On se demande pourquoi Christine Angot ne l’a pas fait avant : transcrire sur le grand écran tout son gourbi névrotique et autofictionnel, tant le cinéma, art de propagande s’il en est, semble conçu aussi pour cela : célébrer le narcissisme. Si l’inceste dont elle a été la victime a brisé sa vie, il a aussi fait tragiquement gonfler son ego. Dans ce documentaire-vérité, la romancière met son entourage à l’épreuve, fait défiler au pas tous ceux qu’elle juge responsables de sa tragédie familiale : belle-mère, ancien mari, jusqu’à sa mère et sa fille à qui elle soutire des aveux embarrassés sans ciller une seule seconde.
Lire aussi : [Cinéma] Houellebecq – Nicloux – Gardin : cocktail explosif
Angot orchestre ce Nuremberg intime en véritable sociopathe : glaciale, imperturbable et incapable de voir autre chose qu’elle-même dans cet inceste fondateur. D’ailleurs les deux seuls moments où elle a l’air ému, ce sont ceux où d’autres font les louanges de son œuvre : là, enfin, sa bouche se met à trembler, ses yeux s’humidifient de larmes de reconnaissance. En somme, une prise d’otages familiale orchestrée pour célébrer son « génie » littéraire. Littéralement dégueulasse.
UNE FAMILLE (1h22), de CHRISTINE ANGOT, en salles le 20 mars 2024.





