Skip to content

IRAK : Fragmentations Kurdes

Par

Publié le

19 novembre 2017

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1511112220745{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Moins d’un mois après la tenue d’un référendum au Kurdistan irakien, le 25 septembre sur l’indépendance (93 % de oui), les forces irakiennes ont repris en un peu plus de 24 heures aux combattants kurdes la majeure partie des territoires qu’ils avaient conquis dans la foulée de l’offensive des djihadistes de l’État islamique. Minés par de profondes divisions et rattrapés par la realpolitik, les Kurdes voient leurs espoirs d’indépendance voler en éclats.

 

L’ultimatum adressé à Erbil trois jours plus tôt aura eu raison de la volonté de Bagdad de laver l’affront. Le 16 octobre, les troupes de Bagdad, épaulées par les milices pro-iraniennes des Unités de mobilisation populaire, ont lancé une vaste opération dans les territoires contrôlés par les peshmergas. Objectif : obtenir le retrait des forces kurdes qui occupent le terrain depuis l’été 2014 et y redéployer l’armée nationale. Profitant de la débandade de l’armée irakienne face à l’offensive des djihadistes de l’EI en juin 2014, les combattants kurdes avaient fait main basse sur la ville de Kirkouk riche en pétrole et ses environs, ainsi que sur des localités situées dans les provinces de Ninive, Diyala et Salah ad-Dine.

 

Lire aussi : Libye, vers un début de retour au réel

 

Grâce à une alliance tactique entre le gouvernement du Premier ministre irakien Haidar al Abadi et l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK), grande rivale du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) au pouvoir à Erbil, les forces gouvernementales se sont rendues maîtresses de la ville de Kirkouk quasiment sans combattre, au grand dam du président Massoud Barzani et de son clan. C’est que les combattants de l’UPK, fondée par l’ex-président irakien, feu Jalal Talabani, n’ont pas l’intention de rallier Barzani à son projet indépendantiste sans contrepartie. Le souvenir des affrontements sanglants entre frères ennemis kurdes (1994 à 1997) sont encore à l’état de braise. De quoi raviver le spectre de la guerre civile dans cette région de l’Irak où, malgré une vitrine moderniste et rutilante, la société kurde peine à dépasser les lignes de fracture ethno-confessionnelles et tribales.

 

Résoudre un vieux litige territorial

 

Pour Bagdad, cette offensive est l’occasion rêvée de rétablir une souveraineté foulée au pied par l’humiliante défaite de 2014. Il s’agit aussi et surtout de reprendre le contrôle d’une zone grise regorgeant de pétrole. C’est en effet dans la province de Kirkouk que sont concentrées près de 40 % des ré- serves de brut d’Irak. En vertu de la Constitution irakienne de 2005, le contrôle des hydrocarbures est une prérogative allouée au gouvernement central, auquel revient la charge de redistribuer les ressources dans les régions. Aussi, lorsqu’en janvier 2014, le président du gouvernement régional du Kurdistan se met à signer des contrats d’exploitation avec Exxon Mobil, Chevron, Total ou encore Gazprom, sans passer par l’aval de l’État central irakien, Bagdad décide de geler les 17 % du budget de l’État alloués à la région autonome, équivalant à 95 % des recettes d’Erbil. De l’argent frais que les dirigeants kurdes employaient pour fidéliser leurs clientèles, maintenant à bout de bras une fonction publique pléthorique (un quart de la population). Dans la foulée, la baisse du prix du baril de brut a aggravé la crise, les banques se sont vidées et des centaines d’entreprises ont fait faillite.

