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[Portrait] Majid Oukacha : apostat 2.0

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Publié le

28 novembre 2023

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« Épanoui, rêveur, profondément curieux et ouvert aux autres, Majid se mélange à ceux qui ne partagent pas ses origines et se plonge dans l’amour des livres, du dessin, de l’archéologie et des châteaux forts, qui le fascinent.» Portrait.
© Benjamin de Diesbach pour l'Incorrect

En tant que Français né dans l’islam, puis apostat, Majid Oukacha aurait pu commencer notre entretien en me décrivant le tableau d’une jeunesse en proie à l’obscurantisme. Il n’en fut rien. Sa première confession est de dire qu’il était chanceux, qu’il a eu une enfance heureuse, dans un pays qu’il a fait sien (c’est réciproque) et qu’il a connu à une période bien différente de celle d’aujourd’hui. « Dans les années 90, la France commençait déjà son grand bouleversement, mais elle assumait encore d’avoir un modèle culturel à imposer aux enfants de l’immigration qui devaient s’y assimiler. J’ai grandi en sachant que les musulmans étaient minoritaires, ce qui n’était pas du tout un fardeau pour moi, mais plutôt un simple constat qui me permettait de faire une distinction entre ma culture occidentale et ma culture islamique. » Enfant, Majid perçoit déjà la nature antagonique de cette double culture. Étonnamment lucide pour son âge, il oppose régulièrement les apprentissages de l’une à ceux de l’autre, et se questionne. Observateur aussi, il détecte une différence notable entre son quotidien et celui des autres enfants, non-musulmans, de la simple consommation de porc au comportement séparatiste à l’égard des Français non-musulmans adopté par une partie de ses camarades.

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Épanoui, rêveur, profondément curieux et ouvert aux autres, Majid se mélange à ceux qui ne partagent pas ses origines et se plonge dans l’amour des livres, du dessin, de l’archéologie et des châteaux forts, qui le fascinent. L’islam, qu’il percevait jusqu’alors comme une notion floue, il ne le découvrira vraiment qu’à l’âge de huit ans lorsqu’on l’envoie à la mosquée pour des cours : « Il n’y avait pas de tables, pas de chaises, seulement des tapis pour s’asseoir à même le sol. La plupart des fidèles venaient en djellabas, comme au bled. L’imam avait un bâton pour corriger les mauvais récitateurs. Les livres n’avaient pas d’images, tout était austère. Par rapport à ce que j’avais toujours connu, à mes codes esthétiques occidentaux, c’était un retour en arrière qui relevait de l’archaïsme. » Loin de se résigner, le jeune Majid fit ce qu’il avait toujours fait : poser des questions. Mais à toutes ses interrogations, on lui opposait la voie de Dieu. « – Pourquoi ne peut-on pas boire debout ? – Parce que c’est le prophète qui l’a dit. », « – Pourquoi tourne-t-on sept fois autour de la Kaaba ? Pourquoi pas six ? Pourquoi toujours dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ? – Parce que c’est la volonté d’Allah. »

Frustré, il entreprend de trouver seul les réponses à ses questionnements et parcourt le Coran de long en large au point d’en acquérir une connaissance encyclopédique. En vain. Finalement, c’est le poids moral de certains préceptes qu’il refuse par instinct (criminalisation des mécréants, violence envers les femmes, etc.) qui le mènera tout droit vers un aveu. « Après des années de doutes, je me suis levé un matin, je me suis regardé dans un miroir et je me suis dit : “je n’y crois plus”. » Parallèlement à cette prise de conscience, il fait trois constats: l’islam est visiblement en pleine expansion en France, les responsables politiques ont de plus en plus peur de s’opposer à cette expansion, et la plupart des Français n’ont aucune compréhension textuelle de cette religion.

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Il prend alors une décision importante. « Depuis que je suis enfant, j’ai toujours dit que mon ambition était d’être quelqu’un d’utile. À l’époque, je pensais à archéologue, ou avocat. » Poussé par la force d’accomplir son destin, Majid crée une chaîne YouTube (aujourd’hui 119000 abonnés) qu’il dédie à la critique méticuleuse et ultra-pédagogique de l’islam au cœur des textes, c’est-à-dire à la parole d’Allah. Vidéo après vidéo et à visage découvert, Majid décortique, analyse, questionne et pointe les contradictions et les aspects immoraux de la deuxième religion de France. Ses analyses suscitent des centaines de commentaires reconnaissants, d’apostats, de « douteurs », de simples curieux et même de quelques musulmans ouverts d’esprit.

Pour transposer son travail à l’écrit, Majid a écrit trois livres. Son dernier en date, 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran (Libertaria), est un catalogue précis et sourcé, un vrai arsenal de logique et de bonne foi. « Sur les plateaux télé, les commentateurs ne font qu’une critique sociétale de l’islam sans jamais le raccorder aux textes qui devraient pourtant constituer leur meilleur argument. » C’est bien ce secret que Majid s’emploie à révéler.

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