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Vents et merveilles

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Publié le

16 décembre 2023

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« Dans un isekai, un personnage issu du monde « réel » se trouve piégé dans un monde imaginaire qui lui apprendra, à travers une série de tribulations picaresques, à grandir pour accepter le retour à son monde d’origine.» Notre critique.
© DR

Benoît Chieux n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a secondé Jacques-Rémy Girerd sur deux films majeurs du studio Folimages (La Prophétie des Grenouilles et Mia et le Migou). Avec Sirroco, il accède enfin aux pleins pouvoirs et signe un film à l’onirisme puissant, qui rend tour à tour hommage à Moebius, René Laloux et Nicole Claveloux. Si le film s’adresse aux enfants, c’est aussi un manifeste de ce que peut aujourd’hui l’animation hexagonale.

Le mouvement perpétuel: c’est probablement la quête ultime de l’homme, et la quête ultime du cinéma d’animation. Au centre de Sirroco, comme chez Aristote, il y a une sorte de moteur immobile, un générateur divin dont Sirroco, le petit Dieu enchainé à son temple, n’est qu’un artefact solitaire. Un Dieu des tempêtes dont les coups de semonce régissent un monde tout entier, jusqu’à modeler ses villes, ses constructions, la biologie même de ses habitants. On le sait, le vent est une antienne de l’animation, parce qu’il est invisible et parce que précisément, le cinéma d’animation, dans son appétit démiurgique, veut à tout prix capter cet invisible dans les nacelles fragiles du dessin.

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C’est pourquoi de son propre aveu Benoît Chieu à banni toutes les ombres de son film, privilégiant des aplats de couleurs primaires et une ligne claire épurée qui permet de mieux sonder les empreintes du vent, sillons de l’invisible que le film se chargera d’explorer à travers l’odyssée onirique de deux petites filles parachutées dans l’univers imaginaire de leur tante, une romancière de fantasy à succès. Sirocco s’inscrit dans un sous- genre archi-fameux du dessin animé, qu’on appelle au Japon l’isekai, et dont Miyazaki s’est rendu le maître. Dans un isekai, un personnage issu du monde « réel » se trouve piégé dans un monde imaginaire qui lui apprendra, à travers une série de tribulations picaresques, à grandir pour accepter le retour à son monde d’origine. Le Magicien d’Oz, à ce titre, est évidemment la matrice. Mais là où le dernier Miyazaki s’avère être un isekai poussif, Benoît Chieux réussit un coup de maître : redonner à ce genre éprouvé un nouveau souffle. Candeur et vertige : le monde imaginaire de Chieux n’est pas tant un espace qu’une fréquence particulière, un état élevé de la matière. Comme chez le maître japonais, aucune ambivalence, aucune dualité dans l’imaginaire : tout semble provenir d’un même état, d’une même cause, et certains aspects maléfiques du monde ne sont jamais que des circonvolutions de la matière. C’est dans ce monisme esthétique que le cinéma d’animation trouve sa justification la plus haute, et avec Sirroco une nouvelle incarnation qui fera date.

SIROCCO ET LE ROYAUME DES COURANTS D’AIR (1h23), de BENOÎT CHIEU, avec Loïse Charpentier, Maryne Bertieaux, Aurélie Konaté, en salles le 13 décembre

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