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Partout, les saints : saint Dysmas

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28 mai 2024

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Brigand sans foi ni loi, qui écumait la Palestine, Dysmas est crucifié sur le Golgotha aux côtés de Jésus de Nazareth, dont il reconnaît l’innocence et la divinité. C’est l’histoire du bon larron, directement canonisé par la parole performative du Christ.
© Illustration de Romée de Saint Céran pour L'Incorrect

« Ce sont les voleurs qui font les meilleurs flics flics », dit la sagesse populaire manière de montrer qu’il n’y a décidément pas loin entre deux engagements apparemment contradictoires, et même que « toute chose parvenue à son point culminant se change en son contraire », comme dit Héraclite. Dysmas n’a pas de nom : c’est la légende qui lui a donné le sien. C’était l’un de ces brigands qui écumaient la Palestine à l’époque du Christ.

Un type qui avait probablement un certain nombre d’exactions, de viols et de meurtres sur la conscience. Mais la conscience, Dysmas, il s’en foutait pas mal

Un type sans foi ni loi, violent, amoral et ne visant que son profit. Un type qui avait probablement un certain nombre d’exactions, de viols et de meurtres sur la conscience. Mais la conscience, Dysmas, il s’en foutait pas mal. Et puis un jour, les Romains l’ont attrapé. C’était à Jérusalem. Assez rapidement, l’évidence s’est probablement imposée à la justice : ne serait-ce que pour l’exemple, Dysmas n’irait pas faire du karting à Fleury-Mérogis. Il fallait le mettre à mort en public. Ponce Pilate l’a-t-il fait flageller ? Peut-être. Ce qui est certain, c’est qu’il a été suspendu à une croix de bois, comme toutes les crapules. Châtiment humiliant, châtiment d’esclaves, mais aussi souffrance lente et angoissante, qui condamne à l’asphyxie.

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Dysmas s’est retrouvé à côté d’un autre larron de la même bande, que la légende nomme Gesmas ou Gestas. Et puis… et puis les deux brigands ont vu monter du sol, entre eux deux, une croix comme la leur, sur laquelle il y avait un homme. L’Homme par excellence, même. Cet homme était couvert de sang, son corps lacéré, sa tête coiffée d’une atroce couronne d’épines, dont les pointes lui entraient dans le crâne. Dysmas n’était pas un enfant de chœur, mais il avait senti une profonde tristesse déchirer son âme en voyant cet homme, dont le regard n’était pas de ce monde, pas plus que son royaume d’ailleurs. Cet homme qui n’avait rien fait de mal, qui irradiait la bonté, et sur qui le mal s’était acharné. Gesmas était indécrottable. Le repentir, non merci. « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous ! » (Luc, 23-39).

Dysmas n’était pas un enfant de chœur, mais il avait senti une profonde tristesse déchirer son âme en voyant cet homme dont le regard n’était pas de ce monde

Mais Dysmas, lui, commençait à comprendre le bouleversant mystère qui se cachait derrière tout cela. « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes, mais celui-ci n’a rien fait de mal. » (Luc, 23-41) Il n’a rien fait de mal : ce simple constat serre la gorge et brise le cœur. Dysmas n’avait sans doute plus beaucoup de souffle, mais il a dit l’essentiel : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne. » Et le Christ de lui répondre : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Directement canonisé par la parole performative du Christ, Dysmas est un pauvre type qui crie vers le Ciel, un bandit qui a conscience de ses fautes, un gars ordinaire que la souffrance du Messie bouleverse. Bref, c’est nous.

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