« Génie instantané de l’Aperçu » disait de lui Barbey d’Aurevilly, « à l’œil fier, illuminé, rapide, éclatant d’agression soudaine et victorieuse » : plus de deux siècles après sa mort, Joseph de Maistre fascine toujours autant par la culminance de ses vues, par la clairvoyance de ses écrits, par la flamboyance de son verbe. Et en ces temps de chaos, il est une très sûre boussole à laquelle nous propose de recourir Marc Froidefont, auteur en 2010 d’une remarquable Théologie de Joseph de Maistre. Parfait connaisseur des écrits, même mineurs, du Savoisien et de leurs inspirations, le philosophe présente dans cet ouvrage concis et érudit la conception maistrienne de la nation, que l’on peut dire organique et providentialiste (sang, géographie, langue, histoire et religion), très soucieuse de la diversité des peuples, en clair aux antipodes du contractualisme moderne à la Locke.
Lire aussi : [Idées] Pour Dieu et le roi
Découlant d’une anthropologie, cette philosophie de la nation suppose certaines conséquences que déroule Froidefont sur le pouvoir, le droit, la guerre ou – pour nous chrétiens – l’islam. Une salutaire leçon de politique, Maistre ne valant pas tant par ce qu’il souhaite que par ce qu’il dévoile – comme le dira Gómez Dávila, « le réactionnaire n’est pas conseiller du possible mais confesseur du nécessaire. »

JOSEPH DE MAISTRE, MARC FROIDEFONT, La Nouvelle Librairie, 78 p., 9 €