 

   Lire aussi : La Syrie oubliée

 

Le territoire autonome kurde officiellement reconnu par la Constitution irakienne s’étend sur 75 000 km² dans le nord de l’Irak et réunit pas moins de 5,5 millions d’habitants. Mais pour les Kurdes, on est loin du compte. Kirkouk est considérée comme leur Jérusalem. Selon l’article 140 de la Constitution irakienne, un référendum maintes fois ajourné est censé statuer sur le sort de la région. Kirkouk avait été arabisée de force sous Saddam Hussein et suggestivement rebaptisée « Tamim » (nationalisation). Plus récemment, ses habitants avaient été appelés à se prononcer lors du référendum du 25 septembre sur l’indépendance. Mais la cité, qui abrite une très ancienne communauté assyro-chaldéenne, est également considérée comme le sanctuaire des Turkmènes d’Irak, farouchement opposés à un Kurdistan indépendant. Cette minorité turcophone établie dans la région depuis les invasions seldjoukides, a payé le prix fort de l’invasion de 2003 et ne peut compter que sur un soutien limité du grand frère turc qui a su nouer au fil du temps un juteux partenariat économique et stratégique avec le clan Barzani.

 

L’Iran tire les marrons du feu

 

De son côté le Premier ministre irakien profite de l’opposition unanime des États-Unis, de l’Iran et de la Turquie, trois puissances qui partagent un commun intérêt à voir la région se stabiliser, face à la décision unilatérale de Barzani d’organiser un référendum. Du reste, Bagdad et Téhéran se sont rapprochées en organisant des manœuvres conjointes à la frontière irakienne, tout en imposant des sanctions aux Kurdes irakiens (fermeture de leur espace aérien, restrictions bancaires, arrêt des importations de pétrole, etc.).

Mais c’est surtout l’Iran, proche de l’UPK, qui a su tirer son épingle du jeu et sauver la mise à Bagdad, persuadée que cette rivalité aura raison de l’imminente déclaration d’indépendance, chiffon qu’agite en permanence Massoud Barzani. Pour tenter de dénouer la crise entre Bagdad et Erbil, Téhéran a dépêché sur place le général Qassem Soleimani, chef de l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution et figure emblématique de l’implication iranienne dans les conflits de la région. Les Iraniens peuvent également compter sur l’appui discret du président de la République Fouad Massoum, membre de l’UPK qui soutient l’opération de reconquête des territoires disputés entre le gouvernement central et la région séparatiste.

 

   Lire aussi : Israël entre deux feux

 

Seul soutien d’un Kurdistan indépendant, Israël entretient des liens étroits avec les Kurdes d’Irak depuis les années 1950, du temps où le jeune État hébreux cherchait à nouer des « alliances périphériques » avec des États non arabes de la région (Iran, Éthiopie, Turquie), tout en soutenant l’irrédentisme de certaines minorités (Kurdes, Druzes, Maronites, etc.) dans son environnement immédiat. D’après un article du Financial Times britannique datant de 2015, Israël, qui compte une importante communauté originaire de cette région, importerait plus de 75 % de son pétrole du Kurdistan irakien. Les investissements israéliens y sont considérables, non seulement dans le domaine militaire, mais également dans ceux de la communication, de la construction et de l’énergie. Il n’empêche que cette alliance ne pourra à elle seule compenser les dommages d’un embargo économique que le gouvernement central pourrait exercer sur la région séparatiste.

 

Crainte des minorités

 

Alors que Massoud Barzani a fait du discours de refuge des minorités persécutées un outil de communication auprès des puissances occidentales, des voix dissonantes se font entendre. Les Assyro-Chaldéens et les Yézidis n’ont pas oublié le lâchage des Kurdes du PDK face à la percée des djihadistes. Le jour même du référendum sur l’indépendance, la Confédération européenne assyrienne (ACE) publiait un rapport accablant d’une centaine de pages sur la situation des Chrétiens assyriens d’Irak dénonçant les nombreuses violations par le gouvernement régional kurde des droits des Assyro-Chrétiens pour prendre le contrôle de la plaine de Ninive, territoire à forte présence chrétienne, dans le cadre d’un projet d’annexion à long terme. De leur côté, les Yézidis non cooptés par le clan des Barzani dénoncent sans ambages la corruption et le clientélisme redoutablement efficaces pratiqués par le pouvoir d’Erbil.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest