repeint en antisémite ! » Le CRIF, on le sait, a toujours vu d’un mauvais œil le boycott des produits israéliens organisé par le Parti de gauche, en 2013, puis le soutien inconditionnel des Insoumis aux Palestiniens. Mélenchon en profite pour dénoncer « leur » pouvoir de coercition. En 2019, sur un mode opératoire similaire, il s’en prend aux « oukases arrogants des communautaristes du Crif » dans un article commentant la défaite du travailliste Jeremy Corbyn aux élections britanniques, suite aux accusa- tions d’antisémitisme qui avaient entaché sa campagne. Pour les législatives de 2022, avec l’aval de Méluche, les deux candidates Nupes Danièle Obono et Danielle Simonnet (avec « émotion et de fierté » dit-elle) invitaient ce même Jeremy Corbyn – alors écarté du Labour pour des positions ambivalentes sur Israël et pour n’avoir rien fait contre la montée de l’antisémitisme dans son parti, et depuis interdit par son parti de siéger en tant que travailliste au Parlement.
Mais c’est en 2021, au micro de Bruce Toussaint, en pleine campagne présidentielle, qu’il commet un faux pas supplémentaire, tout à fait révélateur de sa vision historique du judaïsme : « Monsieur Zemmour ne doit pas être antisémite parce qu’il reproduit beaucoup de scénarios culturels: on ne change rien à la tradition, on ne bouge pas, la créolisation, mon Dieu, quelle horreur ! Et tout ça, ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme. Ça a ses mérites d’ailleurs, ça lui a permis de survivre dans l’histoire. Donc moi je ne crois pas qu’il soit antisémite. » Une belle démonstration par l’absurde, qui prouve en creux certaines certitudes du candidat LFI : être juif, en gros, vous prédisposerait naturellement à être d’extrême droite et anti-immigrationniste. Un cliché vieux comme le monde – vieux comme le judaïsme, même, celui du juif traditionaliste qui refuse toute mixité religieuse ou ethnique… et que Mélenchon ne se gêne pas de relayer, le plus naturellement du monde.
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Pour lui, le judaïsme est d’extrême droite, point barre: il le dira d’ailleurs clairement, quelques mois plus tard, pendant une passe d’armes qui l’oppose au président du CRIF, Yonathan Arfi. À ce dernier qui dénonçait certaines dérives au sein des partisans LFI, Mélenchon rétorque que « l’extrême droite n’a plus de limite ». Le jour de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, l’accusation avait de quoi faire lever plus d’un sourcil… mais JLM est coutumier du fait : en orateur et en polémiste roué, il connaît parfaitement les limites à ne pas franchir, et se contente bien souvent de quelques piques destinées à satisfaire son électorat – tout en renforçant son aura de leader que rien ni per- sonne n’effraie, même pas le lobby israëlien… C’est d’autant plus navrant lorsqu’on sait que plusieurs militants juifs de LFI ont caché leur judéité pour éviter les problèmes, ce qui en dit long sur l’ambiance au sein du parti…





