Il y a deux ans, à l’occasion du septième centenaire de sa mort, une biographie de Dante par l’éminent écrivain et historien Alessandro Barbero était traduite en français et nous espérions quelques éclaircissements sur l’immortel mais obscur auteur de La Divine Comédie. Nous fûmes bien déçus, tant ce pavé chichiteux exposait l’aspect lacunaire des sources pour ne pas dresser la silhouette du poète autrement que par un flou érudit que la chronologie ne faisait qu’épaissir encore. Nous voici bien vengés avec le Sur Dante de Pierre Bouretz, dont la méthodologie est contraire et le résultat lumineux. Croisant de très nombreuses sources, d’historiens, de contemporains ou d’héritiers de Dante, et resituant celui-ci dans son atmosphère intellectuelle et symbolique, Bouretz multiplie les aperçus remarquables sur le grand Florentin, le tout dans une langue admirable, élégante et offrant des formules puissantes. L’enjeu vertigineux du chef-d’œuvre du poète italien, sa nouveauté radicale, son incomparable audace nous sont restitués avec force.
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À une époque où l’on oppose l’action et la pensée, Dante est à la fois un penseur et un acteur politique ; en un temps où le latin reste la langue des lettrés, il compose le premier grand poème en langue vulgaire; il milite pour la formation d’une aristocratie de l’esprit; fait de Virgile, un païen, un guide, surtout, il « prouve que les objets ultimes du désir de connaître peuvent être contemplés dans cette vie. » et se permet de distribuer les poètes et les personnages historiques dans l’au-delà tout en se mettant en scène pour inventer la figure de l’auteur, et d’un auteur moderne ne s’autorisant que de lui-même. Ainsi l’œuvre fait-elle exploser le cadre mental du Moyen Âge. De là à considérer qu’elle en finit avec lui, comme l’affirme Bouretz selon une perspective qui semble favorable aux Lumières, on peut trouver cette position discutable, comme l’auteur de ces lignes qui verrait plutôt là la preuve d’un équilibre médiéval rejoué mais non déjoué, mais enfin qu’importe, ce qui est certain, c’est que Pierre Bouretz vient de signer là l’une des meilleures introductions contemporaines possibles à l’un des plus grands sommets de l’esprit humain.

SUR DANTE, PIERRE BOURETZ, Gallimard, 290 p., 20 €





