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The replacements : nouveau luxe pour ancien climax

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Publié le

16 novembre 2023

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Ils étaient les plus doués de leur génération. À l’heure des infâmes groupes comme Mötley Crüe, Van Halen ou Def Lepard, The Replacements symbolisaient ce que le rock’n’roll a de meilleur : la désinvolture et la fougue. Un coffret de luxe offre une nouvelle chance à Tim, l’un des plus grands albums rock des années 80.
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Ils avaient absorbé et compris mieux que personne leurs idoles, des Stones à Johnny Thunders, de Big Star aux Stooges. Ils savaient qu’il faut être agressif avec mélodie, venimeux avec élégance. Ils fonçaient en regardant dans le rétroviseur du glorieux passé. Les meilleurs d’entre tous ne sont hélas pas toujours ceux qui vont le plus loin. Il faut se faire une raison. Mais il n’est pas impossible que l’avenir fasse son mea culpa. S’ils ont sûrement fait beaucoup pour leur chute, nous leur devons malgré tout des excuses. Cette grandiose réédition de leur superbe album Tim est un bon début.

Réunion de paumés

Comme toujours, c’est affaire de rencontres. D’un côté, il y a Bob Stinson, vingt ans à peine, psychologiquement démoli par une enfance chaotique et les viols à répétition de son beau-père, et son petit frère Tommy, délinquant notoire de seulement douze ans que son grand-frère tente d’éloigner du mauvais chemin en l’enrôlant de force dans un groupe bizarre et, à vrai dire, mauvais, qui, sans talent, mêle monstrueusement un blues scolaire à un pénible psychédélisme.

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Par le plus grand des hasards, il y a non loin du garage où répètent les frères Stinson, un jeune garçon qui arrondit ses fins de mois en tant que concierge dans les bureaux de Marsden Maintenance. Il s’appelle Paul Westerberg. À cette heure, celui qui sera l’un des plus grands compositeurs de rock des années 80 vit une existence misérable. Un paumé de plus du Minnesota ; un Don Quichotte de Minneapolis qui rêve de devenir le nouveau Keith Richards. Chaque soir, il entend le boucan en provenance de la salle de répétition et cherche à entrer en contact avec les musiciens. Un ami commun permettra la rencontre. En peu de temps, The Replacements sont formés. Westerberg apportera avec lui son immense talent ; les frères Stinson la puissance animale.

Débuts chaotiques

Plein d’une fureur indomptable, ils sortent Sorry Ma, Forgot To Take Out The Trash à l’été 1981. Le premier titre, « Takin’ A Ride », est un aperçu parfait du reste de l’album. Brutal, insolent, rapide. La voix de Westerberg a quelque chose de celle de Rod Stewart (période Faces) mais avec des cordes vocales que l’on aurait tailladées à l’aide d’un couteau rouillé ; et qui n’est pas sans annoncer celle de Kurt Cobain (qui ne citera pourtant jamais le groupe parmi ses influences). Si cette énergie est parfois brouillonne, elle frappe fort : c’est leur souhait. Le temps presse, la vie fait mal, les rues sont laides, le futur est gris : servez-moi un autre verre de whisky pendant que j’augmente le volume de mon ampli. Voilà le programme. Pour le moment, le groupe n’a pas encore sorti de single imparable, mais leur nom n’est plus inconnu. Sur scène, ils forgent leur légende par des prestations folles où, ivres morts, ils jouent des dizaines de titres en improvisant des reprises de tout et n’importe qui, des Beatles à Motley Crue. Ils se sabotent bien souvent en insultant le public après avoir interprété des chansons d’une façon mémorable. Rien n’est certain, tout est possible lorsque l’on va voir les Replacements de ces années-là. Malgré cela, les majors sentent poindre le bon coup. Il ne faut pas passer à côté. À la clause : « l’artiste s’engage à poursuivre sa carrière avec sérieux », les garçons font supprimer « avec sérieux ». Ils avaient prévenu !

Si cette énergie est parfois brouillonne, elle frappe fort : c’est leur souhait. Le temps presse, la vie fait mal, les rues sont laides, le futur est gris : servez-moi un autre verre de whisky pendant que j’augmente le volume de mon ampli.

Le revers de R.E.M.

En 1983, le titre « Color Me Impressed » indique la voie. Un mélange de frénésie adolescente et ce sens inné des refrains conçus comme des hymnes. Mais c’est un an plus tard, avec Let It Be (bah oui, pourquoi pas ?) que le groupe devient grandiose, culte, unique. L’album s’ouvre avec « I Will Dare ». Le son est plus clair, plus défini, la voix de Paul Westerberg n’a jamais été si incroyable. Rugueuse et touchante à la fois. Le pendant souillé et obscène de ce que fait R.E.M. au même moment. L’une de leur force réside aussi dans le fait de pouvoir passer d’un style à l’autre, en ayant toujours cette singularité si précieuse, Ils reprendraient du Bob Marley qu’on les reconnaîtrait. Ils peuvent passer du punk hardcore à la ballade poignante avec une guitare douze cordes (« Unsatisfied ») ; de la pop innocente de « Sixteen Blue » à la rage contenue dans la mélancolique « Answering Machine ». Let It Be des Replacements est un moment lumineux du rock et de la pop des années 80. Mais le meilleur reste à venir.

Un monument restauré

Tim est enregistré durant les mois de juin et juillet 1985. Lors de la dernière tournée, Bob Stinson erre, de ville en ville, dans les bars, disparaît avant les concerts, pour arriver bien souvent sur scène ivre-mort, voire inconscient, alors que le groupe a déjà joué une dizaine de titres. Paul Westerberg et lui se disputent continuellement. Se battent parfois. La situation devient intenable. Bob Stinson sera viré de groupe l’été suivant et n’enregistrera aucun titre de cet album (ce dont il ne se remettra jamais – il finira tué par la boisson à 36 ans en 1995). Westerberg, lui, est au sommet de son art.

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Il porte seul cet album qui, s’il aura un succès limité, est encore considéré comme un grand disque. On pourrait presque citer tous les titres tant rien n’est à jeter. Avec cette réédition monumentale, l’album prend une nouvelle dimension grâce au mix du producteur Ed Stasium. Le rendu est formidable : le son plus précis, plus proche, plus lourd et plus fin à la fois. C’est en entendant ce nouveau mix que l’on peut vraiment se décider à mettre Tim tout en haut du panier de la discographie des Replacements. Ce coffret est le Graal des fans. En plus de ce remix, l’album original a également été remasterisé. Le troisième disque est composé de chutes de studios, de prises alternatives de morceaux connus. Enfin, un live au Cabaret Metro de Chicago en 1984 achève de nous combler. Alors, si en naissant trop tard, en ignorant bêtement, ou en n’ayant jamais entendu parler de ces Replacements, on souhaite rattraper son erreur, c’est sûrement en achetant ce coffret.

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